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Barbara chante l'Aigle noir

Mardi 24 mars 2020

par Aymeric Rouillac
extrait de "Adjugé ! La saga des Rouillac"


"Cette quête de l’absolu résonne bien évidemment en musique. Enfant, j’ai toujours entendu ma mère écouter et reprendre les chansons de Brel, de Brassens et de Barbara. Aussi, lorsque les héritiers de la chanteuse demandent, deux ans après sa mort, à mon père de disperser ses effets aux enchères, la vente s’annonce d’une intensité inédite.

Deux vacations sont organisées, une en janvier dans le cinéma de Vendôme pour le mobilier de sa maison de Precy-sur-Marne, l’autre en juin à Cheverny autour de son flamboyant univers de scène. Certains admirateurs et titres de presse se déchaînent sans retenue, vouant aux gémonies le marteau d’ivoire qui accomplira une vente sacrilège, dénoncée par Barbara dans une chanson prémonitoire. La révélation dans ses mémoires posthumes du viol incestueux qu’elle subit à l’âge de 10 ans ne fait qu’aggraver la chose : cha- cun découvre alors le véritable sens de son plus grand succès L’Aigle noir.

Gérard Depardieu dans un spectacle, comme de récentes publications, nous reproche régulièrement l’orchestration de cette vente. Si certains retiennent les millions de francs cumulés et l’indécence à dévoiler et à chiffrer l’intime, d’autres apprécient que la partition de Nantes soit maintenant exposée dans le château des ducs de Bretagne. Si le rocking-chair de Lily passion continue de faire rêver les nostalgiques (cat. 215), d’autres se demandent quand les nombreux souvenirs achetés par une association créée avec le soutien d’Universal seront présentés au public.

Moi, je me souviens de Ginette, une ancienne détenue des Baumettes, qui, entendant parler de la vente, avait envoyé sa fortune par la Poste : un billet de cinquante francs. Elle voulait acheter un souvenir de la dame qui avait chanté en prison et obtenu pour elle et ses compagnes une douche par semaine. Contre les cris et les reproches d’une salle furibonde voulant surenchérir, je me souviens de mon père, impérial, exauçant son souhait."

Extrait de "Adjugé ! La saga des Rouillac"
240 pages, 450 photos, 39 €, aux Éditions Monelle Hayot

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