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« C’est pas l’homme qui prend la mer… »

Samedi 24 janvier 2026 à 07h
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Cette semaine, Bernard de Montrouveau soumet à notre expertise une paire de tableaux acquis par ses parents dans la région de Boulogne dans les années 1930, lors d’une exposition d’artistes. C’est l’occasion pour Aymeric Rouillac, notre commissaire-priseur, de nous en dire plus sur l’histoire et la valeur de ces œuvres.



La mer est aujourd’hui au cœur de nombreuses préoccupations, qu’elles soient économiques — autour du partage de ses ressources — mais aussi écologiques et climatiques, notamment avec les tempêtes qui se succèdent sur nos côtes. Les pêcheurs doivent alors parfois rester à quai ou prendre le risque d’affronter les éléments pour ramener leurs prises.

L’objet de la semaine est lui aussi une représentation de cette lutte avec la nature. Il s’agit d’une paire d’œuvres sur papier, de dimensions moyennes (60 centimètres sur 40). Elles figurent une scène en deux temps : tout d’abord, le départ des marins, poussant avec effort leur navire à l’eau afin de prendre la mer, tandis qu’une femme agite un mouchoir pour leur dire au revoir. La seconde scène représente le retour, où une famille guide le bateau à l’aide d’une lanterne afin de le faire rentrer au port. Les œuvres sont signées en bas à droite « A. Jensen ».

Symbole de l’inconnu mais aussi de la force de la nature, la mer est l’un des thèmes favoris des peintres. Dès l’Antiquité, elle est considérée à la fois comme nourricière et facteur de commerce, mais aussi source de dangers et habitat de monstres. Par opposition au siècle précédent, qui la figurait souvent calme, les peintres du XIXᵉ siècle représentent la mer déchaînée. Elle est alors vue comme cause de naufrages, afin d’exprimer la détresse mais aussi le courage des marins. On peut ainsi évoquer des chefs-d’œuvre tels que « Le Radeau de la Méduse » de Géricault, peint en 1819, ou « Le Naufrage »de Turner, de 1805. Ce thème est ainsi l’un des préférés du romantisme puisqu’il permet aux artistes d’exalter leurs sentiments, la mer agitée sera ainsi le thème de prédilection du peintre russe d’origine arménienne Ivan Aïvazovski. Ce thème est également marqué par de fortes identités régionales. La représentation des marins luttant contre celle-ci est très présente dans l’art de l’Europe du Nord. Des peintres tels que Kristian Krohg ou Alfred Jensen ont ainsi réalisé de nombreux portraits de marins au travail, illustrant la difficulté de la vie quotidienne en Scandinavie mais aussi le courage des hommes affrontant les éléments.

Concernant vos œuvres, Bernard, elles portent la signature d’Alfred Jensen, peintre danois du XIXᵉ siècle spécialisé dans les marines et les scènes de marins. Toutefois, il semble qu’il s’agisse de reproductions, avec une signature imprimée. Il s’agit d’une chromolithographie sur un support papier. Cela se constate notamment par l’absence de relief de la peinture, la présence de trames d’impression et la bordure nette de la feuille. De plus, il convient de noter que les œuvres sont accidentées notamment en raison de déchirures sur le côté droit. En raison de ces éléments, elles ne présentent qu’une valeur décorative, que l’on peut estimer entre 10 et 20 euros. Une somme modique pour sentir les embruns depuis son salon.
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