Le Banquet Braque, un Parnasse moderne
Vendredi 15 mai 2026
La Gazette Drouot, E. C.

Marie Vassilieff, Le Banquet Braque, 1917, encre, gouache et lavis, 24 x 31 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €
Estimation : 15 000/20 000 €
Ce dessin est l’œuvre la plus célèbre, et la plus exposée, de la collection de Claude Bernès. Il décrit un véritable fait divers artistique, qui aurait pu virer au drame, l’un des convives brandissant ostensiblement une arme. Nous sommes en 1917, en pleine guerre mondiale, et deux ans auparavant Marie Vassilieff, femme au grand cœur, décide d’ouvrir une cantine à l’étage de son atelier dans l’actuel chemin du Montparnasse, donnant sur l’avenue du Maine. Moyennant 50 centimes, ses amis artistes dans le besoin y trouvent le gîte et le couvert, autour d’une grande table et dans une ambiance forcément conviviale. S’y retrouvent aussi bien Utrillo, Foujita, Apollinaire que Cocteau ou Modigliani. Ce dernier est la cause de l’altercation qui prend place le 14 janvier 1917. Pour célébrer le retour à la vie civile de Fernand Léger –intoxiqué par des gaz – et de Georges Braque – blessé à la tête –, Marie Vassilieff organise avec Max Jacob un dîner regroupant leurs amis les plus proches. Mais Amedeo ne figure pas au nombre des convives, la poétesse et journaliste Béatrice Hasting qui l’a quitté depuis peu – après deux ans d’une relation tumultueuse – étant présente en compagnie de sa nouvelle conquête, Alfred Pina. C’est lui qui tient le revolver alors que Modigliani s’avance passablement éméché, accompagné de quelques amis. La vivacité de la réaction du sculpteur s’explique par une scène de jalousie survenue à la Rotonde, et où le peintre italien avait brisé une bouteille en apercevant le couple, blessant au passage sa nouvelle compagne. Mais tout est bien qui finit bien, Amedeo sera reconduit à la porte par Marie, la soirée pouvant reprendre dans la joie et la bonne humeur. Elle est figurée ici tenant le couteau, alors que Matisse lui présente une dinde. Car le dessin qu’elle fait de cet événement – à la manière du loubok, une estampe populaire russe – possède l’intérêt de montrer, comme sur le vif, une assemblée d’artistes parmi les fondateurs de la modernité du XXe siècle. Une sorte de Parnasse à la mode du Montparnasse mythique des avant-gardes.
E. C.
