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Sur un plateau d’argent

Samedi 17 janvier 2026 à 07h
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Cette semaine, Irène, l’une de nos lectrices habitant à Montpellier, soumet un plat en argent à notre expertise. L’occasion pour Philippe Rouillac, notre commissaire-priseur, de nous en dire plus sur l’histoire et la valeur de cette pièce d’orfèvrerie.



Le 17 janvier est une date importante dans la culture italienne. Il s’agit en effet de la fête de Sant’Antonio Abate, saint patron des animaux, des bouchers et des cuisiniers, particulièrement célébré en Italie. À cette occasion, un réseau de chefs italiens a eu l’idée de créer une véritable Journée mondiale de la cuisine italienne afin d’en défendre les traditions et l’authenticité. Cette journée s’inscrit d’ailleurs en pleine période de Carnaval, un moment idéal pour se réunir et partager un plat de pâtes avec ses proches.

Le plat d’Irène pourrait tout à fait être utilisé à cette occasion. Il s’agit d’un plat métallique oblong aux bords hexagonaux. Il présente un décor gravé de rinceaux et d’enroulements feuillagés, accompagné de fleurs au centre. Le décor de la bordure est estampé, c’est-à-dire travaillé pour apparaître en relief : il figure lui aussi des fleurs et des rinceaux et se termine par une moulure.

Ce type de plat est tout à fait typique du service dit « à la française », où les plats étaient disposés simultanément sur la table puis passés de convive en convive. L’utilisation d’une vaisselle en argent remplissait un double objectif. Tout d’abord, ce métal précieux, rare et coûteux, permettait à l’hôte d’afficher sa richesse et son statut social auprès de ses invités. Il pouvait également offrir certaines pièces du service en guise de présent, comme l’attestent plusieurs sources dès l’époque médiévale.
De plus, l’argent présente un autre avantage : il noircit rapidement en présence de certains éléments chimiques tels que le soufre ou l’arsenic. Les convives pouvaient ainsi vérifier que leur hôte ne cherchait pas à les empoisonner par l’intermédiaire de la nourriture. Enfin, la vaisselle en argent constituait une véritable réserve de valeur : en cas de difficultés financières, le propriétaire pouvait la faire fondre afin de récupérer des liquidités. Ce fut notamment le cas de Louis XIV, qui fit fondre la vaisselle de Versailles pour financer ses dépenses militaires. Les progrès de l’industrie permirent par la suite la mise au point de la galvanoplastie, utilisée pour recouvrir un métal commun d’or ou d’argent, démocratisant ainsi ce type de pièces grâce à des manufactures renommées comme Christofle.

Concernant votre plat, Irène, sa valeur dépend principalement de son matériau. S’il est en argent massif, sa valeur se situerait entre 500 et 800 euros. En revanche, s’il s’agit de métal argenté, elle serait plutôt autour de 50 euros. Nous vous invitons à vérifier la présence d’un poinçon en forme de losange, qui permettrait d’identifier l’orfèvre ayant produit cette pièce, ainsi que d’un autre poinçon représentant une femme casquée, la tête tournée vers la droite, dite « Minerve ».
En attendant de déterminer ce point, nous vous invitons à découvrir le reste de la gastronomie italienne, qui ne se limite pas aux pizzas et aux pâtes.
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