Des jumelles très rétro
Samedi 18 avril 2026 à 07h
Cette semaine, Philippe, l’un de nos fidèles lecteurs, soumet une paire de jumelles stéréoscopiques à notre expertise : l’occasion pour Aymeric Rouillac, notre commissaire-priseur, de nous en dire plus sur l’histoire et la valeur de cet objet.

La semaine passée, les astronautes de la mission Artemis II sont revenus sur Terre après une mission de plus de dix jours dans l’espace. Ils ont réussi l’exploit d’être les premiers êtres humains à voir la face cachée de la Lune. Cela nous rappelle les progrès permis par la course à l’espace, qui nous a notamment donné les communications par satellite, les revêtements ignifuges ou encore l’amélioration des photographies numériques en haute définition.
Leur design avec cette enveloppe en aluminium et les œilletons en bakélite, pourrait rappeler les années 1960, avec une esthétique inspirée de la course à l’espace. Toutefois, la marque « Gallus » nous donne un indice sur sa période de fabrication. Cette société, fondée en 1911 par Henri Charles Duchatellier et Paul Boucher, fabrique des appareils photographiques spécialisés dans la prise de vues aériennes, très utilisés lors de la Grande Guerre. Après la guerre, Duchatellier commence la conception d’appareils à destination du grand public, en plus de ses contrats avec l’armée. Cette gamme est alors commercialisée sous le nom de « Gallus », « gaulois » en latin, dont le logo, avec sa moustache, son casque ailé et ses tresses, n’est pas sans rappeler la figure d’Astérix, qui naîtra cinquante ans plus tard.
Cet appareil correspond au modèle 100 de la marque, distribué aux alentours de 1922. Même si la clientèle visée était large, ses finitions laissent toutefois penser qu’il s’agit d’un modèle luxueux et donc coûteux. Il s’agit d’une paire de jumelles stéréoscopiques, c’est-à-dire d’un appareil capable de prendre deux photographies avec un léger décalage de position entre les images. Le but est alors de recréer une impression de profondeur : les images sont recomposées par le cerveau, qui en réalise la synthèse et associe leur superposition à différentes profondeurs de champ. Il s’agit ici de la même technique que celle encore utilisée pour les films en 3D au cinéma. Ces jumelles sont aussi le reflet du design de la période, marquée par l’usage de nouveaux matériaux dans un courant artistique nommé « fonctionnaliste », reposant notamment sur les travaux de Le Corbusier. La forme de l’objet doit alors évoquer sa fonction, mais aussi employer les nouveaux matériaux mis au point par l’industrie, tels que le tube d’acier. Ces jumelles reprennent ainsi ces principes par leur forme moderne et épurée, mais aussi par l’usage de l’aluminium, offrant l’avantage de ne pas s’oxyder, de pouvoir être utilisé par tous les temps, et d’évoquer le futur ainsi que les premières œuvres de la science-fiction.
Concernant vos jumelles, Philippe, celles-ci sont rares et pourraient intéresser des collectionneurs. Il serait alors possible de les estimer entre 100 et 200 euros, avec une potentielle bonne surprise. De quoi s’offrir un véritable retour sur les images du passé et sur la vision du futur qu’elles incarnaient.
