À consommer avec modération
Samedi 10 janvier 2026 à 07h
Cette semaine, l’un de nos fidèles lecteurs soumet un service à liqueur à notre expertise, l’occasion pour Aymeric Rouillac, notre commissaire-priseur, de nous en dire plus sur l’histoire et la valeur de ces verreries.

Ce 10 janvier, nous fêtons les 25 ans de la loi Évin. Cette loi du 10 janvier 1991 visait à lutter contre le tabagisme et l’alcoolisme, notamment par la multiplication des messages de prévention ainsi que par l’encadrement, voire l’interdiction, des publicités pour ces produits. La limitation de la consommation d’alcool au mois de janvier est également encouragée par des opérations telles que le « Dry January », qui consiste à ne pas boire d’alcool ou à en limiter la consommation durant tout le mois de janvier.
Le service à liqueur de notre lecteur, par sa taille, permettrait de relever ce défi. Il s’agit d’un service composé de huit petits verres à pied et de deux aiguières montées sur piédouche. Ils sont réalisés en verre teinté rose pour les réceptacles et en métal pour le pied et la monture, dont la couleur nous laisse penser qu’il s’agit d’étain. Le décor est composé d’un putti semblant chevaucher une sorte d’animal fantastique, auquel s’ajoutent des rinceaux, des volutes, des végétaux, mais aussi des masques grotesques, une anse en forme de corne d’abondance et des frises végétales ou godronnées. Ces différents éléments s’inspirent directement du répertoire de la Renaissance et du goût de l’époque pour les objets dits « montés ».
En effet, c’est à partir de la Renaissance que les princes amateurs de curiosités font réaliser des montures destinées à sublimer des objets précieux ou exotiques, tels que des porcelaines asiatiques, des pierres dures de l’Antiquité, mais aussi des coquillages ou encore des verreries, notamment vénitiennes, rares et recherchées, en particulier les verres filigranés. C’est également une période durant laquelle ces matériaux sont associés à des croyances : leur association permettrait de se prémunir de certains dangers, comme le poison, notamment par le recours au verre et à l’argent, censés en faciliter la détection. De plus, pour les artistes, l’usage de métaux tels que l’argent, le bronze ou l’étain, fondant à des températures relativement basses et offrant une grande malléabilité, permet une richesse décorative importante. Le goût pour l’exotisme se retrouve aussi dans le choix des décors, mêlant éléments fantastiques et inspirations antiques, comme les grotesques, réinterprétation directe des motifs décoratifs de la Domus Aurea, le palais de Néron redécouvert à la fin du XVe siècle.
Concernant le service à liqueur de notre lecteur, il s’agit vraisemblablement d’une production plus récente. En effet, le XIXe siècle est marqué par un mouvement que l’on nomme l’historicisme, qui consiste à pasticher les styles anciens en les mêlant : on parle alors de néo-gothique, de néo-Renaissance, etc. Il ne s’agissait pas de simples copies, mais de réinterpréter les grands styles du passé, dans une période marquée par une véritable « historiomanie » et par une diffusion accrue rendue possible par les progrès de l’industrie.
En ce qui concerne sa valeur, il s’agit d’une production assez courante, réalisée dans des matériaux relativement communs. De plus, le plateau de service est manquant. Dans ces conditions, l’estimation peut être fixée autour de 60 à 80 euros. De quoi s’offrir une bonne bouteille, à consommer bien sûr avec modération.
