ARTS D'ASIE

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Lot 54
INDE Méridionale, Tamil Nadu - c. XVIIe-XVIIe siècle. MANASA DEVI (Skt : Manasâ Devî).
Granite.
Haut. 52, Larg. 19 cm. (quelques rebouchages de surface)

Provenance : collection André Sallet (1909-1986), directeur du centre audiovisuel de Pondichéry de 1957 à 1959, par descendance.

INDIA, Tanjore region. Sculpted GRANITE figuring the MANASA DEVI GODDESS. Period 17-18e.

Rare représentation de la déesse serpent (nâgî) " Née de l'esprit ", mère de tous les serpents et fille de Kasyapa leur roi. La vision de dos permet d'observer son corps ondulant s'achevant en un capuchon déployé marqué de cinq têtes de cobras venant abriter la face principale anthropomorphe (ici surdimensionnée) de la divinité.
Le front est marqué d'un large bindu circulaire au dessus de la jointure des sourcils. La chevelure dont la partie inférieure remonte comme des flammes à l'instar des divinités courroucées du panthéon shivaïte est partiellement abritée par un haut karanda-mukuta en forme de mitre, caractéristique de l'art dravidien.
La partie inférieure, circulaire et moins soignée, indique que cette œuvre se trouvait initialement dans son contexte sacré, fichée sur une base lui étant rituellement associée, à l'instar des Shiva liñga et des yoni.
Manasa a probablement vu son culte naître au Bengale, et est toujours très vénérée dans l'Est de l'Inde. En Inde Méridionale, elle est particulièrement associée à la fertilité féminine et terrestre.
De telles représentations de la déesse Manasa sont excessivement rares, et à notre connaissance aucune autre aussi artistiquement aboutie n'est à ce jour recensée dans une collection publique ou privée occidentale.
- Essentiellement craints pour leurs morsures, les serpents sont en Inde depuis la nuit des temps, l'objet d'un culte populaire intensif. Plus subtilement, ils sont considérés comme le lien entre les eaux primordiales, les mondes souterrains, la vie terrestre et le cosmos, et ont été associés aux grands événements de la cosmologie hindoue classique. Ainsi, Shesa, le frère de Manasa, est particulièrement lié au cycle des ères cosmiques, en ce qui concerne la création, le soutien et la destruction de l'univers durant chacune d'entre elles. C'est également lui qui supporte Vishnu durant le sommeil cosmique, et qui sous la forme de Patañjali apparaît comme porteur de culture, se trouvant à la fois initiateur du yoga, transmetteur de l'ayurveda et grammairien suprême du Sanskrit.
- Pour un développement synthétique sur les divinités serpent du panthéon Hindou et la pLace que Manasa y occupe : Cf . G.Michell, C. Lampert & T. Holland ; " In the Image of Man - The Indian perception of the Universe through 2000 years of painting and sculpture " Hayward Gallery London 1982 pp 98-99.

André Sallet (1909-1986) est fait prisonnier de guerre en Allemagne après de brillantes études de lettres, philosophie, médecine, et psychologie. À la Libération, il part au Brésil, crée l'Alliance Française à Belo Horizonte et Sao Paulo, et devient professeur à la Faculté de philosophie. Il poursuit sa carrière en Afrique comme inspecteur de l'enseignement - puis part aux Indes comme directeur du centre audiovisuel de Pondichéry de 1957 à 1959. À Brazzaville à partir de 1960, il crée l'école d'infirmières et de médecine, puis s'embarque pour les Comores comme directeur d'enseignement. Il rentre en France en 1967, et finit Inspecteur d'académie à Loches en Touraine. Brillant conférencier, il est fait officier des Palmes académiques. Sa collection a été acquise auprès d'antiquaires, dans le continent indien entre 1957 et 1960.
Adjugé : 4 400 €
Lot 54
Lot 81
NÉPAL. TAMOUR de CHAMAN en bois, fibres et peau. La pointe en pyramidion sculpté de figure humaine.
Haut. 75 cm.

"Le tambour de chamane du Népal associe le bois, le cuir et la dague sculptée dont l’extrémité sera posée in loco dolenti sur le malade. Pour Gérard Tiry, le chamanisme est toujours présent au Népal, au Tibet mais aussi en Sibérie, en Océanie en Afrique et dans les territoires amérindiens. Le Chamane est médecin-guérisseur-sorcier en exorcisant les esprits du mal et en chassant les démons, en éloignant les mauvaises fièvres, en soulageant les douleurs avec l’aide de ce tambour dont la pointe de la dague est pointée sur la région douloureuse. Il écarte enfin, des esprits de la communauté, les idées qui pourraient lui nuire. Des traces du chamanisme sont retrouvées dans la plupart des religions. Le Chamane est devin en prédisant l’avenir en communiquant avec les forces occultes, en connaissant le sens caché des choses et en reliant le monde des vivants à celui des morts. Il peut prévoir les grands changements de climat et les migrations du gibier. Le Chamane est prêtre et la musique du tambour dont le rythme de battement va s’accélérant et l’intensité va croissante, lui permet d’accéder à la transe, au besoin avec le recours à la drogue. Au cours de cette transe, il s’identifie aux divinités, aux forces de la nature et aux puissances animales, il transforme les forces hostiles en forces bienfaisantes et il devient alors le médiateur entre nature humaine et nature environnante dans une vision animiste de l’univers où le sacrifice tient une grande place car la vie ne peut naître que d’une autre vie que l’on sacrifie."

Bibliographie :
Jean-Marie ANDRÉ, Du barreau au cabinet de curiosités ou… l’itinéraire de Gérard Tiry en quête du réel, in Hegel Vol. 6 n°4.
G. TIRY, Le cabinet de curiosités Asie, p. 34
Adjugé : 100 €
Lot 81
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