AYMERIC ROUILLAC, LE GOÛT DE L'ENQUÊTE
Vendredi 26 juin 2026
Le Journal Des Arts, Marie Potard

Le commissaire-priseur Aymeric Rouillac devant le fossile de Nessie, un élasmosaure vendu le 21 juin au zoo de Beauval. Photo Guillaume Souvant
Le commissaire-priseur trace sa voie entre exigence de sélection, goût de la découverte et mise en scène des ventes aux enchères.
Vendôme (Loir-et-Cher).« Sans chercher l'invisible, on ne trouve pas la lumière. » La phrase résume assez bien Aymeric Rouillac. Dans l'appartement du XIVème arrondissement qui lui sert de point d'ancrage parisien, alors que la pluie frappe les fenêtres, le commissaire-priseur parle moins de ventes que d'enquêtes : d'un marbre de Rodin découvert sur le piano d'une propriété du Berry, d'un coffre ayant appartenu à Mazarin auquel personne ne croyait, d'un tableau des frères Le Nain redécouvert par hasard chez une septuagénaire. Chez lui, l'objet n'est jamais une marchandise. C'est une énigme. « Dans commissaire-priseur, il y a le mot “commissaire”, rappelle-t-il. C'est celui de l'enquête. »
Cette approche lui a permis de se faire un prénom dans une maison où le nom occupait déjà beaucoup de place. Lorsque ses parents, Philippe et Christine Rouillac, rachètent en 1983 une petite étude à Vendôme, ils la transforment progressivement en l'une des maisons de ventes les plus identifiées du Val de Loire. De quoi impressionner un fils qui ne se voyait pas reprendre le flambeau.
Longtemps, Aymeric Rouillac regarde ailleurs. Sciences Po, le rêve du journalisme, les voyages. Puis la maladie de son père le ramène vers l'entreprise familiale. Il reprend des études d'histoire de l'art, passe l'examen et rejoint la maison en 2010. « Rien ne pousse à l'ombre des grands chênes », sourit-il aujourd'hui.
La formule dit bien l'enjeu : trouver sa place sans renier l'héritage. Lui le fera en cultivant une forme de contre-pied. Là où beaucoup misent sur le volume, Rouillac revendique la sélection. Son équipe de sept personnes vend environ 3 000 objets par an quand certains concurrents en dispersent dix fois plus. « On dit non à beaucoup de choses pour mieux regarder celles que l'on garde. »
Cette méthode a porté ses fruits. Depuis son arrivée, la maison a enregistré onze enchères millionnaires, dont neuf découvertes. Parmi elles, le fameux coffre de Mazarin, vendu plus de 7 millions d'euros au Rijksmuseum d'Amsterdam après un long travail d'attribution. Une réussite qui contribue à asseoir sa réputation de découvreur.
La médiatisation, un pari assumé
A rebours d'une profession qui cultive volontiers la discrétion, les Rouillac ont fait de la médiatisation l'une de leurs marques de fabrique. Dès 2012, Arte consacre quatre épisodes à la préparation d'une vente. Suivront de nombreux reportages et documentaires. « On a la chance d'avoir entre les mains des objets fous. Quelle erreur de ne pas les partager !» lance-t-il.Cette conception très théâtrale du métier trouve son expression la plus aboutie dans la Garden Party, créée par ses parents en 1989. Organisée à Cheverny puis aujourd'hui à Villandry, cette vente est devenue un rendez-vous à part dans le calendrier français. « Une vente aux enchères, c'est un spectacle. Si on met ça de côté, on oublie une partie essentielle. » La vacation représente à elle-seule près de 70% du produit annuel des ventes de la maison. Un pari considérable, qui n'a pas toujours fait l'unanimité : à ses débuts, certains confrères ont tenté de faire interdire ces ventes organisées hors des hôtels des ventes traditionnels. Trente-cinq ans plus tard, la Garden Party est devenue la signature des Rouillac, comme l'a encore montré l'édition organisée du 5 au 8 juin à Villandry, qui a totalisé 4,5 millions d'euros.
A l'heure où beaucoup de commissaires-priseurs deviennent gestionnaires, Aymeric Rouillac revendique le privilège de rester sur le terrain : chercher, douter, découvrir. Et transmettre. Son fils Gabriel, 18 ans, vient de candidater en droit et histoire de l'art. À quatre ans déjà, il annonçait à son grand-père : « Quand tu ne seras plus là, c'est moi qui aiderai papa. »
Chez les Rouillac, certaines histoires ont manifestement vocation à se poursuivre.
