Dernier service avant Noël
Samedi 20 décembre 2025 à 07h
Cette semaine, Arlette, l’une de nos fidèles lectrices, soumet à notre expertise un service en porcelaine de Limoges. L’occasion pour Philippe Rouillac, notre commissaire-priseur, de nous en dire plus sur l’histoire et la valeur de ces céramiques.

La semaine dernière, notre rubrique était consacrée à une table idéale pour préparer son réveillon. Celui-ci est aussi l’occasion de sortir ses plus belles pièces de service afin de présenter les nombreux mets servis lors des festivités. Ces grands services, composés de nombreuses pièces, sont ainsi parfaitement adaptés aux grandes tablées du 24 décembre.
Celui présenté cette semaine est en porcelaine. Son décor, très sobre, se compose de trois filets dorés situés à la jonction entre le fond et le bord des pièces. On notera également que le plat est doté de cinq boules aplaties sur sa bordure, destinées à assurer une meilleure préhension. Le revers comporte deux marques : l’une en vert, portant l’inscription « Limoges France » avec les lettres RH dans une étoile, et l’autre en rouge, marquée « Robert Haviland & Le Tanneur, Limoges », figurant un soleil couchant.
L’évolution des arts de la table reflète les grands changements historiques. Autrefois, la vaisselle était surtout en métal (étain ou argent pour les plus fortunés), tandis que la céramique et la porcelaine chinoise restaient des objets de décoration. Deux événements marquent un tournant : d’abord, les fontes « somptuaires » de Louis XIV, qui fait fondre l’argenterie du royaume pour financer la guerre de la Ligue d’Augsbourg ; ensuite, la découverte de la fabrication de la porcelaine en Europe au XVIIIᵉ siècle, permettant la création de pièces prestigieuses comme le Service Bleu Céleste commandé par Louis XV en 1753. Un autre changement majeur intervient sous l’Empire avec le service « à la russe », où les plats sont servis successivement, remplaçant le service « à la française » où ils étaient disposés simultanément sur la table. Cela favorise la production de services complets d’assiettes de différentes tailles, au détriment des grandes pièces comme les pots à oille. L’essor de la porcelaine stimule aussi le développement de manufactures, notamment à Limoges, comme Haviland, d’abord tournée vers l’export américain. En 1924, Robert Haviland, petit-fils du fondateur, fonde sa propre usine, ciblant davantage le marché français.
Concernant votre service, Arlette, les marques apposées au revers permettent de dater sa production entre 1929 et 1949, correspondant à la période d’association entre Robert Haviland et son beau-frère Pierre Le Tanneur. Pour une estimation précise, il conviendrait de connaître le nombre exact de pièces ainsi que leur état de conservation. Néanmoins, ce service au décor intemporel pourrait être estimé autour de 100 euros s’il est en bon état. De quoi s’offrir une table élégante pour les fêtes de fin d’année… ou quelques bonnes bouteilles à savourer avec modération, bien entendu !
