Le joyau de la Couronne
Samedi 18 octobre 2025 à 07h
Cette semaine, Charlotte d’Azé soumet une bague à notre expertise : l’occasion pour Philippe Rouillac, notre commissaire-priseur, de nous en dire davantage sur l’histoire et la valeur de ce bijou.

L’actualité de ces derniers jours est marquée par le cambriolage des bijoux royaux et impériaux conservés dans la Galerie d’Apollon, au sein du musée du Louvre. Ce vol concerne huit pièces majeures de l’histoire de la joaillerie, ornées de pierres ayant traversé les règnes. On peut penser aux diamants figurant sur la broche-reliquaire qui appartenait à l’origine au cardinal Mazarin, lequel en fit don à Louis XIV.
Notre lectrice offre à notre expertise un bijou : une bague dorée sertie d’une pierre de couleur. Elle est ornée d’une pierre rosée taillée en cabochon – c’est-à-dire ronde et non facettée. Il s’agit sans doute d’une variété de quartz, telle que la calcédoine. Cette pierre est présentée en serti clos, décoré de godrons.
Il est particulièrement difficile de dater la première utilisation de bagues à des fins ornementales. Avant les progrès de la métallurgie, dès le Paléolithique, de tels bijoux étaient réalisés en ivoire de mammouth, malheureusement leur symbolique nous échappe encore aujourd’hui. On retrouve ensuite de nombreuses bagues parfois ornées de pierres précieuses, notamment dans l’Égypte pharaonique ou la Rome antique. Il est d’ailleurs intéressant de noter que, lorsque des pierres étaient serties sur de tels bijoux, elles étaient souvent gravées de motifs à des fins « apotropaïques ». Sous ce terme savant, on comprend qu’elles devaient protéger leurs porteurs du mauvais sort, ou étaient choisies pour leurs vertus supposées, par exemple pour se prémunir d’un éventuel empoisonnement. De plus, durant le Moyen Âge, la bague prend d’autant plus un rôle d’affirmation du statut social. On peut penser aux chevalières, qui rattachaient leur porteur à une grande famille par leurs armoiries, mais aussi aux bagues dites ecclésiastiques, où la couleur de la pierre permettait d’identifier le rang du clerc (violet pour les évêques, rouge pour les cardinaux, etc.).
Le terme bague devient alors générique : il désigne tout type de bijou, mais aussi des pierres non montées, à l’instar des « huit bagues » que le roi François Iᵉʳ désigne comme appartenant à la Couronne de France, et qui allaient former l’embryon de ce que l’on appelle encore aujourd’hui les « Diamants de la Couronne ». Les différents princes rivalisent alors pour posséder les plus belles pierres, véritables joyaux de leurs collections, qui prendront d’ailleurs les noms de leurs propriétaires : le Régent, le Sancy, le Cullinan ou encore le Hope.
Votre bague, Charlotte, n’est pas ornée d’une pierre de cette envergure. Il faudrait toutefois l’examiner de visu afin de vérifier la présence éventuelle de poinçons, qui permettraient de connaître la nature du métal utilisé pour la monture. Si elle est en or, sa valeur pourrait être estimée entre 50 et 80 euros. En fonction de son histoire et de son appartenance à une personne célèbre, tout prix peut être multiplié par 100. Il faut rappeler que l’épée de Charles X constellée de diamants n’a jamais été retrouvée car elle a certainement été dépecée. Puisse les bijoux dérobés ne pas subir le même sort…
