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Deux tableaux de plumes mexicains du XVIIe siècle

Jeudi 10 janvier 2019

En avant première de la 31ème vente Garden party le 16 juin au château d'Artigny en Touraine

Travail anonyme mexicain du XVIIe siècle
Saint François en prière ou Les stigmates de saint François
Plumes et feuilles d’or sur un support de cuivre
Haut. 25, Larg. 19,5 cm
Provenance : collection uruguayenne. Libre circulation du territoire.
Travail anonyme mexicain du XVIIe siècle
Sainte Gertrude
Plumes et feuilles d’or sur un support de cuivre
Haut. 14,5, Larg. 10,5 cm
Provenance : collection uruguayenne. Libre circulation du territoire.
Travail anonyme mexicain du XVIIe siècle
Saint François en prière ou Les stigmates de saint François


Plumes et feuilles d’or sur un support de cuivre.

Haut. 25, Larg. 19,5 cm

Provenance : collection uruguayenne. Libre circulation du territoire.

Cette œuvre a été examinée par le spécialiste Ernst Bauernfeind, du musée d'histoire naturelle de Vienne, qui a réalisé des études zoologiques complètes sur les plumes utilisées.

Travail anonyme mexicain du XVIIe siècle
Sainte Gertrude


Plumes et feuilles d’or sur un support de cuivre.

Haut. 14,5, Larg. 10,5 cm

Provenance : collection uruguayenne. Libre circulation du territoire.

Unique représentation plumassière de la patronne du plus ancien couvent de femmes du Mexique, ce tableau a vraisemblablement été réalisé au début du XVIIe siècle dans l’entourage de la famille Moctezuma, protecteur du monastère de la Conception.

Mon truc en plumes... deux tableaux mexicains du XVIIème siècle présenté par Aymeric Rouillac sur TV Tours avec JCK dans l'émission TiLT


Deux tableaux de plumes mexicains du XVIIe siècle
Saint François et le pape incrédule
Sainte Gertrude, patronne des moniales de la Conception


présentation par Brice Langlois et Aymeric Rouillac

Une découverte rare

La présentation de deux mosaïques de plumes, représentant respectivement saint François et sainte Gertrude, dans une même vente aux enchères est un fait rare. Les exemples d’œuvres comparables sont exceptionnels. En 1988, Pascal Mongne, docteur en archéologie et spécialiste des arts des Amériques, concluait que La Messe de Saint Grégoire (fig. 1) conservée au musée des Jacobins est « probablement unique en France (1) ». En 2013, il référençait quatre tableaux comparables à celui déjà cité : le Triptyque de la crucifixion (fig. 2) du musée national de la Renaissance à Écouen, le Triptyque de la Vierge à l’Enfant (fig. 3) présenté au musée-château de Saumur et Notre Dame et Saint Luc (fig. 4) conservée au musée du Quai Branly (2). À ces dernières, s’ajoutent la Sainte Trinité que nous présentions à Cheverny en 2013 (fig. 5) et une plus petite mosaïque de plumes vendues par nos soins en 2015 (fig. 6), toutes deux acquises par le musée des Jacobins. La vente d’un chef-d’œuvre de l’art de la plumasserie représentant La vie de saint Jean-Baptiste a aussi été annoncée Paris cette année (fig. 7) Aujourd’hui, entre 1603 et 1804 œuvres de plumes sont référencées dans le monde, dont une majorité de tableaux. Leur nombre est dû en à la difficulté de conservation des plumes : d’origine organique, ces œuvres sont fragiles et se dégradent aisément.

La plumasserie : un art métissé et sacré

Produites au Mexique, les mosaïques de plumes illustrent les échanges entretenus entre l’Europe et l’Amérique précolombienne. Elles sont un outil capital pour la colonisation de la Nouvelle-Espagne, alliant les traditions artistiques aztèques à l’iconographie catholique occidentale.

Les frères Franciscains sont les premiers à faire dialoguer les deux cultures., lorsqu’ils arrivent au Mexique en 1523. Les frères Mineurs « adapt[ent] le message chrétien à [leur]auditoire » et « rend[ent] les rites catholiques accessibles à la mentalité indigène5 ». S’adaptant rapidement aux usages locaux, ils prêchent la bonne parole en langue vernaculaire et en enseignent la religion6 par le biais de gravures en provenance d’Europe. Elles-mêmes serviront d’inspiration à la confection des images de dévotion en marqueterie de plumes. Le moine Pierre de Gand est à l’origine de l’école de San José de Los Naturales, où est fabriquée la plupart des tableaux de plumes. L’ambition est de mettre au service de l’évangélisation et de la conversion le savoir-faire des artisans amantecas spécialisés dans l’art de la plume, et regroupés dans le quartier de l’Amantlan au nord de la capitale de Tenochtitlan (7). C’est ainsi que naît l’art métissé de la plumasserie.

Les plumes ont un statut particulier dans la civilisation aztèque. Les Mésoaméricains leur attribuent effectivement des vertus magiques, influençant la fertilité et la santé (8). Elles sont un matériau fort d’allusions symboliques : elles ornent les sculptures des dieux, représentent le monde de l’au-delà et décorent de présents diplomatiques. Par conséquent, elles ont autant de prix aux yeux des précolombiens que les pierres précieuses. Leur commerce est largement réglementés par la coutume (9) et seuls les pochtecas, une communauté de commerçants-voyageurs, sont autorisés à entreprendre leur circulation de la Mésoamérique jusqu’à Mexico-Tenochtitlan (10).

Malgré les contrastes marqués et les couleurs variées de chaque mosaïque de plumes, peu d’espèces d’oiseaux sont en réalité nécessaires pour les réaliser. Si le Codex Florentino référence cent vingt-cinq types d’oiseaux dans le Mexique central durant la seconde moitié du XVIe siècle, seulement une vingtaine a été utilisée par les aztèques pour la réalisation des tableaux de plumes (11). Notre tableau de saint François a nécessité l’utilisation de dix-sept spécimens tirés de quinze espèces différentes (12). Des plumes de colibri ont été utilisés pour le noir brillant, le bleu métallique ou irisé, le vert doré ou la couleur crème. Des plumes de perroquet et ara ont été employées pour les zones de couleurs rouge, jaune, bleu ou vert brillant, tandis que le plumage d’aigrette a servi pour le blanc. Les parties de couleur rose et violet clair ont été obtenues grâce à des plumes de spatule rosée d’Amérique. Cette polychromie fait naître une impression luminescente importante qui se retrouve dans les plus importants tableaux de plumes tel que la Sainte Famille conservée à l’archevêché de Puebla (fig. 8).

La production de mosaïques de plumes se poursuit jusqu’au début du XXe siècle. C’est néanmoins au XVIe et durant la première moitié du XVIIe siècle qu’elle est la plus aboutie. Les tableaux de plumes de saint François et sainte Gertrude semblent avoir été réalisés durant cet âge d’or, et plus précisément au début du XVIIe siècle. À cette période en effet, les mosaïques commencent à être collées sur une plaque de cuivre (13), alors que les œuvres plus anciennes, à l’instar de La Messe de saint Grégoire datée de 1539, reposent sur un support de bois (fig. 1). Par la technique employée, nos mosaïques peuvent être comparées à d’autres marqueteries de plumes du XVIIe siècle à commencer par le saint Augustin conservé dans la collection Daniel Liebshon à Mexico (fig. 9). La réalisation de nos deux mosaïques est caractéristique des œuvres de cette période. Ainsi les liserés d’or qui cernent les contours des personnages se retrouvent sur des œuvres produites entre les XVIe et XVIIe, comme la Sainte Marie de l’Annonciation (fig.10). Mais le traitement intégral de ces images en plumes démontre qu’elles ont bien été produites avant le XVIIIe siècle. À partir de ce siècle, les œuvres deviennent en effet composites, en mêlant subtilement les plumes et la peinture pour le rendu des détails à l’exemple des mains, des visages et des pieds. Le tableau de Saint Luc et la Vierge (fig.4) est un exemple flagrant. Par ailleurs, leur taille inférieure aux œuvres du XVIe siècle les inscrit parfaitement dans le mouvement de diminution des dimensions qui s’opère au XVIIe siècle. Il faut d’ailleurs noter qu’elles figurent parmi les petites œuvres recensées à l’occasion de cette étude (tab. 1 et 2). Enfin, l’encadrement de notre saint François est aussi caractéristique des œuvres des XVIe et XVIIe siècle. Il mêle à la fois des motifs géométriques circulaires et des ornementations de volutes tout comme dans la riche bordure de la Vierge précédemment citée (fig.10).

Saint François provoque l’incrédulité du pape

Le fondateur de l’ordre Franciscain est l’une des première source d’inspiration pour pour les tableaux de plume. Canonisé en 1228, François d’Assise naît dans la famille d’un riche marchand drapier qui le nomme « Francesco : le Français (14) », après un voyage en France. Après une jeunesse dissipée et une conversion brutale, saint François forme l’Ordre des Frères Mineurs en faisant le vœu de « s’appliquer à suivre l’humilité et la pauvreté de notre Seigneur Jésus-Christ » (Saint François d’Assise, 1RegIX, 1-2). Il entreprend des croisades évangélisatrices qui le mènent jusqu’en Égypte, avant de s’isoler à partir de 1224 sur le mont Alverne dans le Casentin. Alors même qu’il est devenu aveugle, une vision mystique s’offre à lui le jour de la fête de l’Exaltation de la Croix. Le Christ lui apparaît crucifié tandis que des plaies émanant de rayons lumineux s’appliquent sur sa chaire sous la forme de stigmates. L’épisode est rapporté par son biographe Thomas de Celano, puis repris par saint Bonnaventure dans la Vita. Notre mosaïque de plumes nous offre une représentation caractéristique du premier saint stigmatisé de la chrétienté.

Saint François est agenouillé au sol et vêtu d’une bure brune ceinturée par trois nœuds, qui symbolisent les vœux franciscains de chasteté, pauvreté et obéissance (15). De sa main gauche, il tient un crucifix alors que sa main droite stigmatisée est posée sur son cœur. La Bible est ouverte devant lui et un crâne la surplombe. L’image est propre à l’iconographie posttridentine de saint François. Effectivement, après le Concile de Trente qui se tient de 1542 à 1563, les représentations du saint diffèrent considérablement des images médiévales des Trecento et Quattrocento. Envisagé auparavant comme un saint joyeux et souriant, il est plutôt représenté depuis cette heure en pénitent austère. Son habit de Franciscain est remplacé par celui des Capucins, considérant probablement qu’ils « incarnaient davantage à cette époque l’esprit de pénitence (16) ». Pour autant, la couleur du vestiaire de saint François est souvent discutée, en raison des distinctions chromatiques qui coexistent dans l’ensemble de ses représentations, alors même que les écrits hagiographiques, comme la règle franciscaine, ne se prononcent pas sur la couleur des vêtements de la communauté (17).

La stigmatisation de saint François est l’épisode le plus représenté de sa vie. Dans le contexte de la Contre-Réforme, il a un fort pouvoir didactique qui permet de rapprocher le parcours du saint de celui du Christ afin d’envisager François comme un véritable Christi imitator. La vision mystique de saint François sur le Mont Alverne n’est pas sans rappeler la scène de l’Agonie au jardin des Olivers, où le Christ en prière est accompagné des apôtres Pierre, Jean et Jacques avant d’être arrêté par une troupe romaine guidée par Judas. Pour situer la scène de notre tableau dans la campagne ombrienne, l’artiste amantecas use de différents plumages. Les plumes vertes de perroquet servent à représenter la végétation, tandis que les plumes bleues de colibris figurent le ciel. Comme le Christ également, saint François reçoit cinq stigmates aux pieds, aux mains et au flanc. En l’espèce, seule la plaie de la main droite peut être distinguée, la faute probablement à un matériau ne pouvant pas retranscrire avec toutes les précisions les détails de l’épisode hagiographique. Ainsi, le Saint François conservé au musée du couvent de la Guadeloupe (fig.11) ne porte que les stigmates aux mains et au flanc. Si les stigmates sont plus nombreux, le caractère dramatique de la composition est en revanche moins efficace, les attributs iconographiques étant placés dans l’espace de manière relativement confuse. Suivant les préceptes du Concile de Trente, notre œuvre insiste particulièrement sur l’effet dramatique pour inviter le spectateur à reproduire la prière et le recueillement du saint. Une véritable extase est présentée. Les attributs iconographies comme la Bible, le crucifix et le crâne – qui s’apprécie comme un memento mori – participent à renforcer l’effet tragique de l’épisode. En ce sens l’œuvre de plumes conservée au musée Franz Mayer se rapproche de notre composition (fig.12).

La concordance entre la représentation de notre tableau et les préceptes affirmés lors du Concile de Trente résulte de la diffusion en Nouvelle-Espagne des gravures européennes contemporaines. L’estampe ayant servi à la conception de ce tableau n’a pas été identifiée précisément, mais des gravures dans le goût de celle de Willem Pietersz publiée entre 1612-1613 (fig.13) sont bien à l’origine de ses œuvres de plumes. D’ailleurs, le Saint François de la collection Mario Uvence est très proche de cette gravure dans sa composition (fig. 14), bien que l’image soit inversée.

Les transferts culturels ne se produisent pas qu’à sens unilatéral de l’Europe vers l’Amérique du Sud. Les mosaïques de plumes traversent effectivement l’Atlantique pour se disperser de manière universelle dans les collections des amateurs. Elles sont employées notamment en guise de « cadeaux diplomatiques, tels ceux faits par le roi d’Espagne Charles- Quint à plusieurs membres de la famille Habsbourg (18) ». La diffusion de ces œuvres en Occident provoque la surprise. En 1585 par exemple, lorsque Sixte V reçoit en cadeau de la Nouvelle-Espagne un tableau de plume représentant saint François, il « se montre sceptique devant sa nature (19) ». Le pape « se lève de son trône pour toucher l’objet afin de se convaincre (20) » et « passe un peu les doigts dans le tableau pour voir si les couleurs étaient naturelles de plume, ou artificielles de pinceau (21) ». Les faits sont rapportés par le jésuite José de Acosta dans son Historia natural y moral de las Indias (1590). Au delà de l’anecdote, l’épisode n’est pas sans rappeler l’incrédulité de saint Thomas lorsque le Christ ressuscité l’invite à toucher ses plaies pour constater le miracle (22) : « Avance ta main et enfonce-la dans mon côté. Cesse d’être incrédule, et deviens un homme de foi » (Jean, XX, 24-29). La scène est saisissante de similarité d’autant que saint François est considéré comme un « parfait imitateur du Christ ». Dans son rôle de saint Thomas, Sixte V se place dans une position de vérification de la qualité artistique de l’œuvre et donne au matériau un caractère sacré (23). Plus précisément, le récit d’Acosta interroge sur les notions d’artifice et de nature. Il confronte effectivement l’art de plumasserie à la peinture en ce qui concerne la représentation de la nature. Dans ce rapport de force a priori déséquilibré, les œuvres de plumes dépassent manifestement l’imitation de la réalité physique puisque résultant de la nature même. Par conséquent, elles ne se présentent pas comme de simples pastiches de la matérialité comme peut l’être l’art de la pictura. En ce sens, les mosaïques de plumes surpassent l’artifice.

Sainte Gertrude, patronne des moniales de la Conception

La marqueterie de plumes de sainte Gertrude procure la même surprise à son spectateur, bien que l’effet soit quelque peu atténué par les dimensions inférieures de l’œuvre (tab.1). En tout, sept saintes portent le nom de Gertrude : sainte Gertrude l’Aînée, d’Oosten, de Comensoli, de Nivelles, d’Altemberg, de Remiremont et d’Helfta. C’est cette dernière qui est représentée dans notre tableau. Née en 1256, elle entre dès l’âge de cinq ans au couvent bénédictin d’Helfta où elle y est favorisée de vision à partir du 27 janvier 1281. Elle les consigne dans une série de cinq volumes, dont deux seulement nous sont parvenus : Les Exercices spirituels et Le Héraut de l’Amour divin. Les écrits de Gertrude d’Helfta sont publiés à partir de 1536 par Lanspergius et les chartreux de Cologne et popularisé par sainte Thérèse d’Avila qui lui voue un culte particulier.

Outre une diffusion en Espagne, en Italie et en France, les écrits de sainte Gertrude se propagent au Mexique. Ainsi « les moniales de la Conception, à Mexico, obtiennent de célébrer sa fête dès 1609. Le monastère de la Conception est le plus ancien couvent de femme au Mexique, fondé dès 1530 sur les débris du palais d’Axayaca par Isabel Tecuichpo Montézuma, la dernière impératrice aztèque, convertie au catholicisme. À l’instigation des moines franciscains Pierre de Gand et Zumarraga, des religieuses venue d’un couvent de Salamanque, sont ainsi « chargées de réunir les jeunes Indiennes et de leur enseigner, avec la doctrine et les exercices de la religion, les divers travaux propres à leur sexe. (24) ».

Dans le même temps, plusieurs villes sont fondées au Mexique entre le XVIIe et le XVIIIe sous le nom de Santa Gertrudis, en raison du culte particulier qui lui est consacré. En 1747 elle partage avec les saints Innocents le titre de sainte patronne de Puebla et succèdent à douze autres saints dont saint Michel, saint Joseph, saint Roch et sainte Thérèse notamment (25).

Malgré le culte voué à sainte Gertrude en Nouvelle-Espagne durant les XVIIe et XVIIIe siècle, notre marqueterie de plumes la représentant est la seule aujourd’hui recensée parmi l’ensemble des œuvres inventoriées aujourd’hui (26). Elle retient tous les attributs iconographiques de la sainte.

Assise à une table de travail sur laquelle est posée un encrier, un codex est ouvert devant elle alors que son regard est tourné vers les cieux. Le format, l’aspect et les écritures inscrites dans le livre semblent se référer à la tradition aztèque. Les carrés noirs ressemblent formellement aux dessins composant les codex de la Mésoamérique. Ainsi le traitement du livre de notre sainte Gertrude se présente comme une solution de compromis entre l’illustration naïve des écritures de la Bible du saint François du Musée du couvent de la Guadeloupe (fig.11) et la retranscription typographique exhaustive proposée dans la Messe de saint Grégoire (fig.1).

De sa main droite, la sainte présente le Sacré-Cœur, symbole de l’amour mystique et de l’incarnation humaine de Dieu (27). De l’autre, sainte Gertrude tient une plume, illustrant son important travail d’écriture. Cette plume pourrait aussi représenter une fleur de lys, qui est l’un des attributs iconographiques de la sainte et qu’on retrouve notamment dans le tableau de Gaulli Giovanni Battista aujourd’hui conservé au musée du Louvre (fig.15).

Notre tableau de plumes peut manifestement être mis en perspective avec d’autres œuvres de l’art plumassier illustrant également des conversations mystiques. La comparaison avec la Pieta du musée Frantz Mayer (fig. 16) permet de retrouver un traitement des yeux relativement analogue à celui de notre mosaïque de sainte Gertrude. En revanche, il ne se retrouve pas dans la prière de sainte Rita (fig. 17). Plutôt que de diriger son regard vers les cieux, l’artisan amantecas a préféré effectivement laisser les yeux entrouverts. Les nuances dans le rendu des figures démontrent que l’invention garde une place significative dans ces œuvres malgré les influences occidentales. .

Conclusion : le parfait outil franciscain pour l’évangélisation

Ces deux tableaux de plumes du XVIIe siècle sont des exemples parfaits de la confrontation des civilisations du Nouveau monde et du Vieux continent qui s’établie à partir du XVIe siècle. Elles conjuguent l’iconographie catholique et la technique de la plumasserie aztèque pour fournir aux frères franciscains un outils pratique servant à l’évangélisation de l’Amérique précolombienne. De l’autre côté de l’Atlantique, ces images de plumes se perçoivent comme des objets de curiosité et a fortiori comme la preuve du succès de la christianisation par delà l’océan. 


Notes

1 MONGNE, Pascal. Trésors américains. Collections du Musée des Jacobins d’Auch, Boulogne Billancourt, Éditions du Griot, 1988, p.178.
2 MONGNE, Pascal. « La Sainte et la Sainte Famille un tableau de plumes colonial de la Nouvelle-Espagne (XVIIe siècle) », Cheverny 2013. [En ligne] : https://www.rouillac.com/fr/vendre/ventes_garden_party/ cheverny_2013/383-mosaiques_plumes/ [Consulté le 1er février 2019].
3 RUSSO, Alessandra. « Inventory of Extant Feartherwork from Mesoamericana and New Spain », Images Take Flight. Feather Art in Mexico and Europe 1400-1700. Munich, Hirmer, 2015, p. 435-455.
4 MONGNE, Pascal. « La Sainte et la Sainte Famille... », op. cit..
5 DUVERGER Christian. La conversion des Indiens de Nouvelle-Espagne, Paris, Éditions du Seuil, 1987, p. 201-205.
6 FERRER-JOLY Fabien. « Plumes, identité de l’Amérique précolombienne ». Plumes. Visions de l’Amérique Précolombienne, Paris, Somogy, 2016, p. 58.
7 DURAND-FOREST Jacqueline de. « Los artesanos mexicas », Revista Mexicana de Estudios Antropologicos, Mexico, Sociedad Mexicana, XXX, 1984.
8 AVALREZ-VANHARD Adrien, DEHAIS Anne, MOURA Claire. « Une mosaïque de plumes découverte en Val-de-Loire ». Cheverny 2013, Chambray-les-Tours, Gilbert Clarey, 2013, p. 110.
9 Ibid, p. 50.
10 MONGNE Pascal. « Les techniques de la plumasserie aztèque ». Plumes. Visions de l’Amérique Précolombienne, Paris, Somogy, 2016, p. 88.
11 Ibid., p. 86. MONGNE Pascal. « In Totôlt in Amanteca. Les oiseaux de la plumasserie aztèque ». Dossiers du GEMESO, n°2, décembre 2011. Disponible sur : http://www.gemeso.com/wp-content/uploads/ 2010/05/11mai-2012-GEMESO-2-der.pdf [Consulté le 7 février 2019].
12 BAUERNFEIND, Ernst. Rapport zoologie, Vienne, Musée national d’histoire naturelle, 2 juillet 2016. 13 FERRER-JOLY Fabien. Op. cit., p. 69.
14 RÉAU, Louis. Iconographie de l’art chrétien, Paris, PUF, 1958, p. 516.
15 Ibid., p. 519.
16 Ibid. p. 529, in. ALBOCACER, Augustin de. « Influencia de la reforma capuchina en el mode de representar a San Francisco en la pintura », Liber Memorialis Ord. Frair. Min., Rome, 1928.
17 ROUCHON MOUILLERON Véronique. « Quelle couleur pour les frères ? Regards sur l’habit des Mineurs aux XIIIe-XIVe siècles », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, 18.1, 2014. [En ligne] : https://
journals.openedition.org/cem/13378#quotation . [Consulté le 11 février 2019]
18 AVALREZ-VANHARD Adrien, DEHAIS Anne, MOURA Claire. Ibid., p. 110. 19 Ibidem.
20 Ibidem.
21 ACOSTA, José de. Historia natural y moral de las Indias, (trad. en français, Paris, Payot, 1979), Seville, 1590, in. RUSSO, Alexandra. « Image-plume, temps-reliquaire ? Tangibilité d’une histoire esthétique (Nouvelle- Espagne, XVIe-XVIIe siècle) », Images-RE-vues, 2008. [En ligne]. Disponible sur : https:// journals.openedition.org/imagesrevues/988#bodyftn5
22 Ibid.
23 RUSSO, Alessandra. « A Contemporary Art from New Spain », Images Take Flight. Feather Art in Mexico
and Europe 1400-1700. Munich, Hirmer, 2015, p. 45.
24 RAMOS, L. Frances. Identity, Ritual and Power in Colonial Puebla, Arizona, University of Arizona Press, p. 83
25 BRASSEUR de BOURBOURG, Histoire des nations civilisées du Mexique, Arthus Bertrand, Paris, 1839, p. 778.
26 RUSSO, Alessandra. « Inventory of Extant Feartherwork from Mesoamericana and New Spain », Images Take Flight. Feather Art in Mexico and Europe 1400-1700. Munich, Hirmer, 2015, p. 435-455.
27 HAMON, Auguste. Histoire de la dévotion au Sacré-Cœur, t. II, Paris, Beauchesne, 1925.

Bibliographie

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- AVALREZ-VANHARD Adrien, DEHAIS Anne, MOURA Claire. « Une mosaïque de plumes découverte en Val-de-Loire ». Cheverny 2013, Chambray-les-Tours, Gilbert Clarey, 2013
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