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Une console d’artiste en fer forgé

Samedi 13 mars 2021 à 07h
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Cette semaine, Louis nous fait parvenir la photographie d’une console. Aymeric Rouillac, notre commissaire-priseur, partage son avis.



Le mot « console » provient étymologiquement du verbe consoler. Si le consolateur est l’épaule qui nous soutient lorsque nous sommes dans le chagrin, par analogie en architecture, la console et celle qui supporte. Ce type de meuble prend généralement la forme d’une demi-table posée contre un mur, avec deux ou quatre pieds qui touchent le sol. Celle de notre lecteur, en lévitation, appartient à un autre type : les consoles d’applique. Il s’agit d’un support en « cul-de-lampe » posé contre un mur. Le « cul-de-lampe » est un autre terme tiré du vocabulaire de l’architecture, qui fait référence aux lampes d’église. Toutefois, la console de notre lecteur n’a pas de fonction précise et est essentiellement décorative.

Le meuble de Louis ressemble à une mitre d’évêque ou encore à une couronne fermée posée à l’envers. Il est retenu par une structure en fer forgé, composée d’une ceinture en croisillons se prolongeant par quatre volutes réunies sur une demi-sphère. Des fleurs à moitié épanouies scandent deux à deux chaque pied. En partie basse, une corbeille posée sur des volutes de métal présente des poires et des pommes. On distingue sur la photo le contraste provoqué par l’aspect du fer martelé et patiné avec l’aspect brillant et lisse des fruits et des fleurs. La console parait mesurer au moins un mètre de haut pour quatre-vingt centimètre de large.

Son plateau en forme de demi-lune est en marbre. Il est difficile d’identifier formellement la nature de ce marbre, mais on peut déjà dire qu’il s’agit d’un genre de « brèche Médicis », une variété aux gros morceaux blancs bleus et noirs. Ce genre de plateau est intemporel et on en trouve aussi bien sur les consoles du grand siècle de Louis XIV que trois cent ans plus tard. C’est donc un élément insuffisant pour proposer une datation. La nature du métal utilisé donne, en revanche, des indices précis quant à l’époque supposée de réalisation de ce meuble : c’est le fer forgé.

Le fer forgé est celui qui a été battu et travaillé sous le marteau. La révolution industrielle est à l’origine du « puddlage » un procédé mis au point par Henry Cort à la fin du XVIIIe siècle. En baissant le taux de carbone de la fonte l’inventeur anglais rend le fer « forgeable ». Si l’acier supplée rapidement cette nouvelle matière pour l’industrie, les artistes et décorateurs s’approprient eux le fer forgé. L’Art Nouveau et l’Art Déco, les deux grands mouvements du début du XXème siècle sont les âges d’or des ferronniers d’art. Parmi eux des personnalités comme Raymond Subes, Edgar Brandt ou Georges Poillerat transcendent le matériau pour le faire entrer dans l’histoire de l’art. Le bruloir de la flamme de l’arc de Triomphe est d’ailleurs en fer forgé. Il est l’œuvre d’Edgard Brandt.

La console de Louis n’a malheureusement pas la qualité de l’œuvre de ces maîtres. Mais elle s’en inspire. Située entre l’Art Nouveau et l’Art Déco, entre les années 1900 et 1940, alliant ligne courbe et épure, elle réunit ces deux mouvements emblématiques du XX siècle. Comptez sur une estimation entre 200 et 400 euros. Attention… elle me rappelle les productions d’un certain Paul Kiss, un artiste ferronnier hongrois installé en France dans les années 1920. Une signature changerait tout et vous pourriez rajouter un zéro à ce joli meuble !
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