Jusqu’à la dernière seconde…
Samedi 27 décembre 2025 à 07h
Cette semaine, Monique et Éric, un couple de fidèles lecteurs, soumettent à notre expertise une montre de la marque LIP qu’ils possèdent depuis plus de cinquante ans. L’occasion pour Aymeric Rouillac, notre commissaire-priseur, de nous en dire plus sur l’histoire et la valeur de cette pièce d’horlogerie.

Alors que nous vivons les préparatifs du réveillon de la Saint-Sylvestre, marquant les dernières heures de 2025 et le passage vers la nouvelle année, vient le moment symbolique de synchroniser sa montre pour attendre les douze coups de minuit.
La montre présentée cette semaine pourrait parfaitement accompagner cette attente. Il s’agit d’un modèle à boîtier rectangulaire doré. Le cadran émaillé blanc, légèrement accidenté sur le côté gauche, est signé de la marque. Il indique les heures en chiffres romains et les minutes par un chemin de fer. Le fond du boîtier, en métal chromé et brossé, porte également le logo LIP. Enfin, la montre est équipée d’un bracelet en cuir imitant la peau de crocodile, fermé par une boucle ardillon en métal doré.
L’activité horlogère jurassienne remonte au XIIIᵉ siècle, époque à laquelle les paysans complétaient leurs revenus hivernaux en fabriquant des pièces pour les horlogers suisses, avant de produire des modèles de plus en plus complexes. En 1807, la communauté juive de Besançon offrit une montre de gousset au futur empereur Napoléon Ier. Selon la légende, celui-ci serait un aïeul d’Emmanuel Lipmann, fondateur de la manufacture éponyme une soixantaine d’années plus tard. La maison LIP est à l’origine de nombreuses innovations, dont les premiers mouvements amagnétiques, et fut l’un des fournisseurs de l’armée française, produisant des montres télémétriques destinées à l’artillerie. La Première Guerre mondiale entraîna également l’essor des montres-bracelets, remplaçant progressivement les montres de gousset afin de permettre une lecture de l’heure mains libres et avec un encombrement réduit. En 1933, André Donat mit au point le célèbre calibre T18, reconnaissable à son ancre droite, sa précision et sa robustesse. Son design rectangulaire iconique en fit l’une des montres les plus emblématiques des années 1930 à 1950, devenant la montre rectangulaire la plus vendue au monde à cette période. Des licences de fabrication furent accordées en Europe de l’Est, où le modèle fut produit jusque dans les années 1960. Ces qualités valurent également à LIP de devenir un fournisseur privilégié de cadeaux diplomatiques. Ainsi, une montre LIP calibre T18 fut offerte en 1948 par le général de Gaulle à Winston Churchill, en remerciement de l’aide apportée pendant la guerre. Le modèle prit alors le surnom de « Churchill », en hommage au Premier ministre britannique.
La montre présentée ici est un autre exemplaire de ce modèle iconique, dont la forme intemporelle continue de séduire les amateurs. Toutefois, elle semble être en plaqué or et présente plusieurs marques d’usure. Son estimation peut ainsi être envisagée autour de 50 euros : une somme modeste, mais suffisante pour ajouter une touche d’élégance et d’histoire à sa tenue en attendant l’arrivée de 2026.
