Une cravate de turfiste
Samedi 11 avril 2026 à 07h
Cette semaine, Nathalie, l’une de nos fidèles lectrices, soumet une cravate de la maison Hermès à notre expertise, l’occasion pour Philippe Rouillac, notre commissaire-priseur, de nous en dire plus sur l’histoire et la valeur de cette pièce de mode.

Ce samedi, nos amis anglais pourront assister à la course du « Grand National » du steeple-chase. Cette course hippique, organisée à Aintree, au nord de Liverpool, est l’une des plus attendues de l’année chez nos voisins d’outre-Manche, grands amateurs de sports équestres. C’est alors l’occasion pour les gentlemen de sortir leurs plus belles tenues afin de rivaliser d’élégance, avec les plus beaux chapeaux de ces dames.
L’objet de la semaine pourrait tout à fait trouver sa place lors de cet événement. Il s’agit d’une cravate en soie bleue et jaune, à motifs de couronnes et de rinceaux dorés. On y retrouve l’étiquette de la prestigieuse maison Hermès, attestant de l’origine de cet accessoire.
Fondée en 1837 par Thierry Hermès, bourrelier de formation, la maison commence par commercialiser différents articles de cuir destinés aux cavaliers, d’où son sigle représentant une calèche tirée par un cheval. Toutefois, elle diversifie progressivement ses activités dans le domaine de la mode, avec la création d’articles de maroquinerie tels que les célèbres sacs Birkin et Kelly, créés pour ces deux célébrités. La maison se lance également dans la confection de vêtements, notamment à destination d’un public masculin, à partir de 1925 puis d’un public féminin dans les années 1930. Dès 1937, elle met au point le fameux « carré Hermès » en twill de soie, c’est-à-dire réalisé à partir de fils croisés, assurant à la fois solidité et souplesse. Le carré devient l’emblème de la maison et peut ainsi orner les plus grands défilés ou être offert en cadeau diplomatique, comme ce fut le cas pour Hillary Clinton ou Laura Bush. De plus, certains modèles deviennent de véritables pièces de musée, à l’image du carré « Croix de Lorraine », créé à la Libération. De même, à partir de 1949, la maison se met à produire des cravates pour hommes. Selon la légende, cette initiative ferait suite à la demande d’une succursale basée à Cannes, qui signalait que les hommes non cravatés étaient refusés au casino faute de porter cet accessoire, et ils souhaitaient pouvoir s’en procurer. Les cravates dessinées par Henri d’Origny se veulent alors pleines d’humour et aux couleurs chatoyantes, à l’image des carrés sur lesquels il avait auparavant travaillé. En tant qu’emblème de la marque, les motifs issus des carrés peuvent être repris et adaptés sur d’autres supports, comme notre cravate, qui adopte le motif dit « Couronne », créé par Julie Abadie à la fin des années 1960. Il est donc tout à fait probable que ce modèle ait pu être encore acheté à la fin des années 1980, comme l’indique Nathalie. Pour reprendre le précepte de Coco Chanel : « La mode se démode, le style jamais. »
Concernant votre cravate, Nathalie, celle-ci est naturellement moins recherchée qu’un carré de la maison, mais elle reste en excellent état. Toutefois, si vous possédez encore le coffret, cela constituerait un atout supplémentaire pour sa valorisation. Il conviendrait de l’estimer autour de 20 à 30 euros, une somme raisonnable pour porter un accessoire de haute couture.
