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Artigny : Une mondialisation dont la France est la reine

Mardi 05 janvier 2021
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préface par Xavier Patier


Vendôme : j’entre dans un entrepôt anonyme, perdu dans la foule des entrepôts anonymes qui peuplent la zone d’activité à l’entrée de la ville. Philippe Rouillac et son fils Aymeric sont des magiciens. Derrière la porte qu’ils ont poussée avec gourmandise, se découvre une stupéfiante jonchée de trésors, tableau d’une chasse inspirée, effet conjugué du hasard et de l’obstination. Peintures, sculptures, meubles, curiosités, objets chargés d’histoires très compliquées ou très simples, dans lesquelles les époques et les continents se répondent avec une étrange cohérence : tout dans cet entrepôt vendômois raconte l’histoire d’une mondialisation qui serait heureuse et dont la France serait la reine. Un point commun dans cet enchevêtrement : l’excellence et l’émotion, l’esprit Rouillac !

L’ébéniste Georges Jacob voisine en bonne intelligence avec Rubens et Renoir. Sous un tableau du roi Soleil, un cabinet indo-portugais porte un récipient de facture anglaise et de style chinois, destiné au service du vin de Bordeaux. Des toiles émouvantes de Jean Mosnier, peintre de notre vallée des rois, ont été redécouvertes par Charles-Antoine de Vibraye dans les greniers du château de Cheverny dont elles décoraient un salon il y a quatre siècles : elles se préparent sagement, déroulées et suspendues, à revivre en bonne compagnie. Le grand tableau des Ateliers de Pierre Paul Rubens, Hommage à l’Angleterre, jadis offert au roi Charles 1er par le peintre, et deux siècles plus tard à son médecin par Napoléon III, vendu souvent, volé deux fois, spoliés par les nazis, sauvé des flammes au château de Nicolsbourg brûlé par l’Armée Rouge, perdu, retrouvé, restitué à sa famille, insubmersible, a lui aussi trouvé refuge dans le faubourg de Vendôme, adossé au mur. Il n’a pas dit son renier mot. Près de lui, sur une étagère, est posé un merveilleux fond de coupe paléochrétien, en verre et or, représentant le bon pasteur : sommet de l’orfèvrerie à Rome, au IVème siècle.

Je traverse la salle comme l’âne de Buridan, sollicité partout et n’osant aller franchement nulle part, quand Philippe Rouillac me pousse doucement vers un tableau lumineux. Dans un cadre doré, il figure une lourde bâtisse solidement arrimée au sol, bordée de maisons simples, rouges et bleues, comme accroupies dans l’herbe, où un homme passe sous un ciel dont on ne sait s’il est paisible ou tourmenté : c’est la Vue de Dieppe de Claude Monet, œuvre à peine sortie de la caisse dans laquelle elle vient d’arriver après un long voyage depuis le Japon. Philippe s’approche de la toile :

- Alors ?
- Un tableau magnifique.
- Tu aperçois quelque chose, au fond ?
- Des coups de pinceau gris.
- Non : la mer !


Les Rouillac voient la mer où nous voyons de la peinture. Il n’est pas étonnant qu’ils aident les chefs-d’œuvre à changer de vie. « Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » demandait Lamartine. À Vendôme, les œuvres parlent à notre âme et nous donnent la force d’aimer.

Xavier Patier

Xavier Patier, écrivain engagé est l’auteur d’une œuvre remarquée qui comprend des romans, couronnés entre autres par le prix Chardonne et le prix Nimier ainsi que des essais, dont Blaise Pascal, la nuit de l’extase et Heureux les serviteurs. Son 27è titre Demain la France est une exhortation à l’amour du pays entrelaçant une chronique intime et une méditation historique, toujours servie par une écriture d’exception.
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