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Le mobilier de Balzac retrouvé

Mercredi 04 Avril 2018

Université de Tours, Emmanuelle Potdevin

Chambre de Balzac, vue côté fenêtre, 1899,<br />
Mantelier Paul, Société Archéologique de Touraine, Fonds photographique, cote BFP 4036-0034b.
Chambre de Balzac, vue côté fenêtre, 1899,
Mantelier Paul, Société Archéologique de Touraine, Fonds photographique, cote BFP 4036-0034b.


Le mobilier de Balzac à Saché

Les heures les plus émouvantes de sa vie intellectuelle

« Se dire : « Il a marché là, travaillé là, dormi là.
Ses yeux aimèrent ce qu’aiment les miens à présent » .

Telles sont les pensées et émotions ressenties par René Benjamin lorsqu’il épouse Élisabeth Lecoy le 26 juin 1916 , qui vit alors au château de Saché. Le château de Saché est en effet le refuge de Balzac lorsqu’il souhaite échapper au tumulte de la vie parisienne entre 1823 et 1848. Il y est accueilli par M. de Margonne, qui, s’il a épousé sa cousine Jeanne de Savary « par avarice », est surtout l’amant de la mère de Balzac et serait donc le père de son frère Henri . C’est là qu’il rédige certains de ses plus beaux romans : Maître Cornélius et les Contes drolatiques (oct. - déc. 1831), Louis Lambert (juin 1832), Séraphîta, César Birotteau et Le Père Goriot (sept. 1834), Illusions perdues (juin 1836) et où surtout prend forme son chef d’œuvre Le Lys dans la Vallée (1834-1835). De nombreux autres textes sont évidemment liés à la Touraine et à Saché.

Balzac adorait Saché, et c’est ainsi qu’il décrit la maison dans une lettre à madame Hanska à la fin du mois de mars 1833 : « Saché est un débris de château sur l'Indre, dans une des plus délicieuses vallées de Touraine. Le propriétaire, homme de cinquante-cinq ans, m'a fait jadis sauter sur ses genoux. Il a une femme intolérante et dévote, bonne, peu spirituelle. Je vais là pour lui, puis je suis libre ».

Si une récente exposition au musée de Saché, « Balzac architecte d’intérieurs » a permis de présenter du mobilier parisien d’excellence, contemporain de l’écrivain, ce mobilier se trouvait être en décalage avec celui dans lequel Balzac a vécu et travaillé à Saché. En effet, il était question de recréer l’ambiance des romans de Balzac et non de recréer l’ambiance dans laquelle l’écrivain vécu lors de ses nombreux séjours à Saché ; « En contrepoint du modeste appartement de Balzac, une somptueuse chambre se déploie désormais dans la pièce contiguë. Meubles en acajou, rideaux aux étoffes luxueuses de couleur cramoisie, peintures religieuses d’artistes prestigieux, symbolique lit en tombeau : tous les accessoires sont réunis pour évoquer l’appartement de l’abbé Chapeloud, objet d’une infinie convoitise pour ses confrères dans le roman tourangeau Le Curé de Tours » .

Criblé de dettes, Balzac a été poursuivi par des créanciers toute sa vie durant, et son mobilier saisi puis vendu par des huissiers, il est aujourd’hui introuvable. Le mobilier que nous présentons est celui qui meublait le château des Margonne et qui a été préservé de la disparition jusqu’à cette vente. C’est bien dans ces meubles aujourd’hui réunis qu’Honoré de Balzac, a, comme l’écrit René Benjamin, « vécu les heures les plus émouvantes de sa vie intellectuelle » .

De Saché à Artigny : itinéraire du mobilier de Balzac

Saché a moins changé au fil des siècles, qu’au cours des années 1920, lorsque la demeure a été vidée de son contenu et laissée à l’abandon. Peu de temps auparavant, voici ce qui en était écrit : « Depuis cent ans, la maison et le domaine qui l’environne n’ont guère changé. […] [il faut] laisser le temps seul faire son œuvre. Il l’a faite en vieillissant les arbres et les pierres, et peut-être que certains horizons n’ont plus la ligne exacte que leur connut Balzac, […] mais la maison, patinée par l’âge, est telle qu’il l’a connue » .

À la mort de M. de Margonne en 1858, Henri Estave hérite du château qu’il lègue en 1902 à Norbert Bodin, qui s’occupait alors de Saché depuis 10 ans. M. Bodin eu deux filles, Marie et Louise. La première épousa Henri Lecoy, la seconde M. Gibotteau. Henri et Marie Lecoy eurent deux filles, dont Élisabeth, qui épousa en 1915 René Benjamin. Lors de leur départ en 1921 de Saché, les Lecoy et les Benjamin ont emporté avec eux un certain nombre de meubles et objets provenant du château, que les Benjamin conservent comme de précieuses reliques. Ainsi, lorsque Paul Métadier achète le château en 1926, il est quasiment vide.
Il en fait don au Conseil départemental d’Indre-et-Loire en 1958, avec du mobilier évoquant le séjour de Balzac à Saché mais non avec son mobilier originel, qui est, lui, aujourd’hui proposé à la vente au château d’Artigny.

L’origine de ce mobilier est parfaitement documentée tant par des témoignages et des photographies anciennes que par des inventaires et des actes notariés.

La chambre de Balzac

« Balzac trouve alors dans sa petite chambre du second étage le silence et l’austérité qui, loin des turbulences de la vie parisienne et de ses soucis financiers, lui permettent de travailler jusqu’à seize heures par jour » . « Elle est petite et bien simple […], carrelée par terre et tendue d’un affreux papier sombre. Mais l’alcôve et le lit sont charmants. Un lit branlant d’un bois sans ornements, peint en gris ».

En 1920 René Benjamin inventorie le mobilier de la chambre, outre le lit encore conservé à Saché et la table de nuit présentée dans cette vente, avec une « bizarre lampe à huile et ce fantastique coupe-papier guillotine qui sont demeurés jusqu’à maintenant, sur sa table ». Le coupe-papier, aujourd’hui encore dans la chambre de Balzac au château-musée de Saché, fut exposé sous le numéro 264 lors de l’exposition commémorant le centenaire de la mort de l’auteur à la Bibliothèque nationale . Ce catalogue d’exposition nous permet d’imaginer les objets et meubles de la chambre de Balzac. Ainsi, un petit encrier de marbre noir, une cafetière veilleuse en métal et des statuettes présentant chinois et chinoises meublaient alors sa chambre. Une commode en bois naturel à tiroirs, toujours dans la chambre de Balzac au musée de Saché, est comparable aux deux commodes proposées ici, qui proviennent également de l’étage de Balzac au château.
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