It’s Tea Time !!
Samedi 07 février 2026 à 07h
Cette semaine, Philippe de Fossé soumet une théière en métal argenté à notre expertise, l’occasion pour Philippe Rouillac, notre commissaire-priseur, de nous en dire plus sur cette pièce d’argenterie.

Tandis que le climat reste doux en France, nos voisins européens et américains, ainsi que nos compatriotes d’Amérique du Nord, subissent une vague de froid record. Une occasion idéale de rester bien au chaud chez soi autour d’une bonne tasse de thé pour affronter les rigueurs de l’hiver.
La théière en métal argenté de cette semaine serait parfaite pour préparer un bon thé chaud. Elle adopte le vocabulaire rocaille du style Louis XV, avec ses feuilles d’acanthe et ses rinceaux que l’on retrouve notamment sur le fretel, l’anse, ou encore la panse, le corps de la théière. Le bec présente une courbure dite « en col de cygne », par analogie avec le cou de l’oiseau éponyme. L’argent comme le métal argenté étant conducteur de chaleur, l’anse est séparée et réunie au corps de la théière par deux bagues d’ivoire permettant l’isolation, pour ne pas se brûler. Enfin, on note la présence de différents chiffres sur le revers de la théière, à savoir un neuf dans un carré, ainsi qu’un nombre « 13021 4 ». Il convient également de signaler la présence d’une signature commençant par un V, difficile à déchiffrer.
Le thé est la seconde boisson la plus consommée au monde après l’eau. Il est apprécié en Asie, où il est cultivé depuis l’Antiquité, mais aussi en Europe, où le tea time est indissociable de la culture anglo-saxonne. On estime que le thé fut découvert en Europe à travers les récits de voyage de Marco Polo et d’autres missionnaires. L’ouverture de comptoirs commerciaux au Japon et en Chine, permet ensuite son importation en Europe par l’intermédiaire des Compagnies des Indes orientales. En raison de sa fiscalité, il demeure longtemps un produit de luxe, réservé à une clientèle fortunée telle que le cardinal de Mazarin ou Madame de Sévigné. De plus, le thé est à l’origine de la fameuse « Boston Tea Party », au cours de laquelle des Américains jetèrent des caisses de thé à la mer afin de protester contre les taxes imposées. Cet événement est d’ailleurs considéré comme l’un des premiers déclencheurs de la guerre d’Indépendance américaine en 1776. Le Commutation Act, ayant réduit fortement la fiscalité va permettre une consommation à plus large échelle encouragée par les progrès techniques du XIXᵉ siècle. Les ustensiles liés à sa consommation se diversifient aussi : les théières, autrefois exclusivement fabriquées dans des matières précieuses telles que l’argent ou la porcelaine, commencent à être produites en métal argenté afin de s’adresser à une clientèle plus populaire.
Concernant votre théière, Philippe, il s’agit d’une pièce produite à la fin du XIXᵉ ou au début du XXᵉ siècle. À l’origine, elle devait faire partie d’un service homogène comprenant au moins une cafetière, une théière, un pot à lait et un sucrier qui ont dû être séparées. Les chiffres présents sur la théière ont une double signification : le chiffre inscrit dans le carré correspond à la qualité, c’est-à-dire à l’épaisseur de la couche d’argent utilisée, tandis que le nombre « 13021 4 » renvoie à un numéro de production. Il s’agit de la quatrième pièce issue du service « 13021 ». Concernant sa valeur, celle-ci ne provient pas d’une grande manufacture telle que Christofle ; elle peut donc être estimée entre 20 et 30 euros. Un prix raisonnable pour rester bien au chaud chez soi et boire un bon thé jusqu’au début du printemps.
