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« Ô Sole Mio ! »

Samedi 19 novembre 2022 à 07h

Cette semaine, Ben nous propose une sculpture en plâtre du florentin Ugo Cipriani. L’occasion pour le commissaire-priseur Aymeric Rouillac de nous éclairer sur la valeur de cet objet.



« Réjouis-toi, Florence, d'être si grande que tu prends ton vol sur terre et sur mer et que par l'Enfer se répand ton nom ». Malgré cette incantation de l’Enfer de Dante, Florence, depuis la Renaissance, est bien un paradis pour les artistes et notamment les sculpteurs. Lorsque l’on évoque la sculpture florentine, les noms des plus grands maîtres nous viennent à l’esprit : Michel-Ange, Donatello, Brunelleschi et tant d’autres génies qui ont révolutionné leur art. Si l’héritage des illustres anciens est probablement difficile à assumer, une lignée de sculpteurs toscans s’en inspire : les Cipriani. Adolpho, le père, connait un certain succès à la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Le fils, Ugo (18897-1960), connait son heure de gloire en 1919, lorsqu’il est choisi pour créer le buste du nationaliste italien Oberdan sur une place de Florence. Ces années « art déco » sont une période de production intensive pour l’artiste, qui a pour thèmes privilégiés la figure féminine et la nature, notamment les chiens et les oiseaux. Fuyant le régime fasciste de Mussolini, il trouve refuge à Paris au milieu des années 1930, où il continue de produire jusqu’à sa mort.

La sculpture de Ben est un plâtre représentant un garçon jouant un air de mandoline à une jeune femme, titré « Sérénade ». Dans la tradition italienne, une sérénade est un air de musique accompagné de paroles qu’un amoureux transi joue au bas de la fenêtre de sa bien-aimée. La littérature, mais aussi l’opéra et le théâtre regorgent de ces scènes de parade amoureuse, dont le romantisme a conquis l’Europe entière. On peut citer par exemple les œuvres de Scarlatti, de Vivaldi, mais aussi Schubert et Mozart. Mais peut-être lui chante-t-il tout simplement la sérénade napolitaine « O sole mio » composée en 1898 et qui est l’une des plus reprise sur terre ? Si ces grands artistes utilisent de nombreux instruments pour orchestrer leur sérénades, à la fin du Moyen-Age et au début de la Renaissance, la mandoline en est le privilégié. Dérivé du luth, la mandoline est un instrument typique du pourtour méditerranéen et plus précisément d’Italie. De nombreuses variantes régionales de mandolines existent dans la « botte ». La « florentine » a un manche plus long et une caisse plus petite, à quatre ou cinq cordes. C’est celle-ci que joue le personnage de notre sculpture.

Ugo Cipriani a travaillé toutes les matières de la sculpture. Le plâtre de Ben est probablement la réédition d’un bronze produit précédemment, dont il existe un modèle quasi identique. Le plâtre est recouvert d’une patine imitant la couleur du bronze et sa terrasse est peinte en vert sur socle noir. De petits accidents sont à noter sur les deux personnages, ainsi que des manques plus importants sur la terrasse. Si le sujet est sympathique, il n’est pas des plus recherchés, ne présentant pas de figure animalière par exemple. La matière n’est pas des plus nobles : un bronze ou du métal lui auraient valu une estimation bien supérieure. Cependant, notre sujet pourrait trouver amateur aux enchères pour un prix avoisinant les 20 euros. Une sculpture florentine au prix d’une boîte de florentins, c’est une occasion à ne pas manquer, sauf à pousser vous-même la sérénade ?
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