FR
EN

Exceptionnel lit d'apparat, dit Henri III au château d'Amboise

Dimanche 04 octobre 2020

Un chef d'oeuvre néo-renaissance dans la collection Gavet

EXCEPTIONNEL LIT d’APPARAT, dit « HENRI III » du CHÂTEAU d’AMBOISE

En noyer richement sculpté, de forme rectangulaire, fortement architecturé.
Le baldaquin est soutenu par quatre colonnes formant termes disposées deux à deux en diagonale. Les cariatides et atlantes prennent la forme de satyres et de femmes sculptés du haut du crâne jusqu’à leur bassin. Leurs oreilles en ailes de papillon participent à l’hybridation des figures. Leurs bassins sont ornés de mascarons prenant une forme féminine ou masculine en alternance du sexe de chaque terme. La base de la colonne en forme de gaine est sculptée de rinceaux et repose sur quatre pieds boules.
Le dossier du lit en fort relief est décoré d’un masque de femme au centre, accostée de rinceaux, de corbeilles de fruits et masques grimaçants.
Les différents montants puissamment moulurés de palmettes droites et renversées.

Époque XIXe, néo-renaissance.

Haut. 275, Larg. 258, Prof. 199 cm.

Étude scientifique : l’échantillon de bois prélevé sur une cariatide a été daté au mieux par la méthode du carbone 14 de 1680 à 1764 pour 32%, et près de 50% pour une datation de 1801 à 1894. Rapport Ciram du 7 février 2020 disponible sur demande.

Provenance :
- d'après l'historien Émile Molinier, lit acheté à la famille Guyrod à Annecy, Savoie,
- collection Émile Gavet, le lit non référencé lors de sa vente dans la Galerie Petit en 1897, Paris,
- selon une tradition familiale éminemment respectable, proviendrait d’une vente du château d’Amboise,
- par descendance, collection particulière, Normandie.

Bibliographie :
- Émile Molinier, "Collection Émile Gavet, catalogue raisonné, précédé d'une étude historique et archéologique sur les œuvres d'art qui composent cette collection", Paris, imprimerie de D. Jouaust, 7, rue de Lille, 7, 1889. Décrit et reproduit en gravure pp. 84, XLII, (sous le n°352).
- Muriel Barbier, "Le lit dit "de François Ier" de la collection Du Sommerard : questions en attente de réponses", 10 septembre 2018, illustré fig. 10.

Exposition :
Lit visible jusqu'au 1er octobre 2020 dans le cadre de la visite publique du château de l'Islette à Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire), sur la gracieuse invitation de Maître et Madame Pierre-André Michaud.

LE LIT DIT HENRI III D’ÉMILE GAVET

par Jacques FARRAN

Émile MOLINIER, Lit du règne d'Henri III de la collection d'Émile Gavet, Paris 1889
Émile MOLINIER, Lit du règne d'Henri III de la collection d'Émile Gavet, Paris 1889

En ce lit « sommeillent » de nombreux mystères. Réputé anciennement être un lit Henri III, puis au XXe siècle comme provenant du château d’Amboise, notre enquête révèle qu’il n’a finalement pas accueilli la couche du dernier roi Valois, très impliqué à Amboise, mais qu’il s’inscrit pourtant en toute lettre dans l’Histoire de l’Art. Créé dans le courant du XIXe siècle, ce lit incarne le goût de cette époque pour réincarner les grands styles. À la recherche de ses origines, la France s’enorgueillit de son glorieux passé. Il se fait tour à tour mérovingien, médiéval, ou comme pour notre lit : renaissant. Des restaurations de Viollet-le-Duc au château de Pierrefonds ou à Notre-Dame de Paris, en passant par la renaissance de l’Hôtel de Ville de Paris par Théodore Ballu, les artistes français retournent aux sources.

Ce lit est l'orgueil, à la fin du XIXe siècle, de la collection d'Émile Gavet, qui l’attribue au règne du roi Henri III. Émile Gavet figure parmi les plus importants "connoisseurs" de l'époque. L'inventaire de ses collections livre des chefs d'œuvres, dont beaucoup ont aujourd’hui rejoints des prestigieuses institutions. Amateur de mobilier renaissance et d'objets Haute Époque, il se fait également collectionneur de peinture moderne. Ainsi, avant de rejoindre le Musée d'Orsay le tableau le plus cher du monde, « L'Angélus » de Millet, est un temps accroché à ses murs.

Ce lit est alors considéré comme le lit le plus prestigieux de la Renaissance Française, avec le lit dit « François Ier » dans la collection d'Alexandre du Sommerard, aujourd'hui au musée national de la Renaissance au château d’Écouen. Mais comme son alter-ego du château d’Écouen les historiens de l’art ont remis en cause sa datation. Si son décor, sculpté de mains de maître, s’inspire des recueils de gravures d’Androuet du Cerceau ou de Crispin de Passe, l’étude chimique de son bois exclu qu’il soit parfaitement authentique.

Faux fait pour tromper, s'étant joué des plus grands spécialistes de l'époque, ce lit n’est-il pas plutôt une œuvre remaniée ? Nous ne saurons répondre catégoriquement à cette question. Quel meuble peut se targuer d'avoir été à la fois considéré comme l'un des plus rares de son temps, être trouvé à Annecy dans des conditions étonnantes puis vendu à un illustre collectionneur parisien, être interrogé comme un chef d'œuvre d'Hugues Sambin, pour finalement rejoindre un château de la Loire… ? La réponse sera peut-être apportée par son prochain propriétaire !

Aucun musée en France ou à l’étranger ne peut se targuer de posséder un véritable lit d’apparat de la Renaissance. La disparation de tous les originaux a probablement poussé les « indélicats » à reconstituer, transformer ou créer de toute pièce des exemplaires s’inspirant des recueils d’ornements qui nous sont parvenus. Notre modèle comporte un intérêt historique de premier plan. Non pas comme il l’était probablement destiné- en témoignage de la Renaissance - mais plutôt pour ce qu’il est réellement : le fantasme unique des nuit agités d’un souverain décrié.
Inscrivez-vous à notre newsletter :
Suivez-nous :