Le livre d'or de la Rosace, 1924-1927
Jeudi 09 avril 2026
par Wladimir Polissadiw

Wladimir Polissadiw (Franco-ukrainien, 1883-1940)
Le Livre d’or de la Rosace, 1924-1927
Deux manuscrits originaux, petit et grand format du texte fondateur du mouvement artistique et spirituel.Le Livre d’or de la Rosace
Manuscrit original unique illustré, 24 pp., papier Canson & Montgolfier plié, monté et collé sur ongletReliure couverte en vélin souple
Haut. 24,5 Lar. 16 cm
Sur le premier plat est inscrit le titre « Le Livre d’or de la Rosace » à l’encre noire et orné d’une vignette stylistique représentant le manoir de Massé, appelé parfois Grand-Massé, situé à Meigné-le-Vicomte (Maine-et-Loire), demeure de Jacques Brasilier, peintre et décorateur, dit "Frère Angel", père fondateur du mouvement de la Rosace.
Au-dessous est dessinée une rosace au sept pétales (chiffre symbolique) sur fond or, suivie d’une citation latine à l’encre noire : Artes ad Christum / Artes ad Deum (Les Arts vers le Christ / Les Arts vers Dieu). On distingue des incisions dans la masse du parchemin sur le premier et le dernier plat, rappelant les cicatrices du Christ ou les stigmates de Saint François, faisant écho à l’idéal de pauvreté.
Sur la page de garde, ex-libris du Dr R. Germain et signature manuscrite de Polissadiw dit frère Cyrille.
Sur la première page est dessiné au crayon un portrait de face de Frère Angel (Jacques Brasilier), légendé de la date de 1924 et la citation latine Vera Effigies (portrait fidèle), qui introduit le texte écrit en lettres capitales à l’encre noire, commençant par ces mots : « La Restoeuration de la Rosace est décidée. S’il plait à Dieu, son action publique commencera en octobre… » S’ensuit le texte fondateur du mouvement, illustré de 3 dessins au crayon et rehauts aquarellés, et d’un dessin à la gouache et aquarelle, représentant un chevalier noir.
Jacques Brasilier, dit Frère Angel, est désigné comme le fondateur et « Chef et Roi pour la vie », plaçant le mouvement sous l'égide de la spiritualité de Saint François d’Assise. Le but du mouvement est le « relèvement de l'art dans le Christ », et de restaurer un art sacré qui ne soit pas seulement esthétique mais une véritable puissance temporelle, sacralisant l’idéal de pauvreté, opposé au marché de l'art bourgeois et marchand. Le mouvement est hiérarchisé avec un « Conseil du Roi », des « Zélateurs » (pour la direction artistique) et des « Compagnons de la Rose ». Le texte définit explicitement La Rosace comme une monarchie d’essence théocratique de l’art, où l'artiste est un chevalier au service du Christ. L'article 12 prône le « Rythme Libre » ou « l'Air-Aile », qui suggère une volonté de s'affranchir des règles académiques rigides (les « règles mensurales ») pour atteindre une « contemplation » supérieure. C'est une tentative de lier la modernité (la notion d'espace-temps) à la tradition mystique.
A la fin du texte, une partie a été ajoutée par l’auteur pour expliquer la chute et la fin du mouvement de la Rosace, à la suite du mariage et au retrait de frère Angel, au rapprochement avorté avec la Misène Noire et l’interdiction du bal en 1927, mentionnant que ce « grandiose plan de campagne » ne fut jamais pleinement réalisé à cause « d'intrigues d'ennemis » et de « trahisons d'amis », tandis que le Frère Cyrille finit dans « l'inconnu et l'oubli », calomnié.
Le Livre d'Or de la Rosace - Dix articles de Frère Angel développés par le Frère Cyrille
Manuscrit original unique illustré, 25 pp., papier Canson & Montgolfier plié, monté et collé sur ongletCouverture en plein vélin souple.
Haut.35 Larg. 27 cm.
A l’instar du petit manuscrit, le texte copié à l’encre en lettres capitales est structuré en articles de loi, l’article 1 officialisant la restauration du mouvement. Dans cette version, on y découvre le nom d’autres frères composant « la petite phalange » : Frère Eugène, Frère Lucien (le sculpteur italien Gualino), Frère Lin, Frère Henri (Charlier) et Frère Py, ainsi que de nombreuses anecdotes concernant la vie de frère Angel (Jacques Brasilier) et du mouvement de la Rosace avant 1924.
Cette version plus aboutie est illustrée par une riche iconographie en couleurs (gouache et aquarelle), contrecollée ou insérée à la manière des enlumineurs, dans un style de cloisonnisme et de cubisme spirituel. Les scènes représentent : le chef et roi frère Angel en chevalier ; procession de l’armée spirituelle de la Rosace, vêtues de bures et d’armures stylisées ; le frère Cyrille dans sa détresse ; Notre-Dame de la Rosace ; Deux zélateurs désignés (frère Cyrille et frère Henri) ; frère Angel qui harangue ses chevaliers de l’art ; le frère Angel établit son identité en confessant la Sainte Trinité ; dépôt en 1912 d’une gerbe au pied de la statue de Jeanne d’Arc ; prédication en 1913 à la salle Alcazar ; etc.
Le manuscrit fut exposé lors du 37e Salon des Indépendants à Paris en mars 1926.
