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Scènes pastorales par François Boucher

Mercredi 02 Mai 2018

Livrées à la marquise de Pompadour en son château de Crécy

Boucher Rouillac Scènes pastorales
Numéro 64 de la vente du 10 juin 2018

François BOUCHER (Paris 1703-1770)

Scènes pastorales dans des encadrements Rocaille


Quatre toiles cintrées en partie supérieure

1.a) Le petit joueur de cornemuse, porte une signature en bas à droite, f. Boucher
1.b) La petite beurrière, signé et daté, en bas à droite, sur le socle de la cruche, f. Boucher / 175(?)1
2.c) Jeune garçon abreuvant son chien, porte des traces de signature en bas à gauche
2.d) La petite bouvière
3.e) Garçon à la marionnette
3.f) La fileuse, non autographe, probablement reprise au XIXème siècle d'un tableau endommagé
4.g) L'amusement de la bergère, porte une signature et une date en bas à droite, f. Boucher / 175(?)1
4.h) La jardinière, porte une signature et une date sur le bac de l'arbre vers le bas à gauche, f. Boucher 175(?)1

Haut. 274, Larg. 70 cm
(Restaurations anciennes, petits accidents, petits manques, soulèvements)

Provenance :
- livrés à la marquise de Pompadour pour son château de Crécy, c. 1751
- acquis par le duc de Penthièvre avec Crécy en 1757 et installé au château de Sceaux avant 1769,
- vente révolutionnaire, après 1793,
- achat par le duc de Trévise pour son château de Sceaux lors d’une vente à l’Hôtel Drouot, Paris, 1872.

VISITE PRIVÉE AVEC ÉRIC TURQUIN


Du château de Crécy au château de Sceaux


En 1751, la marquise de Pompadour (fig. 1), qui réaménage le château de Crécy, commande un « mobilier » à la Manufacture des Gobelins, dont les cartons de tapisserie pour les dossiers des sièges (environ 54 x 44 cm) sont fournis par François Boucher. Ces cartons sont ensuite montés par paire dans des toiles verticales par Alexis Peyrotte (1699-1769), probablement à motif chantourné en partie supérieure. Peyrotte est un collaborateur de Boucher, réalisant notamment ses encadrements décoratifs. Aujourd'hui détruit, le château de Crécy était l’un des châteaux favoris de la Pompadour et du roi Louis XV, qui y séjourna jusqu’en 1755. La Marquise de Pompadour revend Crécy en 1757 au duc de Penthièvre, qui demande d'autres panneaux à Peyrotte entre 1761 et 1769. Ces derniers panneaux sont aujourd'hui conservés à la Frick Collection à New York.

En 1775, le duc de Penthièvre (fig. 2) hérite du château de Sceaux à la mort de son cousin, le comte d'Eu. Il revend alors Crécy et emporte tous les décors pour ses autres résidences. Le premier étage de Sceaux est remodelé entre 1776 et 1779 par son architecte Claude Martin Goupy, divisé en six appartements : un pour le duc, à l'angle du côté des cascades, un autre pour sa belle-sœur, la princesse de Conti, face à l'escalier d'honneur. Nos panneaux sont placés à Sceaux dans la chambre de la princesse de Conti. Augustin-Laurent Peyrotte (né en 1729), fils du précèdent, reprend les toiles et rajoute le décor cintré à la partie supérieure anciennement chantournée (bandes d'une trentaine de centimètres). Quatre des panneaux « Frick » sont, eux, accrochés dans son boudoir.

A la mort naturelle du duc en 1793 ses biens sont confisqués par la République et vendus aux enchères. Le château est détruit. Les panneaux conservés aujourd'hui à New-York sont retrouvés en Angleterre en 1830, vendus par Christie's en 1874 ; ils passent par diverses galeries et collections avant d'être acquis par Henri Clay Frick au début du XXème siècle (fig. 3).

Quant à nos tableaux, ils réapparaissent dans une vente à Paris à l’Hôtel Drouot le 29 janvier 1872 ainsi décrits : "Quatre panneaux de décoration peints par F. Boucher provenant du Château de Sceaux", assemblés afin de former des paravents. Acquis à la vente par le duc de Trévise (fig. 4) pour 27.200 francs, ils sont placés au nouveau château de Sceaux reconstruit entre 1856 et 1862. Sceaux est la propriété familiale des Trévise depuis 1850, jusqu’à sa vente au département de la Seine en 1923. Les panneaux sont ensuite conservés dans la famille de Trévise au château de V. près de Paris.

Les Enfants de Boucher aux Gobelins


Au XVIIIème siècle, la Manufacture des Gobelins produit des garnitures de sièges, connues sous l’appellation de meubles, parallèlement à la fabrication des grandes tentures murales. Dans les années 1750-1760, le patronage de la marquise de Pompadour ainsi que le regain d’intérêt des hommes de lettres et des philosophes pour l’éducation contribuent à l’émergence du thème des enfants dans les arts décoratifs et la peinture. Dès 1751, la favorite du Roi, ardente admiratrice et commanditaire de tels sujets, demande aux Gobelins plusieurs meubles, tissés dans l’atelier de basse lisse de Jacques Neilson. François Boucher diffuse les pastorales d’enfants se livrant à des occupations d’adultes. Dès cette époque, les manufactures de Sèvres et Vincennes déclinent en porcelaine les modèles du maître sur ces thèmes. On nomme les « Enfants Boucher», une multitude de charmantes petites tapisseries mettant en scène des bambins occupés à diverses activités campagnardes, qui furent destinées à garnir les dossiers de sièges "Louis XV" ou des paravents. Une partie de ces cartons de tapisseries d’ameublement, aux motifs chantournés, ont été montés deux par deux. D’après les archives retrouvées par Renaud Serette, les encadrements décoratifs floraux, et peut-être les camaïeux, sont réalisés par Alexis Peyrotte (1699-1769), proche collaborateur de Boucher.

François Boucher et son atelier


Jusqu'à leur redécouverte il y a douze ans par Me Philippe Rouillac, ces panneaux décoratifs n'étaient connus que par leurs photographies conservées dans les albums Maciet et par leurs mentions dans la vente de 1872. Nos panneaux ont été associés, au cours du XXème siècle, aux huit panneaux aujourd'hui attribués aux collaborateurs de François Boucher, exposés à la Frick Collection à New York, ornés de scènes d'enfants symbolisant les Arts et les Sciences.

Alastair Laing, après avoir examiné ces tableaux, considère que certains sujets pastoraux ont été peints par Boucher lui-même, d'autres par son atelier et sous sa direction, comme Le petit joueur de cornemuse (1.a), peint par l'atelier, et connu par les gravures de Demarteau l'Aîné et Aveline (voir A. Ananoff, François Boucher, Tome II, Paris, 1976, n°437). De ce motif, on connaît également une version d'atelier conservée au Musée des Beaux-Arts de Boston. Il ne semble pas qu'il y ait eu un tableau de la main de Boucher mais seulement un dessin ayant appartenu à Bergeret de Grancourt.

La petite beurrière ou Le bol de bouillie (1.b) est autographe. Il est également connu par la gravure de Demarteau l'Aîné (à l'endroit) et de Mademoiselle Igonet (à l'envers) (voir A. Ananoff, op. cité supra, n°414 / 3 et 4). On connaît le dessin, anciennement dans la collection M. Paulme (voir A. Ananoff, L'oeuvre dessiné de François Boucher, Paris, 1966, n°5).

Enfin, L'amusement de la bergère (4.g) a été gravé par mademoiselle Igonet (voir A. Ananoff, op. cité supra, n°367 / 15, gravure inversée) et peut être rapproché de l'un des panneaux, Le chant, de la Frick Collection de New York.

Nous remercions monsieur Alastair Laing pour l'aide qu'il nous a apportée à la rédaction de cette fiche.

Bibliographie

- Albums Maciet, Musée des Arts-Décoratifs, Paris, 229 / I ;
- Paul Gélis-Didot, La peinture décorative en France, du XVIème au XVIIIème siècle, vol.2, Paris, 1880, (avec reproduction de la gravure) ;
- Alastair Laing, « Madame de Pompadour et les "Enfants de Boucher" », Madame de Pompadour et les arts, Versailles, Château de Versailles, 2002, p. 47 (localisation inconnue) ;
- André Michel, « François Boucher », Paris, 1906, n°2470 ;
- Philippe Rouillac et René Millet, « Catalogue de la 18ème vente Garden party », Cheverny, château de Cheverny, 11 juin 2006, n°43 reproduit ;
- Renaud Serette, « Les enfants de Boucher, du château de Crécy au château de Sceaux », revue l'Objet d'Art, juillet-août 2010, p. 30 à 37, repr. p.32.

Illustrations :

François Boucher, Portrait de Madame de Pompadour, 1759, huile sur toile, Haut. 91, Larg. 68 cm., Londres, Wallace Collection.
Fig. 1 François Boucher, Portrait de Madame de Pompadour, 1759, huile sur toile, Haut. 91, Larg. 68 cm., Londres, Wallace Collection.

Fig. 2 Jean-Baptiste Charpentier le Vieux, Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre (1725-1793), et sa fille Louise-Adélaïde (1753-1821), 1768, huile sur toile, Haut, 99,2, Larg. 107,5 cm., Versailles, Château de Versailles.
Fig. 2 Jean-Baptiste Charpentier le Vieux, Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre (1725-1793), et sa fille Louise-Adélaïde (1753-1821), 1768, huile sur toile, Haut, 99,2, Larg. 107,5 cm., Versailles, Château de Versailles.

François Boucher et atelier, Scènes pastorales, 1760, huile sur toile, Haut. 217, Larg. 93 cm., New-York, Frick Collection.
Fig. 3 François Boucher et atelier, Scènes pastorales, 1760, huile sur toile, Haut. 217, Larg. 93 cm., New-York, Frick Collection.

Anonyme, Portrait du duc de Trévise, 1865.
Fig. 4 Anonyme, Portrait du duc de Trévise, 1865.
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