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Tableau de grand-mère, meubles délaissés… Et si vos objets de famille oubliés valaient des millions ?

Lundi 19 septembre 2022
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Ouest France, Nicolas Montard

Qui n’a pas rêvé de découvrir un tableau oublié dans un grenier… lequel vaudrait plusieurs centaines de milliers, voire quelques millions d’euros ? Aymeric Rouillac, commissaire-priseur installé à Tours et Vendôme, est à la recherche de ces trésors cachés. Il raconte à l’Édition du Soir quelques belles histoires et livre quelques astuces.


C’était le 20 juin 2022. Au château d’Artigny en Touraine, les commissaires-priseurs de la maison de vente Rouillac proposent aux enchères un bol cérémoniel d’un peuple autochtone d’Amérique du Nord. Les parois de bois de ce récipient, daté de la fin XVIIIe début XIXe, sont ornées d’animaux totémiques et de figures zoomorphes. On y observe aussi des incrustations de sections d’ormeau et d’opercules de coquilles d’escargots marins. Mise à prix : 20 000 €. Adjugé : 52 000 €.

Une somme rondelette… surtout quand on apprend à quoi servait cet objet pourtant très rare (on n’en connaît que quatre dans le monde) : « Mon père avait été appelé pour le partage d’une maison en Val de Loire, rapporte Aymeric Rouillac, commissaire-priseur. La famille demande si on ne connaîtrait pas un brocanteur pour vider les écuries. Il jette quand même un coup d’œil et s’arrête sur ce cache-pot dont l’apparence l’interpelle. » Banco : la caisse à plantes venait en réalité d’Alaska et avait été ramenée par un aïeul au XIXe siècle lors d’un voyage…

De belles découvertes régulières


Un objet en apparence anodin qui se révèle être un petit trésor, ce genre d’histoires fait rêver et occupe régulièrement les colonnes de la presse hexagonale. Ici, une toile de Lee Ufan, un grand maitre de l’art contemporain d’Asie du Sud Est, retrouvée dans un grenier de la région de Cognac et estimée entre 400 et 700 000 €. Là, deux pièces en or de cinq dollars américains qui s’avèrent être les premières émises à la suite de la conquête de l’Ouest. Dormant dans un tiroir du nord de la France, elles ont été vendues 90 000 €.

En Normandie, un dessin d’Ingres retrouvé dans un sous-sol a été adjugé un tout petit plus d’un million d’euros. Les sommes peuvent encore monter plus haut. En 2012, un album impérial chinois du XVIIIe rangé dans un coin du garage… avait été adjugé 8 millions d’euros. Deux ans plus tard, les propriétaires d’une maison de la région toulousaine cherchaient l’origine d’une fuite d’eau dans leur grenier. Ils ont trouvé un Caravage. Mis à prix à 30 millions d’euros, il a été cédé ensuite bien au-delà (le montant reste confidentiel). Le phénomène n’est pas nouveau, convient Aymeric Rouillac, mais « les trouvailles sont aujourd’hui plus médiatisées par les commissaires-priseurs » et internet décuple le retentissement des belles histoires.

Lui est en tout cas aux premières loges de ces découvertes avec quelques belles trouvailles ces dernières années. Parmi lesquelles, un tableau attribué aux frères Le Nain. Cette peinture, représentant le Christ au visage d’enfant de 7 ans, était accrochée à droite de la cheminée de la maison d’une septuagénaire en Vendée. Celle-ci le tenait de sa grand-mère. Elle avait tenté d’en savoir plus sur l’œuvre, mais à Paris, un antiquaire lui avait dit que ça ne valait rien… tandis qu’un autre s’était proposé de lui racheter de suite. Prise d’un doute, elle a alors contacté la Maison Rouillac. « Je vois tout de suite sur la photo la qualité de l’œuvre. Il y avait une telle excitation jusqu’à ce que j’aille chez elle en Vendée. Un jour de fermeture du Louvre, nous l’avons mis au milieu d’autres tableaux des frères Le Nain. C’était vraiment un chef-d’œuvre »… adjugé 3,6 millions d’euros.

Le trésor n’est pas toujours celui imaginé


Les heureux propriétaires ignorent parfois qu’ils possèdent de tels trésors à domicile. Ou la merveille n’est pas celle qu’ils pensaient… Ainsi, cet autre exemple. En 2018, les Rouillac sont appelés dans un château. La famille a hérité de quelques beaux objets qu’ils présentent sur une table de salle à manger. « De la brocante améliorée », juge alors Aymeric Rouillac, qui repère néanmoins dans le château de nombreuses « chinoiseries ». Dans le métier, on sait bien qu’en 1860, un corps expéditionnaire franco-britannique a pillé le Palais d’Eté de Pékin. Des objets ont été rapportés dans les musées, mais des officiers ont gardé quelques biens qui dorment aujourd’hui anonymement dans les demeures européennes.

Dans ce château, sur la cheminée, trône justement une rare gourde Baoyueping, une porcelaine émaillée vert céladon avec des motifs de fleurs, bleu et blanc… qui date de l’époque Qianlong (1736 - 1795) ! Elle servait de… cendrier et pendant des récents travaux, on avait passé des sacs de sable juste à côté sans s’en soucier. Celle-ci avait été rapportée quelques années un peu avant le pillage du Palais d’Eté, par un officier d’état-major de la Marine royale en mission en mer de Chine. Mise à prix à 600 000 € elle s’est finalement vendue… 4,1 millions euros !

Est-ce à dire qu’il y a des richesses dans toutes les maisons ? Aymeric Rouillac dit recevoir des photographies de peintures ou objets chaque semaine, ce qui lui permet de faire un premier tri. « On ne voit pas si ça vaut le coup… mais en tout cas, on voit très vite si ça ne vaut pas le coup. » Souvent, il doit décevoir des propriétaires ou héritiers qui sont persuadés d’avoir un Monet et Renoir authentiques quand ceux exposés au musée d’Orsay seraient faux. Ou ils surestiment l’objet à cause de l’affectif familial.

Néanmoins, il ne décourage personne : « Si quelque chose vous interpelle, il ne faut pas hésiter. Ça peut vous arriver, ça arrive partout, dans tous les milieux ». Pas de règle, si ce n’est que statistiquement, on trouve plus de petits trésors en province dans des maisons de famille qui n’ont pas été revendues plusieurs fois ces dernières décennies.

Un bar bien précieux !


Au commissaire-priseur donc de faire le tri, lui qui fonctionne à l’intuition et doit enquêter ensuite sur l’objet pour établir son intérêt, sa valeur, comme son histoire. Comme sur l’une des plus belles trouvailles des Rouillac. En 2013, ils sont appelés pour une pendule hollandaise. Sans grande valeur, mais la propriétaire, pas rancunière, propose une boisson au commissaire-priseur. Qui tombe en admiration devant le bar : un coffre en cèdre du Japon en décor de laque or sur fond noir…

« Mon père a fait le lien avec un coffre conservé au Victoria and Albert Museum à Londres, qu’il avait vu lors d’un voyage alors qu’il était enfant. Ce coffre était supposé avoir appartenu au cardinal Mazarin. Mon enquête au long cours de trois mois a permis d’apporter la preuve que notre coffre et celui de Londres avaient appartenu à Mazarin. » D’héritage en héritage, celui retrouvé par les Rouillac avait disparu de la circulation en 1941 avant qu’il ne soit offert par un médecin britannique à un ingénieur français expatrié à Londres. Qui en ignorait toute la valeur, transformant le meuble en coffre à boissons. Un bar à… 5,9 millions d’euros.
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