Le plus ancien portrait connu de Jeanne d’Arc mis en vente par sa famille ce dimanche 7 juin en Indre-et-Loire
Samedi 06 juin 2026
Le Parisien, François-Xavier Rivaud

Mis à prix à 20 000 euros selon le commissaire-priseur Aymeric Rouillac, les enchères pour ce tableau du XVIIe siècle représentant l’héroïne de la guerre de Cent Ans, morte à 19 ans sur le bûcher, devraient s'envoler ce dimanche 7 juin à Villandry (Indre-et-Loire).
Un tableau d’une grande rareté représentant La Pucelle d’Orléans est proposé aux enchères au château de Villandry par l’étude des commissaires-priseurs de Vendôme (Loir-et-Cher), Philippe et Aymeric Rouillac. Attribuée à un artiste lorrain, cette œuvre était jusqu’ici détenue depuis près de 400 ans par ses descendants.
La 38e vente Garden party des commissaires-priseurs vendômois Rouillac, qui aura lieu le dimanche 7 juin au château de Villandry (Indre-et-Loire), réserve comme chaque année une sacrée curiosité. Après le coffre du cardinal Mazarin vendu en 2013 pour 7,3 millions d’euros, un escalier de la tour Eiffel en 1989 ou, plus insolite encore, la 2 CV en bois, échelle 1 (et fonctionnelle), dénichée en 2023 chez un menuisier charpentier et partie pour 210 000 euros, Philippe et Aymeric Rouillac récidivent en mettant aux enchères un portrait de Jeanne d’Arc réalisé aux alentours de 1630 et attribué au peintre lorrain Claude Déruet (1588-1660).« Un déferlement de passion »
Cette toile, conservée depuis près de 400 ans dans un château familial près de Bar-le-Duc (Meuse), qui appartient aux descendants de Pierre Haldat du Lys, le frère de la Pucelle d’Orléans - tous deux anoblis en 1429 par Charles VII – a été mise à prix à 20 000 euros.Dans le catalogue de cette garden-party, qui comprend 140 objets, d’autres œuvres d’art (d’Artemisia Gentileschi, de Camille Claudel ou de Marie Vassilieff), présentent une valeur de départ bien supérieure. Aucune d’elle n’a toutefois, selon Aymeric Rouillac, la même « charge émotionnelle » que ce tableau de l’héroïne de la guerre de Cent Ans morte à 19 ans sur le bûcher, à peine plus grand que La Joconde. C’est aussi la plus ancienne toile représentant Jeanne d’Arc que l’on connaisse à ce jour.
« Aucun portrait n’avait été réalisé de son vivant. L’histoire n’a pas gardé ses traits. C’est l’une de ses petites-nièces qui aurait posé pour cette œuvre peinte deux siècles après sa mort », décrit le commissaire-priseur, qui a déniché ce trésor de l’Histoire de France à la faveur d’une rencontre fortuite avec une descendante de la famille au cours d’un déplacement à La Rochelle (Charente-Maritime) en début d’année.
En dépit du « déferlement de passion » suscité courant mai par l’annonce de cette vente, Aymeric Rouillac s’attend plus à « un record d’émotions » qu’à une enchère exceptionnelle. Laquelle reste toutefois « hors de portée » pour Philippe, un collectionneur de livres et d’œuvres d’art représentant « son » héroïne, « très ému » par l’histoire de ce tableau qu’il a découverte dans la presse locale. « J’aurais évidemment adoré compléter ma collection par cette œuvre d’une grande rareté, que personne ne connaissait, mais je ne me fais pas d’illusions. Quelqu’un comme moi qui vit avec une simple pension de retraite, aussi confortable soit-elle, ne pourra jamais rafler la mise », reconnaît cet ancien professeur de lettres, qui aurait trouvé « légitime » que « le musée des Beaux-Arts d’Orléans se porte acquéreur ».
Estimant que ce tableau correspond « davantage à une archive de l’intime qu’à une archive publique », Aymeric Rouillac le voit tomber dans l’escarcelle d’un collectionneur privé. Des passionnés, venant de Suisse, de France et, plus récemment, d’Angleterre, se sont déjà manifestés auprès de lui.
