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Ernest Roger, un pionnier de la télégraphie sans fil au sommet de la tour Eiffel

Vendredi 26 avril 2024

La Gazette Drouot, Caroline Legrand

Fonds d’Ernest Roger (1864-1943), dont cette photo prise au sommet de la tour Eiffel lors de la première liaison radioélectrique réalisée le 5 novembre 1898, 18 x 23,5 cm (détail).
Estimation : 20 000 €

La dispersion de l’important fonds de documents provenant de la famille d’Ernest Roger nous fait revivre les premières heures de la télégraphie sans fil… et nous téléporte en 1898, au sommet de la tour Eiffel.

"Un télégramme tombé du ciel", titrent les journaux français du 6 novembre 1898 pour saluer l’événement. La veille, au troisième étage de la tour Eiffel – comme la photo ci-contre en témoigne , se trouvaient Ernest Roger (1864-1943), assis à la machine, et Eugène Ducretet (1844-1915), sous l’œil du directeur du Bureau central météorologique de France, et membre de l’Institut, Éleuthère Mascart (1837-1908), présent en tant qu’observateur officiel. Lors de cette démonstration publique, Roger et Ducretet marquent l’histoire des sciences et des télécommunications en réalisant la première liaison radioélectrique entre le sommet de la tour et la grande galerie du Panthéon, distantes de 4 quatre kilomètres. C’est l’aboutissement de plusieurs années de recherches, depuis la découverte en 1890 par Édouard Branly des propriétés radioconductrices de la limaille de fer, et l’exécution en 1895 des premières transmissions hertziennes par ondes électromagnétiques. Les très fragiles bandes de morse issues des essais du 4 novembre, les toutes premières de l’histoire, retranscrites et collées sur carton, accompagneront cette photo ainsi que de nombreux autres documents et pièces provenant directement du fonds Ernest Roger, conservé complet dans sa descendance, établie dans le Val de Loire. Lors de la vente de la maison familiale, c’est dans une modeste mais pour le moins précieuse boîte à chaussures qu’a été découvert cet ensemble. Délaissé depuis des décennies, il possède une réelle valeur historique. C’est notamment le cas des 399 pages du cahier de laboratoire et d’expériences rédigé par le scientifique, de 1885 à sa mort. Le document, exposé au musée de l’ORTF en 1966 et 1977, retrace l’extraordinaire carrière de ce précurseur de la TSF, ou transmission sans fil.

Leurs appareils sont fort utiles aux armées françaises. En témoignent dans ce fonds une douzaine de bandes de morse de 1917 et 1918, retranscrivant des messages reçus à la tour Eiffel concernant des batailles, des destructions de ponts ou encore les conditions de l’armistice du 11 novembre.

Tout comme son frère Henri Roger, dit Henri Roger-Viollet, Ernest montre très tôt des aptitudes et une appétence pour les sciences, qu’il développe au lycée Louis-le-Grand puis à la Faculté de Paris. En tant que secrétaire du physicien Marcel Deprez (1843-1918), il a la chance d’assister, à 21 ans, aux premières expériences sur la transmission de la force par l’électricité. Sa carrière prend un nouvel essor en 1887, lorsqu’il entre comme ingénieur au sein de l’entreprise parisienne d’Eugène Ducretet, alors spécialisée dans les recherches sur les rayons X et les courants de haute fréquence. Au moment de la retraite de celui-ci, en 1908, son fils Fernand prend la direction de la société en association avec Ernest Roger. Leurs travaux se poursuivent, avec une ampleur toujours plus grande, notamment durant la Première Guerre mondiale. Car leurs appareils sont fort utiles aux armées françaises. En témoignent dans ce fonds une douzaine de bandes de morse de 1917 et 1918, retranscrivant des messages reçus à la tour Eiffel concernant des batailles, des destructions de ponts ou encore les conditions de l’armistice du 11 novembre. La TSF a d’ailleurs pour ainsi dire sauvé la Dame de fer. Menacée de démolition vingt ans après sa création, faisant face à une campagne de presse vindicative, elle trouvera une nouvelle fonction grâce à la persévérance de Gustave Eiffel, à sa foi en la science et au soutien de l'armée. Observation météorologique, TSF et autres études sur la chute des corps et l’aérodynamique s’y dérouleront désormais.
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