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La « Lettre » peinte par un artiste perse (re)découverte à Aniane

Mercredi 11 août 2021 à 08h

Le Midi Libre, Frédéric Mayet

Jacques Farran, jeune commissaire-priseur, parle de la toile de l'Iranien Zenderoudi.


Accroché au chevalet de bois clair, le tableau invite au voyage. Littéralement. « C’est une œuvre de Charles Hossein Zenderoudi, né à Téhéran en 1937. » Jacques Farran, jeune et brillant commissaire-priseur montpelliérain, représentant de la prestigieuse maison Rouillac dans le grand sud, évoque, avec passion, l’une de ses dernières trouvailles. « La toile, datée de 1967, s’intitule Lettre. » Des lettres persanes qui ne sont pas calligraphiques mais comme motifs picturaux répétés, à la fois hypnotisants et fascinants. Tout cela sur un fond vert et jaune avec des touches de bleu.« Je crois que c’est l’artiste perse contemporain le plus exposé dans les grandes institutions mondiales, comme au centre Pompidou et au Moma de New- York par exemple. Mais il est très rare en. France. La dernière vente aux enchères d’une toile de Zenderoudi date de cinq ans. » Jacques Farran a redécouvert l’œuvre du côté d’Aniane, chez un particulier. « J’avoue que je ne connaissais par l’artiste avant de voir ce tableau que j’ai, immédiatement, trouvé très beau. »

Des motifs calligraphiques presque fondus


Comme pour chacune de ses découvertes, le commissaire-priseur s’est fait fort de retracer le parcours du tableau peint, donc, en 1967. « Il se classe, selon moi, dans le genre abstraction lyrique différente de l’abstraction géométrique d’artistes peintres comme Piet Mondrian et Kasimir Malevitch. Dans le cas de Zenderoudi on est devant une émotion individuelle similaire à celles suscitées par Vassily Kandinsky ou Joan Miro. » Intarissable, Jacques Farran poursuit sur Lettre en décrivant le tableau de Charles Hossein Zenderoudi, désormais âgé de 84 ans, comme « une synthèse entre l’art contemporain occidental et la tradition perse. Dans ce tableau, il reproduit des lettres jusqu’à les fondre, les déconstruire et, ainsi, montrer son geste créateur. » Tout aussi enthousiaste au moment de raconter le passé du tableau, l’expert montre, au revers, l’étiquette de la galerie niçoise C.H Le Chanjour. « On distingue également un dessin, comme un chat qui fait penser à un ex-libris. » Finalement il s’agit d’un dessin distinctif (un taureau) du mécène Camille Renault, disparu en 1984, qui eut l’œuvre de Zenderoudi dans sa collection. « On l’appelait Bigboy, du fait de son poids hors norme. Il tenait un restaurant à Puteaux et offrait des repas gratuits à des amis peintres contre des toiles. Il a ainsi accumulé une belle collection et s’est lié d’amitié avec Sartre, Camus, le Corbusier et même Picasso. » Un personnage, en quelque sorte, bigger than life, grâce à qui l’œuvre a fini dans les mains du commissaire-priseur. Lequel a, récemment, pu échanger avec l’épouse du peintre, Marie Zenderoudi. « Elle est historienne de l’art et m’a confirmé le référencement du tableau de son mari. » La boucle était ainsi joliment bouclée.

Une véritable chasse aux trésors

EXPERTISES :
Jacques Farran, au nom de la maison Rouillac, sillonne régulièrement les routes de l'ex Languedoc-Roussillon à la recherche d'œuvres remarquables. « En juin dernier, lors de la dernière vente, toutes les œuvres qui m'avaient été confiées ont été vendues. Notamment le poudrier d'Anna Pavlova, danseuse étoile russe disparue en 1931, acquis par un collectionneur californien de Los Angeles. Une autre vente est prévue le 21 novembre. »
Contact : 06 82 10 55 74 et www.rouillac.com
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