Jeanne d'Arc aux enchères
Dimanche 07 juin 2026
Aujourd'hui en France, François-Xavier Rivaud

Un portrait de la Pucelle d'Orléans est en vente ce dimanche.
La 38e vente Garden Party des commissaires-priseurs vendômois Rouillac, qui aura lieu ce dimanche au château de Villandry (Indre-et-Loire), réserve comme chaque année une sacrée curiosité. Après le coffre du cardinal Mazarin vendu en 2013 pour 7 millions d’euros, un escalier de la tour Eiffel en 1989 ou, plus insolite encore, la 2 CV en bois, échelle 1 (et fonctionnelle), dénichée en 2023 chez un menuisier charpentier et partie pour 210 000 €, Philippe et Aymeric Rouillac récidivent en mettant aux enchères un portrait de Jeanne d’Arc réalisé aux alentours de 1630 et attribué au peintre lorrain Claude Déruet (1588-1660).« Un déferlement de passion »
Cette toile, conservée depuis près de quatre cents ans dans un château familial près de Barle-Duc (Meuse), qui appartient aux descendants de Pierre d’Arc, le frère de la Pucelle d’Orléans — tous deux anoblis en 1429 par Charles VII —, a été mise à prix à 20 000 €.Dans le catalogue de cette vente Garden Party, qui comprend 140 objets, d’autres œuvres d’art (d’Artemisia Gentileschi, de Camille Claudel ou de Marie Vassilieff), présentent une valeur de départ bien supérieure. Aucune d’elle n’a toutefois, selon Aymeric Rouillac, la même « charge émotionnelle » que ce tableau, à peine plus grand que « la Joconde », de l’héroïne de la guerre de Cent Ans morte à 19 ans sur le bûcher. C’est aussi la plus ancienne toile représentant Jeanne d’Arc que l’on connaisse à ce jour. « Aucun portrait n’avait été réalisé de son vivant. L’histoire n’a pas gardé ses traits. C’est l’une de ses petites-nièces qui aurait posé pour cette œuvre peinte deux siècles après sa mort », décrit le commissaire-priseur, qui a déniché ce trésor à la faveur d’une rencontre fortuite avec une descendante de la famille au cours d’un déplacement à La Rochelle (Charente Maritime) en début d’année.
En dépit du « déferlement de passion » suscité par l’annonce de cette vente, Aymeric Rouillac s’attend plus à « un record d’émotions » qu’à une enchère exceptionnelle. Laquelle reste toutefois « hors de portée » pour Philippe, un collectionneur de livres et d’œuvres d’art représentant « son » héroïne. « J’aurais évidemment adoré compléter ma collection par cette œuvre d’une grande rareté que personne ne connaissait, mais je ne me fais pas d’illusions. Quelqu’un comme moi, qui vit avec une simple pension de retraite, aussi confortable soit elle, ne pourra jamais rafler la mise », reconnaît cet ancien professeur de lettres qui aurait trouvé « légitime » que « le musée des Beaux-Arts d’Orléans se porte acquéreur ».
Estimant que ce tableau correspond « davantage à une archive de l’intime qu’à une archive publique », Aymeric Rouillac le voit tomber dans l’escarcelle d’un collectionneur privé. Des passionnés venant de Suisse, de France et, plus récemment, d’Angleterre, se sont déjà manifestés.
