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Les bords du lac d’Annecy, 1896

Mercredi 15 juin 2022

par Paul Cézanne

Lot 102 - Paul Cézanne (Aix-en-Provence, 1839-1906), Bord du lac d’Annecy, aquarelle, 1896
Paul Cézanne, Le lac d'Annecy, 1896, Institut Courtauld, Londres
Carte postale du lac d'Annecy

Paul Cézanne (Aix-en-Provence, 1839-1906),

Bord du lac d’Annecy, 1896

Aquarelle.

Haut. 23,7 Larg. 47,5 cm.

Provenance :
- Ambroise Vollard, Paris.
- Martin Fabiani, Paris.
- Mouradian et Valloton, Paris.
- collection de M. et Mme K., Touraine.
Exposition :
- "Cézanne, Renoir, Rouault", 1963, Musée d'Isetan,
Tokyo, n° 14 du catalogue.
- "Cézanne", 1971, Musée d'Art Moderne Hyogo (Kobé, Japon), n° 21 du catalogue.


Bibliographie :
- John Reald, "Catalogue raisonné des aquarelles de Paul Cézanne", New York, 1984, œuvre décrite p. 202 et reproduite sous le n°474.
- Antoine Terrasse, "Les aquarelles de Cézanne", Flammarion, 1995, Paris, p. 21 et suivantes.


LE REFLET DE LA MONTAGNE SAINTE-VICTOIRE DANS LES EAUX DU LAC D'ANNECY

Personne avant Cézanne n'avait rejeté avec une telle insistance la tradition occidentale. Ses propositions de tableaux pour le Salon sont toutes refusées et son violent désaccord avec la culture officielle le pousse à se tourner vers les futurs peintres impressionnistes. Il participe à leur première exposition en 1874 et, onze ans plus tard, peint son chef-d'œuvre : La Montagne Sainte-Victoire vue de Bellevue (Fondation Barnes, Philadelphie, 1885). À partir de 1877, Cézanne explore une nouvelle phase constructive et synthétique marquée par le dépassement de l'influence impressionniste. Le sujet s’efface au profit de la couleur. L’abstraction et la recherche d'un espace pictural totalement autonome animent sa création.

Dans cette quête, l’aquarelle joue le rôle de vecteur. Il se sert de cette technique pour s’approcher au plus près de la représentation de l’espace et de la lumière. Rompu à cette technique, l’artiste voyageur, parfois insatisfait, n’hésite pas à déchirer ses aquarelles. Les précieuses œuvres conservées prouvent qu’elles se rapportent rarement à ses peintures. Elles ne constituent pas ce qu’on pourrait appeler des « études préparatoires ». Ce sont des œuvres à part entière, où son immense habileté technique dans l’art de brosser des lavis transparents offre une manifestation essentielle pour comprendre le génie de l’artiste. Paul Signac écrit à son sujet : « l’aquarelle est une expérience de laboratoire où il décompose les rapports et les passages des éléments pour reconstituer la modulation picturale de ses volumes ».

Quand il peint Le lac d'Annecy en 1896, avec sa composition écrasante, c’est toujours à la Provence qu’il songe (Londres, Courtauld Institute of Art, P.1932.SC.60). Il exprime sa nostalgie à son ami Philippe Solari : « le lac est très bien, avec de grandes collines tout autour… Mais quand on est né là-bas, c’est foutu, rien ne vous dit plus… ». À la demande de sa femme Hortense, le peintre se rend à Talloires, au bord du lac d’Annecy et y réalise une quinzaine d’aquarelles.

D’une pureté rare, ces œuvres non reprises en atelier distillent avec force le rêve de montagnes et de lumières qui frappe l'œil du maître de la modernité. Il écrit à son jeune ami Joachim Gasque : « C'est une zone tempérée. L'altitude des collines environnantes est assez grande. Le lac, en cet endroit resserré par deux goulets, semble se prêter aux exercices linéaires des jeunes miss… » Les quelques taches et, surtout, les lignes liquides et colorées de notre aquarelle témoignent de la puissance silencieuse de la nature grandiose, comme si le lac d'Annecy s'inscrivait en miroir de sa chère montagne Sainte-Victoire.

Valentin de Sa Morais
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