Comment le suivi des objets d'art est-il assuré ?
Samedi 17 janvier 2026
La Nouvelle République, Julien Lucas

Le vol des canons à Loches en 2000 pose la question du suivi des objets d'art. Des fichiers de bien culturels volés existent pour faciliter les recherches.
C'était un mystère vieux de vingt-cinq ans. Quelques jours après Noël, les Lochois apprenaient que les deux canons en cuivre, volés en 2000 sur la terrasse de Porte royale, avaient été restitués à la Ville. Après un quart de siècle dans l'ombre, ils réapparaissent comme par magie dans le catalogue d'une vente aux enchères à Blois (Loir-et-Cher), en 2023.
Une belle histoire qui a permis d'alimenter les conversations, au Moulin des Cordeliers, vendredi 16 janvier, où la maison de ventes Rouillac organisait une journée d'expertises pour le grand public.
"Il y a des objets pour lesquels on s'interroge tout de suite"
Entre les mains des commissaires-priseurs, des tableaux, des objets issus de successions dont les héritiers se séparer, aux provenances souvent inconnues. "Tracer l'histoire d'un objet, ce n'est pas évident du tout, beaucoup de propriétaires ne la connaissent pas", confie Aymeric Rouillac. Maryvone, venue de Sainte-Maure-de-Touraine, est dans ce cas. Dans la boite qu'elle porte entre ses mains, un carré Hermès en lin, rose, avec une grande Croix de Lorraine au milieu, daté des années 40. "C'était à ma mère, je ne savais même pas qu'elle avait ça. Je l'ai découvert au moment de la succession", explique-t-elle. Des objets aux origines floues, c'est courant ; mais volés "c'est rarissime, assure le commissaire-priseur. Il y a des objets pour lesquels on s'interroge tout de suite, on demande au gens s'ils en sont bien propriétaires. Un client avec un objet d'exception mais qui est incapable de raconter son histoire, ça nous interpelle."
Quand un objet d'art est volé et qu'une plainte a été déposée, il vient garnir la base de données dédiée d'Interpol. Elle compte près de 57 000 objets du monde, comme les bijoux dérobés au musée du Louvre, le 19 octobre 2025. Une base que les professionnels peuvent consulter tout comme celle de l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC), Treima, mais d'autres outils existent. "Tous les objets que l'on vend, on les soumet au Art loss register, un institut londonien qui va vérifier dans toutes les bases de données" abonde Aymeric Rouillac. Malgré les précautions, il arrive parfois qu'une alerte soit envoyée. "C'était un tableau de Rubens qui avait été volé en 1944 à Paris mais on s'est finalement rendu compte qu'entre-temps il avait été restitué à la propriétaire spoliée dans les années 50." En France, le délai de prescription à partir de la cession du bien culturel volé, sauf pour les biens du domaine public ou issus de spoliations "dans le contexte des persécutions antisémites perpétrées entre 1933 et 1945", pour lesquels il y a imprescriptibilité.
