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Vase impérial Qianlong

Dimanche 24 mai 2020

Chef-d’œuvre d’émaux Yancai pour l'anniversaire de l'empereur

Vase Quianlong

CHINE – Époque QIANLONG (1736-1795)

Petit vase en forme de grenade à quatre faces

en porcelaine émaillée polychrome et or des émaux de la famille rose dit "fencai", sur chaque face d'un médaillon rond orné d'un couple de cailles sur des rochers fleuris de pivoines ; d'un autre couple de cailles parmi les bambous célestes et pruniers en fleurs ; d'un couple de pies sur un rocher fleuri de fleurs de pêches ; d'un autre couple de pies parmi les cerisiers en fleurs et lingzhi. Le fond décoré de fleurs de lotus en émaux de la famille rose parmi leur feuillage sur fond de rinceaux fleuris à l'or. L'épaulement orné d'une frise de lingzhi ornés de rinceaux. La partie inférieure agrémentée d'une frise de feuilles de bananiers et de lingzhi. Le talon embelli d'une frise de fleurs stylisées dans leurs rinceaux en émail or sur fond rouge corail. L'intérieur et le dessous émaillé en bleu turquoise. Au revers de la base, la marque de Qianlong à six caractères en rouge de fer en zhuanshu.

Haut. 20,4 Larg. du col. 9,9 cm.
(usures de l'or).

Provenance :
- probablement offert lors du mariage, le 9 octobre 1930, de Jean Richard (1905-1935) et Marie-Louise Thomassin (1906-1990), dans la cathédrale Saint-Louis des Invalides à Paris. Fils du général Charles Édouard Richard (1868-1928), polytechnicien, et petit-fils du lieutenant-colonel Charles Lecer (1839-1915), officier de la Légion d'Honneur, le marié épouse la fille d'un capitaine de l'armée française mort au champ d'honneur, Constant Charles Thomassin (1875-1914).
- par descendance, collection particulière, Tours.

China – Qianlong period (1736-1795). A fine ‘Famille Rose’ (Fencai) and gold-glazed ‘pomegranate’ vase Qianlong seal mark and period.

清乾隆 粉彩纏枝西番蓮開光花鳥圖石榴尊
“大清乾隆年製”款

Références :
- un autre vase, double, orné du même sujet dans des médaillons, reproduit dans Stunning decorative porcelains of the Qianlong reign, National Palace Museum, Taipei, 2008, p. 88, un autre avec même fond p. 126 (Figure 1) ;
- deux vases, l'un balustre, l'autre suantouping à décor semblable de rinceaux fleuris et de spirales émaillées or, l'intérieur et le pied émaillés bleu turquoise reproduit dans Porcelains with Cloisonne Enamel Decoration and Famille Decoration, The Complete collection of Treasures of the Palace Museum, Falangcai-Fencai, Gugong, Éditeur The Commercial Press (Hong Kong) 1999, p. 40 et p.41 (Figure 2 et 3) ;
- un vase d'une forme différente à décor de médaillons sur un fond de même décor de lotus et spirales mais en rouge de fer, avec le décor supérieur du talon similaire reproduit dans Porcelains with Cloisonne Enamel Decoration and Famille Decoration, The Complete collection of Treasures of the Palace Museum, Falangcai-Fencai, Gugong, Éditeur The Commercial Press (Hong Kong) 1999, p.131 (Figure 4).

Présentation par le cabinet Portier

La forme grenade de ce rare vase symbolise la prospérité et l’abondance. Il est en porcelaine émaillée polychrome de la famille rose et or dit « fencai ». Cet objet exceptionnel est illustré sur chacune de ses quatre faces d’oiseaux perchés, sur des branches fleuries et des rochers, dans des médaillons sur fond de rinceaux de fleurs de lotus et de fleurs de passion stylisées s’épanouissant de la panse jusqu’au col, elles envahissent tout l’ensemble du vase à l’imitation des bronzes cloisonnés.

L’appellation classique de « décor de fleurs et d’oiseaux » appartient à l’origine à l’histoire de la peinture chinoise. Elle provient d’un genre de peinture académique qui trouve sa source à l’époque des Song du Nord, sous le règne de Huizong (r.1101-1125), peintre de qualité, calligraphe, archéologue, poète et collectionneur. Cet Empereur s’inscrit comme une figure emblématique de la tradition chinoise de lettrés, à travers l’illustration de sujets naturalistes et poétiques, représentés de façon intimiste. Les scènes d’oiseaux et de fleurs dans les médaillons représentés sur ce vase grenade s’inscrivent dans la continuité du courant traditionnel chinois de la peinture de l’Académie de Hanlin, littéralement « l’Académie du pinceau », fondée par Huizong. Il est aussi probable que le décor de rinceaux émaillé or fasse référence à Huizong, lequel inventa le style « or mince de la calligraphie » (shou jin ti) car sa calligraphie ressemblait à un filament d’or, tordu et tourné.

Deux médaillons sont agrémentés de deux pies. Le premier, orné d’une pie perchée sur un rocher et d’une pie sur une branche de prunier en fleurs (meihua), symbole de l’automne, face-à-face, elles communiquent du regard. Sur le second médaillon, deux pies sont perchées face-à-face sur une branche de prunus en fleurs naissant d’un rocher derrière lequel s’épanouissent des champignons de longévité (lingzhi) et des bambous (zhu yu qi sun tu).

Le bambou incarne l’image du courage face à l’adversité et la longévité, vertus chères aux lettrés. Emblématique de la pureté et de la persévérance, le prunus, signe de la venue de l’hiver, symbolise un âge avancé en bonne santé. La pie personnalise le bonheur à travers l’homophone de « xique ». Ainsi représentée, cette image fait allusion au bonheur conjugal, le double bonheur (shuang xi meishao). Ce thème classique se retrouve sur les peintures, les textiles, l’architecture et la porcelaine.

Les deux autres médaillons se composent d’un couple de cailles face-à-face, posées sur des rochers parmi les branches de fleurs de pêches de longévité, les pivoines, les branches de prunus en fleurs, les épis de blés, les chrysanthèmes et les bambous célestes (nandina domestica).

La caille, homophone du mot paix (anquan), lorsqu’elle est représentée en couple, symbolise la double paix (shuang’an). Agrémentées des oreilles de grains de blé, (sui), elles constituent les vœux de « Puissiez-vous obtenir la paix année après année », (suisui ping’an).

Les lettrés sont férus de la fleur de chrysanthème (juhua), reflet de leurs nobles idéaux. Symbole de persévérance et de pureté, cette fleur résiste aux intempéries automnales, solide et brave, comme les qualités auxquelles ils doivent tendre dans le but d’affronter les obstacles dus à leur charge.

Afin d’assoir leur légitimité au trône de la Chine comme souverain étranger, les empereurs mandchous de la dynastie Qing furent particulièrement attentifs à la tradition de la société chinoise et utilisèrent chaque type d’art pour affirmer leur position.

Les émaux « fencai » apparaissent à la fin du règne de Kangxi (1662-1722), se développent sous Yongzheng (1722-1735) et deviennent très prisés sous le règne de Qianlong (1736-1795).

L’intérêt profond pour « l’exotisme » européen et ses émaux portés par l’empereur Kangxi (1662-1722), l’incite à créer dans l’enceinte de la Cité Interdite un atelier impérial au Yanxin Dian (Salle de la nourriture de l’esprit) pour la peinture d’émaux sur cuivre (tong falang), sous la direction du jésuite Jean-Baptiste Gravereau. Par la suite, il demande aux artisans d’adapter cette technique au verre et à la céramique. Cette gamme d’objets inédits de couleurs étrangères dites « yangcai », se compose de tons délicats et opaques, d’un blanc mat à base d’arsenic qui va permettre d’obtenir une variété infinie de nuances une fois mélangée à chacun des émaux. Ces différentes expérimentations permettent d’atteindre des teintes pastel veloutées, à la base du développement des émaux de la famille rose dit « fencai », au sein des officines du palais et des fours de Jingdezhen. Cette nouvelle technique se distingue par une forme de peinture sur couverte avec l’utilisation du pourpre de Cassius et l’usage de dégradés obtenus grâce à l’introduction de l’arséniate de plomb. Sous Yongzheng, de nouvelles teintes sont exaltées par la grande pureté de la pâte et par la couverte brillante des porcelaines. L’empereur Qianlong, fasciné par la poésie, la peinture traditionnelle chinoise et les émaux étrangers donne les directives à Tang Ying (1682-1756), qui supervise les fours impériaux.

Ainsi, les artisans des fours impériaux de Jingdezhen s’inspirent de grandes œuvres du passé de la Chine et de leurs coutumes, tout en créant simultanément des pièces innovantes contemporaines mettant en exergue l’excellente qualité d’exécution de l’époque, sous le suivi de l’empereur Qianlong.

L’harmonie des coloris, le raffinement du décor, la délicatesse de la pose des émaux, l’aspect naturel des animaux saisis sur le vif et les plantes, rappellent l’art de la peinture traditionnelle et de la poésie par ses thèmes et ses rébus. La minutie de l’exécution des motifs se déploie dans les moindres détails. L’artisan utilise la surface de la porcelaine afin de créer une composition qui s’adapte parfaitement à la forme du vase grenade. Il crée ainsi une harmonie d’ensemble par la forme et le décor mais aussi par les détails, dans chaque médaillon, propices à l’évasion du lettré à travers une sphère poétique remplie de sens cachés. Ce type de thème à l’intérieur des médaillons est en osmose avec le goût de lettré de l’empereur Qianlong, support invitant à la contemplation tandis que le décor floral envahissant le fond du vase rappelle l’esprit baroque européen. Les rinceaux émaillés or, d’inspiration européenne, prennent plus d’importance, ils recouvrent la panse du vase ainsi que le pourtour du pied et le col polylobé sur fond rouge de fer.

Fin connaisseur de la littérature et de la langue chinoise, grand poète prolifique, l’empereur Qianlong apprécie les références lettrées, les allusions, les rébus, les citations qu’il se délectait de faire apposer sur des objets en porcelaine, jade ou cloisonnés. Ainsi, l’empereur mandchou s’inscrit dans la continuité de l’élite lettrée et s’impose par sa légitimité culturelle.

Ce type d’objets était collectionné par les empereurs mandchous, ils leur étaient aussi parfois offerts comme cadeaux d’anniversaire par des princes, des ministres ou de hauts fonctionnaires, en témoignage de leur loyauté. Ces présents symbolisaient souvent des messages par leur forme, via des rébus, des homophones, des symboles, des poèmes, des messages de bon augure, de bonheur, de longévité, de légendes ou de références historiques.

National Palace Museum, Taipei
Fig. 1 National Palace Museum, Taipei


Fig. 2 Palace Museeum, Cité Interdite, Pekin
Fig. 2 Palace Museeum, Cité Interdite, Pekin


Fig. 3 Palace Museum, Cité Interdite, Pékin
Fig. 3 Palace Museum, Cité Interdite, Pékin


Fig. 4 Palace Museum, Cité Interdite, Pékin
Fig. 4 Palace Museum, Cité Interdite, Pékin
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