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Le trésor de Tavers classé Trésor national sera vendu aux enchères

Lundi 15 avril 2019

Communiqué : un trésor Gaulois sur les bords de la Loire,
ou un certain art de vivre 2500 ans avant la Renaissance

Photographie du dépôt (cliché : S. de Grandis, université de Bourgogne)

LE DERNIER TRÉSOR POUVANT ÊTRE VENDU AUX ENCHÈRES

Par arrêté du ministre de la Culture en date du 6 avril 2019, le trésor archéologique découvert à Tavers près de Beaugency (Loiret) en février 2012 est classé Trésor National. Cette découverte archéologique qui est l’une des dernières à pouvoir être vendue, sera présentée aux enchères par les commissaires-priseurs Philippe et Aymeric Rouillac le samedi 4 mai 2019 au château de Meung-sur-Loire, non loin de sa découverte.

La loi du 7 juillet 2016 renverse en effet les dispositions de droit commun autrefois prévues à l’article 716 du Code civil, prévoyant que la propriété d’un trésor revenait à celui qui le trouvait dans son fonds, ou par moitié au propriétaire du terrain et à l’inventeur. Depuis 2016, les découvertes archéologiques sont présumées « appartenir à l’État dès leur mise au jour au cours d’une opération archéologique ». Consécutivement, on observe une raréfaction de déclarations de telles découvertes. Le trésor de Tavers échappe à cette loi, car il est l’un des derniers exhumés avant son entrée en vigueur.

Une étude sur le terrain a été lancée après sa découverte, pour se conclure en 2015 par la rédaction d’un rapport de 200 pages dirigées par Pierre-Yves Milcent, Christian Cribellier et Arthur Tramon. Son caractère exceptionnel aboutit au classement à venir au titre de « Trésor national » par le Ministère de la Culture. Après la vente en 2018 du Christ enfant des Frères Le Nain en 2018, c’est le deuxième trésor national présenté aux enchères par les commissaires-priseurs Philippe et Aymeric Rouillac. La mise à prix est de 50.000 €.

Les objets du trésor de Tavers datent du Hallstatt moyen, qui correspond aux environs de 625 à 510 av. J.-C, soit le Premier âge du fer . Ces soixante-cinq éléments sont composés de cinquante-huit pièces en alliage cuivre et sept en fer et plomb. Les objets de parures féminines sont les plus nombreuses. Cinq collier torques entiers et cinq autres fragmentaires, dix-huit bracelets dont six entiers, quatre anneaux de chevilles ou bracelets fragmentaires, ou encore une épingle à col de cygne sont notamment inventoriés. Trois armes sont par ailleurs recensées, ainsi qu’un outil spécialisé, un fragment de vaisselle, des objets miniatures et polyvalents.

Le bon état de conservation et l’oxydation peu prononcée des objets démontre qu’ils résultent d’un même rassemblement à vocation non funéraire daté précisément entre 575 et 510 av. J.-C. Lors de la découverte, l’ensemble était très soigneusement présenté sous 30 cm de terre. Quatre bracelets étaient enfilés sur la tige d’un torque, ce qui n’est pas sans rappeler la disposition d’autres dépôts comme celui de Saint-Gérons dans le Cantal. Ceci interroge par conséquent sur la destination de cet enfouissement. Il est possible de proposer qu’il procède d’une volonté de thésaurisation en vue d’une récupération ultérieure. L'hypothèse d'un atelier de production local peut aussi être soulevée.

Ces objets au style ligérien matérialisent l’art de vivre de l’élite gauloise sur les bords de la Loire au Premier âge du fer. La forte valeur d’échange de ces pièces était déjà un marqueur d’élévation sociale. Cette manifestation de l’art de vivre sur les bords de Loire précède celle des romains qui s’y installent jusqu’au IVe siècle puis des rois de France qui construiront à partir du XVe siècle des châteaux sur les bords de la Loire comment autant de perles d’un précieux collier.

La vente se déroulera à proximité de sa découverte le samedi 4 mai au château de Meung-sur-Loire. Construit au milieu du XIIe siècle, prison de François Villon, forteresse anglaise au cours de la Guerre de 100 ans reprise par Jeanne d’Arc, fut longtemps la propriété des évêques d’Orléans avant de connaître une nouvelle jeunesse avec leurs actuels dynamiques propriétaires. Ouvert au public par ses dynamiques propriétaires Monsieur et Madame Lelevé, ce château conserve également des vestiges archéologiques de première importance.

Expositions privées
à Vendôme sur rendez-vous.

Château de Meung-sur-Loire
16, place du Martroi 45130 Meung-sur-Loire
près d’Orléans, sortie autoroute A10, sortie 15.

Exposition publique
Meung-sur-Loire samedi 4 mai à partir de 15h.

Conférence
Meung-sur-Loire, samedi 4 mai à partir de 15h30.

Vente aux enchères publiques
Meung-sur-Loire, samedi 4 mai à 16h.

Renseignements
rouillac.com
Tél 02 54 80 24 24

EXTRAIT DE L'ARRÊTÉ MINISTÉRIEL

Considérant que les biens pour lesquels le certificat est demandé constituent un rare ensemble de pièces archéologiques découvertes en 2012, apparemment rassemblées volontairement et empilées avec soin dans une fosse peu profonde, sur le site des Pièces de la Cave à Tavers (Loiret) ; qu'il date probablement du courant du VIe siècle avant J.-C., période correspondant au premier âge du Fer ou au Hallstatt moyen selon le système chronologique utilisé ; que ce singulier dépôt métallique composé de 65 objets ou fragments d'éléments de parure, d'armes et de pièces d'outillage en bronze et fer, s'avère, par la diversité des pièces qu'il comprend et des matériaux utilisés, et par son homogénéité chronologique, d'un important intérêt scientifique et patrimonial ; qu'il comporte majoritairement des objets en alliage cuivreux, comme une fusée de poignard à antennes et des éléments d'ornement corporel, entiers ou fragmentaires, essentiellement des parures annulaires ; qu'il intègre aussi une série homogène de haches à douille quadrangulaire, miniatures et donc non fonctionnelles , proches d'exemplaires découverts dans le Massif am1oricain, qui sont, pour la première fois, associées à un dépôt contenant plusieurs autres catégories d'objets, offrant ainsi un contexte précis pour les dater ; que, par ailleurs, cet ensemble recèle quelques obj ets en fer, notamment une lame de hache à douille, massive par son poids, à la facture de qualité, dont on trouve quelques équivalents à la fin du Hallstatt moyen, notamment dans la tombe à char de Hochdorf en Bade-Wurtemberg ; qu'en outre, l'importance de cet ensemble, demeuré en très bon état de conservation, résulte de son origine orléanaise, région qui n 'a pas encore livré de dépôts significatifs pour la période considérée, mais aussi, alors qu 'aucune sépulture privilégiée ou habitat n 'a encore été identifié localement à cette époque, de ce qu'il témoigne de l 'existence d'une classe sociale de haut rang à cet endroit ; que cette association inédite d'objets, se situant à la croisée de différentes types de dépôts du VIe siècle avant J.-C., du Centre-Ouest à l a Franche-Comté, avec également des caractères annoricains ; doit être préservée de la dispersion et a vocation à rejoindre les collections publ iques en tant que précieux jalon complétant la connaissance du Premier âge du Fer en France ; qu'il suit de là que cet ensemble de biens présente un intérêt majeur pour te patrimoine national du point de vue de l'histoire et de l'ai1et revêt ainsi le caractère de trésor national.
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