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L’universelle connaissance avant internet

Samedi 04 juillet 2020 à 07h

Cette semaine, Joël nous fait parvenir la photographie d’une suite de six ouvrages de la Revue encyclopédique. Me Philippe Rouillac, commissaire-priseur, nous donne son avis.

Le titre des livres de notre lecteur nous invite à remonter le temps et à replonger trois siècles en arrière en plein mouvement des Lumières. À la définition du mot « encyclopédie », de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d’Alembert, est précisé le but d’un tel ouvrage. Il vise à « rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre ; d’en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de le transmettre aux hommes qui viendront après nous ». L’ambition est claire. Les travaux des siècles passés ne doivent pas être inutiles pour les siècles à venir.

Pour autant, l’ambition française n’est pas si novatrice et révolutionnaire en ce milieu du XVIIIe siècle. Outre-Manche, une encyclopédie a déjà été rédigée à partir de 1728 par Ephraïm Chambers. Ainsi en France, il fût d’abord question que l’éditeur Le Breton traduise cette encyclopédie anglo-saxonne. Le travail débute dès 1745. Un volume de planches, un volume lexical et quatre volumes de textes de 1000 pages chacun sont prévus. Or l’éditeur se rend rapidement compte que la connaissance de l’humanité, au milieu du XVIIIe siècle, ne tient pas en quatre mille pages. Pour supporter les coûts du projet, Le Breton s’associe à d’autres éditeurs et introduit notamment dans la course, Diderot et son comparse d’Alembert. L’Histoire ne retient que ce célèbre duo, en raison notamment de l’écartement de la plupart des autres collaborateurs. Aussi et surtout, Diderot et d’Alembert dépassent la simple traduction. Ils justifient habilement ce changement, en considérant que l’Encyclopédie anglaise puise sa source dans les ouvrages français ! Finalement, la première édition sort en 1751. Pour les grands volumes in-folio – des ouvrages pour lesquels la feuille imprimée a été pliée une fois, donnant ainsi deux feuillets soit quatre pages – le coût final est de 980 livres. Soit aujourd’hui 11 050 euros…

Le XIXe siècle offre en revanche une démocratisation de la connaissance. Outre l’école rendue obligatoire en 1882 pour les enfants âgés de 6 à 13 ans, les entreprises éditoriales encyclopédiques se multiplient, à l’instar des six ouvrages de notre lecteur. Le coût de fabrication est effectivement réduit par la publication des images au sein d’un même ouvrage, la parution en très grande série et de reliures réalisées à bas coût. En revanche, le projet est tout autre que celui de la première encyclopédie française. Chaque année, un tome, divisé en trois grandes sections (arts, sciences morales et politiques, sciences pures et appliquées) est publié. Le but proposé est surtout d’introduire des illustrations à la différence de ce que proposait le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse. Cette revue devient « un musée universel sans cesse accru, où toutes les formes de la nature et de l’art, les productions les plus remarquables de l’industrie, seront l’objet d’une exposition permanente avec descriptions, explications et commentaires ».

Aujourd’hui la valeur de ces ouvrages est modeste. En l’espèce, nous pourrions les estimer entre 50 et 80 euros. Concurrence d’internet… Le mieux est de vous en séparer en contactant un bouquiniste. Mais un conseil : la Bibliothèque nationale de France ne publie pas en ligne les années 1896 et 1897. Peut-être ne dispose-t-elle pas de ces années ? Essayez dans tous les cas de les lui proposer !
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