La Gazette Drouot, Philippe Dufour

Marie Vassilieff (1884-1957), Moderne Salomé dit aussi Adam, grand nu, 1931, toile, signé et daté, 155,70 x 70 cm.
Adjugé : 148 800 €
L’artiste de Montparnasse était l’invitée d’honneur du château de Villandry avec la dispersion – couronnée de succès – d’une spectaculaire collection constituée par l’un de ses adorateurs.
Dès 1974, Claude Bernès (1941-2025) avait ressenti un véritable coup de foudre pour l’œuvre de Marie Vassilieff, rassemblant en quelques décennies, un nombre impressionnant de pièces capitales de l’artiste franco-russe (voir Gazette n° 19). 144 d’entre elles étaient dispersées ici, constituant l’un des temps forts de la vacation de quatre jours organisée par la maison Rouillac… Cette session particulière a totalisé 1 232 000 € d’enchères à elle seule. Parmi les chefs-d’œuvre de Vassilieff, égérie très libre de la bohème montparnassienne des Années folles, ces deux toiles aux grands nus, intitulées
Moderne Salomé, dit aussi
Adam, grand nu de 1931 (où un homme brandit une tête féminine, sans aucun doute celle de Marie !) et
Ève (Portrait de Juliette Germain) (140 x 70,5 cm) de 1933 (achat d’une collection marseillaise), ont inscrit 148 800 € chacune. Si les connaisseurs français, privés et publics, ont été nombreux et tenaces, on doit constater que les enchérisseurs étrangers, et en particulier asiatiques – à Hong Kong notamment – ont été aussi très actifs «
illustrant la dimension désormais mondiale de la cote de l’artiste », comme le précise la maison Rouillac. Ainsi, de l’historique
Banquet Braque (24 x 31 cm) de 1917, peint à l’encre, gouache et lavis et relatant une rixe déclenchée par Amedeo Modigliani lors d’un festin organisé par Vassilieff : la feuille si parisienne a pris le chemin de la Chine en échange de 76 880 €. Une illustre institution nationale entrait ensuite dans l’arène pour préempter, à hauteur de 64 480 €, l’admirable
Autoportrait à la poupée-portrait exécuté en 1929 sur panneau (55 x 38 cm) : il rejoint les collections du musée d’Art moderne au Centre Pompidou. Il faut enfin noter que les archives de Claude Bernès ont, elles, été données par sa sœur Maryan au comité Marie Vassilieff, constitué par Aymeric Rouillac avec la famille de l’artiste, des historiens de l’art et des universitaires en vue d’établir le catalogue raisonné de l’œuvre de l’artiste, sous la présidence de l’historien de l’art Benoît Noël.