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Saint Georges terrassant le dragon

Vendredi 24 juillet 2020

Par le cabinet Sculpture et collection

Allemagne du Sud, seconde moitié du XVIIème - première moitié du XVIIIème siècle

Probablement Saint Georges

 
Sculpture en fort relief en bois polychromé et doré, dos évidé.
 
Haut. 202, Larg. 100, Prof. 35 cm. 
(accidents et restauration.)

Provenance: collection particulière, Poitou.

Probably Saint George carved in high relief by a South German school in the second half of the 17th, first half of the 18th century.
 
Exposition :
Baroque intemporel : de l’art sacré à David Belugou, exposition tenue du 26 janvier au 22 avril 2019, à l'abbaye des Prémontrés de Pont à Mousson.
 
Littérature en rapport :
- Ivan Geràt (Slovak Academy of Sciences, Institute for Art History, Bratislava) Saint George Between Media and Functions, in “Pregledni rad » Rad. Inst. povij. umjet. 43/2019, pp. 37–46 ;
 - Baroque intemporel : de l’art sacré à David Belugou, catalogue de l’exposition tenue du 26 janvier au 22 avril 2019, à l'abbaye des Prémontrés de Pont à Mousson, 2019 ;
 - Ss. Dir. L. Busine, M. Sellink, La gloire de saint Georges, l’homme, le dragon et la mort, catalogue de l’exposition présentée du 18 octobre 2015 au 17 janvier 2016 au Musée des Arts Contemporains du Grand-Hornu (MAC’s), cat.33, p.190-191 ;
- Elisabeth Badinter, L’Amour en plus (histoire de l’amour maternel), éd. Flammarion, paris, 1980.
 
Œuvres en rapport :
- Bavière, saint Georges, vers 1520, sculpture en bois de tilleul avec polychromie, Skulpturensammlung und Museum für Byzantinische Kunst der Staatlichen Museen zu Berlin , Inv. Nr. 3066 ;
- Johann Michael Schaller (1680- 1750), Saint Georges, vers 1725, bois de tilleul, polychromie originale, ,H. 183 cm; B. 108,5 cm; T. 60 cm , Nüremberg , Germanisches Museum, N°inv. Pl.O.2238_b ;
- Daniel Hopfer (1470-1536) Saint Georges, d’après un modèle de Raphaël (1483-1520), vers 1504-1536, gravure, 24,1 x 16,5 cm, Braunschweig, Herzog-Anton Ulrich-Museum, n°inv.DHopfer AB3.39 ;
- Franz Aspruck (1570/80- après1611), Saint Georges, gravure sur papier, dim. 17,7 x 13 cm, Wolfenbüttel, Herzog August Bibliothek, N°A1 : 156
- Marcantonio Raimondi (1480-1534), Saint Georges, vers 1506-1534, estampe, 22,1 X 30,1 cm, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE EB-5
 
Cette sculpture impressionnante, tant par sa dimension, que par le chatoiement de ces couleurs et le dynamisme de sa composition, représente un saint militaire combattant un démon.
 
Le saint, casqué et vêtu d’un costume de l’armée romaine, brandit haut dans les airs une longue épée, lame tournée vers le sol et prête à frapper l’ennemi, un monstre doté d’une queue serpentiforme, de griffes et d’un visage d’enfant cornu.
 
Bien que l’iconographie se rapproche sensiblement de l’image stéréotypé et diffusée à l’époque baroque de l’archange saint Michel, l’absence d’ailes (évidement de la sculpture au revers) invite plutôt à voir dans cette image archétypale du combat entre le Bien et le Mal, saint Georges, autre saint militaire, de nature non pas divine, mais humaine. 
 
Ce tribun romain, martyrisé au IVème siècle sous Dioclétien et Maximien pour certains textes ou sous Dacien pour d’autres, est l’un des saints les plus vénérés des périodes médiévales et modernes en Europe occidentale et centrale. Protecteur de nations entières (Angleterre, Géorgie) il a pour autre caractéristique d’être le saint patron de la chevalerie chrétienne. À l’époque médiévale, il est alors principalement représenté en armure de chevalier et terrassant le dragon de la légende, soit à cheval, soit debout, terrassant la bête monstrueuse.
 
La diffusion du culte de ce saint est également fréquente dans tous les territoires du Saint-Empire Germanique, encouragée par les ambitions politiques de l'empereur Maximilien Ier (1459-1519) particulièrement attaché à ce saint patron, au point de vouloir en présenter une nouvelle incarnation. Cet attachement est profondément enraciné dans les traditions familiales puisque dans le contexte militaire de conflit avec la Turquie, le père de Maximilien et son prédécesseur, l'empereur Frédéric III, avaient fondé l’Ordre de Saint-Georges approuvé par le pape Paul II en 1469. À la suite de ses successeurs, Maximilien a, lui-même, créé la Confraternité laïque de Saint Georges approuvée par Alexandre VI en 1494. Son objectif principal était de créer un front unifié de dirigeants chrétiens pour la lutte contre les Ottomans. 
 
Dans les territoires germaniques la représentation du saint majoritairement figurée en armure de chevalier au XVème et durant une grande partie du XVIème siècle évolue progressivement après le concile de Trente (1564) d’abord, puis surtout après la Guerre de Trente ans (1618-1648), alors que l’ennemi de l’église catholique et romaine change de visage. Elle évolue en faveur d’une image du saint au costume militaire à l’antique, debout brandissant majoritairement une lance mais parfois aussi une épée. Cette figuration était déjà existante au début du XVIème siècle, comme l’attestent les gravures d’après des modèles de Daniel Hopfer (1470-1536) mais moins représentée en sculpture.
 
La présence du saint dans cette attitude se multiplie donc pendant toute la seconde moitié du XVIIème siècle, puis de manière exponentielle, dans la première moitié du XVIIIème siècle, alors même que Charles-Albert, duc de Bavière renouvelle l’Ordre militaire de Saint Georges en 1729.  En poursuivant la tradition du gothique tardif, les retables monumentaux baroques sont généralement flanqués de saints soldats aux gestes théâtraux, incarnant les défenseurs de l’Église. Les retables dédiés à saint Georges se multiplient également, à l’instar de celui de l’église Sankt Georg à Peissenberg, en Haute Bavière, exécuté en 1657.
 
Comme le montre déjà une gravure de Marcantonio Raimondi (1480-1534) représentant saint Michel terrassant un homme nu, l’usage de donner figure humaine au représentant du Mal est présent dès le XVIème siècle. Ici, suffisamment rare pour être souligné, le démon présente un visage juvénile, même enfantin, qui souligne, dans un contexte plus anthropologique, toute l’ambivalence de l’image de l’enfant à l’époque moderne. Comme l’indique Elisabeth Badinter en se référant aux textes de saint Augustin, l’enfant représente alors « la force du mal, un être imparfait accablé sous le poids du péché originel ».
 
Ici pourtant le corps de l’enfant-démon est recroquevillé formant socle au saint debout. Le détail du combattant posé sur la pointe des pieds sur son ennemi est aussi à prendre en considération. S’il s’agit bien de saint Georges et non de l’archange saint Michel descendant du ciel, il faut aussi sans doute y voir là une portée philosophique et spirituelle, au-delà des significations politiques et théologiques du saint (combattant pour l’Église catholique et pour les royaumes chrétiens de l’Europe occidentale). Ici le saint ne semble pas terrasser son ennemi. Son attitude sur la pointe des pieds - posé sur le corps démoniaque, implique un nécessaire équilibre des forces antagonistes ; Dans le contexte de Salut individuel, cette image donne à réfléchir sur un monde incarné dans lequel l’équilibre entre le bien et le mal est, certes inattendu, mais inévitable : l’enfant-dragon portant une symbolique négative et démoniaque contre lequel il faut lutter est pourtant vital à la perpétuation de l’Humanité créée par Dieu.
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