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Un calice antique pour fêter Pâques ?

Samedi 04 avril 2026 à 07h

Magali, de Vineuil, nous adresse les photos d’un « verre en terre » qui lui a été donné il y a plus de trente ans par des paysans tunisiens et se souvient qu’il y avait à proximité « des vestiges gallo romains ». Aymeric Rouillac, commissaire-priseur, lui raconte l’histoire de ce vase et du contexte dont il s’inspire.



Magali, de Vineuil, nous adresse les photos d’un « verre en terre » qui lui a été donné il y a plus de trente ans par des paysans tunisiens et se souvient qu’il y avait à proximité « des vestiges gallo romains ». Aymeric Rouillac, commissaire-priseur, lui raconte l’histoire de ce vase et du contexte dont il s’inspire.

Le verre de Magali est bien en terre cuite. Sa patine brun-ocre témoignerait d’un long ensevelissement. La coupe évasée repose sur un pied : c’est donc un calice. Regardez bien ce pied : il est entouré de cinq anneaux. On dit qu’il est annelé avec des motifs horizontaux en spirale. Le décor de la coupe est, lui, en applique incisées de deux motifs. D’une part une feuille de palmier ou d’olivier à trois branches et de l’autre un portique stylisé. Ce décor rappelle les productions de la période romaine en Afrique du Nord, entre le Ier et le IVe siècle de notre ère.

Attention Magali, votre calice appartiendrait donc au monde « romano-africain » et non au monde « gallo-romain », qui lui concerne uniquement l’équivalent de notre territoire national ! Les Romains conquiert en effet tous les rivages de la mer Méditerranée, qu’ils appellent « Mare Nostrum ». C’est-à-dire « Notre Mer ». La conquête de Carthage, dans l’actuelle Tunisie, leur a donné le plus de mal. Le chef carthaginois Hanibal avait même fait traverser en -218 la mer, puis les Pyrénées et les Alpes à ses éléphants de guerre pour menacer Rome ! Les incisons végétales de cette coupe se retrouvent d’ailleurs parfois dans la production locale des ateliers de la région de Carthage.

Ces motifs ne nous renvoient pourtant pas à des motifs guerriers. Ils sont des motifs de passage, avec le portique, et de vie éternelle, avec les feuilles de palmier qui restent toujours vertes. Les trois feuilles du palmier sont une référence à la Trinité chrétienne : un seul dieu (une seule plante) mais trois personnes (trois feuilles), Père, Fils et Esprit. Saint Patrick utilisera la même image avec le trèfle à trois feuilles lorsqu’il évangélise l’Irlande. À l’époque romaine, l’évangélisateur de l’Afrique du Nord est l’évêque saint Augustin d’Hippone, dont l’actuel pape Léon XIV a repris la devise : « En Celui qui est Un, nous sommes Un ».

Ce calice serait donc un vase sacré, utilisé par les premiers chrétiens pour célébrer la messe. À cette occasion du pain et du vin sont partagés en souvenir du dernier repas de Jésus Christ avec ses amis. Il aurait pu être utilisés dans un contexte funéraire, comme une offrande pour accompagner un défunt.

Mais attention, la qualité générale du verre, l’épaisseur de la terre cuite et la stylisation du décor en applique fait davantage penser à une production artisanale contemporaine tunisienne. Il faudrait le voir pour le préciser, comme nous le confirme l’archéologue blaisois Jean-Sylvain Caillou. La valeur de ce calice serait donc symbolique, de l’ordre d’une dizaine d’euros, sauf surprise. Mais cet objet n’a-t-il pas, au-delà de son prix, lui aussi une symbolique forte ? C’est une jolie manière de célébrer Pâques : symbole de la résurrection des morts et de la victoire de la Vie !
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