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Les oiseaux de Paradis...

Dimanche 04 octobre 2020

Par François Levaillant, 1806

François LEVAILLANT

Histoire naturelle des oiseaux de paradis et des rolliers, suivie de celle des toucans et des barbus, par François Levaillant. Tome premier. Tome second.


Paris, chez Denné le jeune, libraire, rue Vivienne n°10. (Et) chez Perlet, libraire, rue de Tournon. [1801]-1806.

Deux volumes grand in-folio (530 x 340 mm), non rognés. 1/2 veau maroquiné cerise ; dos ornés de grands fers "à l'oiseau", dessinés par Bozérian Aîné. Reliures du temps, attribuables à l'atelier de Bozérian Aîné. (Rousseurs éparses. Mors du premier plat du tome II légèrement fendillé en queue, sur 10 cm environ. Défaut à mi-hauteur sur la coupe de gouttière du tome II ; coupes et coins frottés).
Tome I : (2 feuillets), 158 pages, II pages. 56 planches protégées par des serpentes de Chine. (Les planches 5 et 54 sont avant la lettre. La planche 14 est numérotée 16 par erreur. Les planches 20 et 21 sont dépliantes.)
Tome II : (2 feuillets), 133 pages, II pages, 58 planches numérotées 57, protégées par des serpentes de Chine. (Une planche désignée par la lettre A est placée entre les planches 37 et 38).
Texte et planches imprimés sur papier vélin.

Exemplaire du tirage de luxe, de format grand in-folio, dans sa reliure éditeur.

Après l'immense succès de ses deux récits de Voyages dans l'Intérieur de l'Afrique par le Cap de Bonne Espérance, édités à Paris pendant la Révolution, plusieurs fois réimprimés, et traduits dans la plupart des langues de l'Europe, François Levaillant entreprend de superbes publications à petit nombre sur les oiseaux d'Afrique, de l'Amérique et des Indes ; et deux somptueuses monographies sur les perroquets et les oiseaux de Paradis, l’une et l’autre illustrées par Jacques Barraband.

Son Histoire Naturelle des Oiseaux de Paradis, dans laquelle sont représentés et précisément décrits "les plus étranges et les plus beaux oiseaux du monde" (Ronsil, note 1), appartient aux plus somptueux ouvrages d’ornithologie.

Encouragé par le succès de ses ouvrages précédents - et bénéficiant peut-être, comme le présument certains auteurs anglo-saxons (Sitwell, note 2) de commandes de l’Empereur - Levaillant ne daigne pas lancer une souscription, tout en faisant appel à Jacques Barraband, considéré comme le meilleur peintre d’oiseaux du temps, aux graveurs renommés Perée et Grémillet, et à Langlois et Rousset, maîtres de l’impression en couleurs, dite « à la poupée ». Imprimées en plusieurs couleurs par un seul passage de la plaque de cuivre enduite de peintures à l’huile, les 114 planches sont ensuite finement rehaussées à la main par les plus habiles coloristes de Paris.

Chaque planche est accompagnée de plusieurs pages de texte.

Levaillant décrit par le détail les coloris et les caractéristiques des oiseaux représentés, précise leur provenance géographique, et indique les cabinets européens, en majorité français et hollandais, où en sont conservés des specimens. Il explique que « les mauvaises préparations de leurs dépouilles » (Introduction, page 2) ont induit en erreur les « ornithologues modernes » ; et reproche à maintes reprises à Buffon d’avoir décrit des sujets reconstitués à partir d’éléments de specimens d’espèces différentes. Il refuse la nomenclature de Linné, et donne des noms français aux oiseaux qu’il étudie.

François Levaillant (Paramaribo 1753-La Noue 1824) est né au Surinam, ou Guyane Hollandaise, alors possession de la Compagnie Néerlandaises des Indes Occidentales, où son père était consul de France.

Après une enfance marquée par d’aventureuses excursions dans la forêt guyanaise, il rentre en France, et rencontre à Metz, berceau de sa famille, un disciple de Jussieu, Jean-Baptiste Bécoeur (1718-1777), apothicaire et détenteur d’une des plus grandes collections françaises d’oiseaux, naturalisés par une méthode de son invention, à base d’arsenic, qui améliore très notablement leur conservation .

Il étudie l’ornithologie à Paris, avant de partir pour l’Afrique du Sud en 1781, voyage commandité par Jacob Temminck (1748-1822), trésorier de la Compagnie Néerlandaises des Indes Orientales, et richissime collectionneur d’oiseaux et d’objets de curiosité.

Il rapporte de trois longs séjours passés au sein même des tribus Hottentotes de la région du Cap, entre 1781 et 1785, non seulement de passionnants récits de voyage, où se mêlent remarques géographiques, naturalistes, ornithologiques et ethnographiques, toutes empreintes de rousseauisme (Rousseau, note 3), mais encore un très grand nombre de specimens rares d’oiseaux et d’animaux divers naturalisés, qu’il collectionne, tout en en faisant le commerce. Une partie -environ 2000 oiseaux - est vendue à Jacob Temminck ; une autre est cédée au Museum d’Histoire Naturelle de Paris, non sans difficultés : Levaillant reçoit en règlement un certain nombre d’ouvrages en double du Museum et doit ajouter à la transaction la méthode secrète du « savon d’arsenic » de Bécoeur, dont il est le seul détenteur. Cette méthode restera en usage jusqu’au milieu du XXème siècle.

Peut-être déçu de ne pas être nommé directeur du Museum d’Histoire Naturelle de Paris, s’étant mis à dos la plupart des naturalistes français qu’il critique avec constance, Levaillant souffre de ne pas être reconnu à sa juste valeur.

Réputé excellent homme d’affaires (Balis, note 4), il n’en préfère pas moins la société hottentote aux salons parisiens. Il se retire dans un village de la Marne, et, pour expliquer les visites de savants étrangers, il raconte aux villageois qu’il a épousé la fille du Roi du Surinam.

Il faut attendre la fin du XXème siècle pour qu’on le considère comme le premier grand ornithologiste moderne, et le père de l’ornithologie africaine. (Anker, note 5)

Notes et références

Note 1). René Ronsil. L’Art français dans le Livre d’Oiseaux : « Même à cette époque où les superbes livres de toutes sortes étaient légion, celui-ci était considéré comme un des plus beaux ». (Page 38)

Note 2). Sacheverell Sitwel. Fine Bird Books. 1700-1900 : "After he had made himself Emperor, it was a part of Napoleon's deliberate policy to initiate a series of magnificent publications ... These were sent as presents to crowned heads men of science and learned bodies, in evidence of the splendours of the Empire... it is in this light that we shouldsee Redouté(s Les Liliacées... The works of Levaillant owe their sumptuous character to the same impetus". (Page 15)

Note 3) Rousseauiste pour le moins fervent, Levaillant prénomme l’un de ses fils non pas Jean-Jacques, mais Jean-Jacques-Rousseau.

Note 4) Jan Balis. Merveilleux plumages ; « Le sens des affaires que [Levaillant] révéla dans l’édition de luxueux livres d’oiseaux n’offre-t-il pas beaucoup d’analogies avec celui de Gould ? » (Page 125).

Note 5) Jean Anker: Bird Books and Bird Art : "The actual founder of African ornithological research was ... the Frenchman Français Levaillant". (Page 40 ; et n°304, page 157)
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