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Aymeric Rouillac « S’il vous plaît, continuez à acheter des œuvres d’art. »

Mercredi 01 juillet 2020

Artension, Françoise Monnin

En France comme ailleurs, au printemps dernier, l’épidémie mondiale de Covid-19 a provoqué l’annulation de toutes les expositions. En organisant une vente aux enchères sur l’Internet afin de soutenir les artistes, ce commissaire-priseur a démontré combien, lors d’une catastrophe, les entreprises individuelles sont plus humaines et réactives que les rouages institutionnels.

6 mai 2020, 16 h 19. La vente #SoutiensUnArtiste vient de se ter- miner, au terme de sept jours d’enchères sur l’Internet exclusivement. Sur la page Facebook dédiée à cet événement, Aymeric Rouillac surgit, marteau à la main. « C’est phénomé- nal, nous sommes très heureux. Nous tenions à vous remercier », dit le jeune homme, qui congratule ensuite, outre les acheteurs, ses partenaires du moment, bénévoles comme lui : le salon Puls’Art du Mans, le centre d’art contemporain CCCOD de Tours, la Fondation Taylor à Paris et le magazine Artension. « Une vente-fleuve, inédite », poursuit-il, rappelant qu’il a pu enregistrer les 500 premiers lots qui lui ont été proposés, puis a dû renoncer, faute de moyens logistiques, à en présenter 846 de plus.

Principe de cette vente : 100 % du fruit récolté est reversé à l’artiste concerné, en situation de grande précarité. Si tel n’est pas son cas, l’artiste (ou l’amateur d’art, proposant une œuvre de sa collection, tels Hervé Courtaigne ou Jean-Claude Volot, ou le critique d’art, légendairement fauché mais possédant de nombreux trésors grâce au troc) se métamorphose en donateur, ooffrant la somme récoltée lors de la vente à un fonds de soutien, hébergé par la Fondation Taylor, historiquement destinée à subvenir aux besoins des « artistes nécessiteux ». 86 000 # ainsi récoltés sont actuellement transformés en 86 chèques de chacun 1 000 #, adressés par la fondation à autant d’artistes, ayant rempli un dossier entre le 10 et le 29 mai. 329 plasticiens l’ont fait. Une centaine d’entre eux en fait, favorisés par la modestie de leurs revenus, le poids de leurs charges familiales et l’urgence particulière de leurs besoins, remportent cette manne. Car certains mécènes ont rajouté au pot, jusqu’au 1er juin.

Au total, 258 œuvres ont été vendues, cha- cune pour une valeur oscillant entre 60 et 24 000 # (prix record pour une toile de Ro- bert Combas, au bénéfice du fonds). De belles sommes ont été atteintes notamment grâce aux dons de la photographe Sarah Moon, du sculpteur Marc Petit, du dessinateur Ernest Pi- gnon-Ernest, du peintre Abraham Hadad, etc. Montant total encaissé : 212 000 #. À signaler enfin, parmi les acheteurs, de fameux collectionneurs (tel Antoine de Galbert) et aussi pas mal de médecins et de pharmaciens, souhaitant ainsi partager leurs revenus récents, embellis par l’épidémie.

Clé du succès de #SoutiensunArtiste ? Outre le tam-tam sur les réseaux sociaux (l’acheteur du Combas a découvert l’info sur Twitter), la réactivité de la presse, les articles signés Harry Bellet dans Le Monde ou Guy Boyer sur le site connaissancesdesarts.com, l’enthousiasme de la radio France Inter ou de la chaîne de télé- vision France 5. Quelques centaines d’artistes modestement dépannés ne changeront pas la face globalement paupérisée de leur profes- sion, certes. Toutefois, plutôt que de tourner en rond durant les deux mois confinés qui viennent de s’écouler, vendre ou enchérir a donné la pêche à plus d’un. « S’il vous plaît, continuez à acheter des œuvres d’art. C’est la meilleure manière de soutenir un artiste. Car comme a écrit André Malraux : le chemin le plus direct de l’homme à l’homme, c’est l’art. » Ainsi Aymeric Rouillac conclut son allocution, le 6 mai 2020. 􏰂
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