À l’heure d’été
Samedi 28 mars 2026 à 07h
Cette semaine, Françoise, de Prunay-Cassereau, soumet une pendule à notre expertise : l’occasion pour Philippe Rouillac, notre commissaire-priseur, de nous en dire plus sur l’histoire et la valeur de ce garde-temps.

En ce week-end où nous remettons les pendules à l’heure, il est de bon ton de s’intéresser à celle de notre lectrice. Mais qu’elle est donc la matière dans laquelle elle est réalisée ? Il s’agit évidemment de marbre comme vous l’aurez remarqué. Celui de couleur rose est dit « brèche », c’est-à-dire qu’il résulte de « roches formées d’éléments anguleux aux couleurs cimentées par la calcite ». L’autre est noir. Il nous vient directement de Belgique, probablement des carrières de Golzinne, dans la vallée de l’Orneau dans la province de Namur. Rien à voir donc avec les origines bretonnes de la grand-mère de Françoise…
Il n’empêche que ces modèles se retrouvent partout – de la Bretagne au Val de Loire – car ils sont le résultat d’une mode particulièrement prolixe durant la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu’au début du XXe siècle. Nous parlons ainsi de pendule « borne », du fait de leur forme à un corps principal monobloc. Ces pendules sont les lointaines héritières des modèles de l’époque de la Restauration, avec leur borne souvent accompagnée de sujets historiques, mythologies ou de genre. Elles deviennent l’élément central de la décoration de toutes les bonnes maisons dont la sonnerie accompagne la vie de leurs propriétaires. Sacha Guitry relève à ce titre des décennies plus tard « que leur tic-tac fait apprécier le silence ». Partageons ou non ce point de vue !
La production est donc massive jusqu’à la Belle époque pour répondre à la demande de la clientèle. Chaque pièce se distingue par un décor plus ou moins élaboré, en fonction des moyens de son propriétaire. Ainsi la pendule de notre lectrice est coiffée d’un pot à feu et décorée de deux prises en forme de rinceaux affrontés, faisant d’elle un objet de moyenne gamme.
De manière très classique, elle indique l’heure par un cadran émaillé aux chiffres arabes inscrits dans des médaillons et les minutes par un chemin de fer. Tout est sur les rails, tout comme la précision du mouvement. Au regard de sa datation, la suspension est vraisemblablement à « Brocot », du nom de l’inventeur de ce système en 1840. Ouvrez la lunette arrière. Vous pourrez ainsi observer le balancier suspendu à un pince-lame. Si le système a du mal à s’imposer jusque dans les années 1860, il présente toutefois l’avantage d’une précision plus importante que la suspension à fil inventée en 1657 par le mathématicien hollandais Christian Huygens.
Le modèle de la pendule de notre lectrice a connu de grandes heures des décennies en arrière. Malheureusement, il est aujourd’hui boudé par les amateurs, qui ne dépenseraient guère plus de 50 € pour l’acquérir, ce qui n’est pas beaucoup plus que pour une pendule murale à pile… bien moins charmante, reconnaissons-le !
