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Lumière sur une renaissance rêvée

Samedi 19 septembre 2020 à 07h
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Cette semaine, Sandrine nous fait parvenir la photographie d’une lampe en céramique. Me Philippe Rouillac, commissaire-priseur, nous donne son avis.



Depuis sa création en 1821, la manufacture de Gien, dans le Loiret, s’est imposée comme l’un des tous premiers centres français de production de céramiques d’art. On en distingue plusieurs types parmi lesquelles la porcelaine et la faïence. Translucide, cristalline et sonore la porcelaine est venue de Chine pour peu à peu remplacer les faïences européennes. Grâce à des techniques toujours renouvelées, des manufactures comme celles de Gien perpétuent le savoir-faire national. On parle pour la manufacture du Loiret de faïence fine. Il s’agit d’une pâte blanche, légèrement ivoire, recouverte d’un émail au plomb transparent qui la fait briller. Au contraire des faïences classiques à émail d’étain, cette petite pellicule de vernis métallique laisse transparaître la pâte sous-jacente. Ceci n’est possible que lorsque la terre utilisée est d’une grande blancheur, cette méthode ne cachant pas les imperfections. La qualité de la terre utilisée à Gien, l’arrivée à la manufacture de peintres de talent, comme celle de directeurs ambitieux, ont permis aux productions giennoises d’acquérir une grande notoriété sur la scène nationale. La participation remarquée de la manufacture à l’Exposition Internationale de 1900 à Paris a même assuré à ces artistes céramistes une visibilité en dehors du territoire.

Au-delàs des pièces uniques destinées aux collectionneurs avertis, la manufacture de Gien s’est spécialisée dans les décors dits « renaissants » inspiré de la Renaissance, dont le val de Loire fût un creuset au XVIè siècle. Généralement le fond est blanc, noir ou bleu, afin de faire ressortir le décor. L’objet présenté par Sandrine prend la forme d’un vase bouteille monté en lampe. Il est à fond bleu marin, le vase cerclé de trois bandes blanches horizontales aux frises de fleurs et de tors oranges. Dans le fond azur, des personnages humains aux queues d’hippocampes alternent pour entourer un médaillon surmonté d’une couronne. Dans ce médaillon un petit ange se détache. Il nous rappelle immanquablement, les « putti » du peintre Raphaël, chef d’œuvre de l’art occidental. Les motifs du vase de Sandrine sont posés à la main. On les distingue d’un décor par décalcomanie, c’est à dire qui a été réalisé de façon mécanique. Les initiales au revers « BV » peuvent correspondre au nom du peintre qui l’a réalisé, toutefois, sa qualité moyenne n’est pas celle des grands noms de la manufacture. Un autre élément du revers du vase nous interpelle : c’est la marque au château. Au cours de son histoire, du premier tiers du XIXe à aujourd’hui, la manufacture de Gien a signé ses productions par différentes marques qui permettent de les dater formellement. Celle posée sur l’œuvre de Sandrine est utilisée de 1971 à 1984. Il s’agit donc d’une pièce moderne.

Inspiré des grotesques italiennes du XVe siècle, le décor renaissance a obtenu un tel succès à la manufacture qu’on l’appelle parfois : le décor de Gien. Il nait à une époque où les artistes aiment puiser dans le passé un héritage fantasmé. Fort de ce succès les céramistes giennois continuent aujourd’hui encore à l’adapter à tout type d’objet : écritoire, pendule ou comme ici une lampe. De qualité très différente, celle de Sandrine à l’avantage d’avoir été peinte à la main, néanmoins elle date de la toute fin du XXe siècle et demeure donc très courante. On peut l’estimer autour de 50 euros. Un prix raisonnable pour éclairer nos intérieurs de créatures fantastiques hantant les artistes depuis la Renaissance…
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