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Les tapisseries FLAMANDES d’après Téniers, dites les Ténières
Historique | Matériaux et état | Bibliographie | Conditions de vente | Experts
Une Ténière est une
tapisserie dans le goût de David Téniers le Jeune (1610
– 1690) ou de son fils David Téniers III(1638 –
1685). Ces tapisseries connurent une grande faveur au XVIIIe siècle.
Les cartons de tapisseries inspirés de Téniers furent
créés par des peintres aussi célèbres
que Jan van Orley (1665 – 1735) ou Lambert de Hondt (actif
de 1679 à 1711).
Un rare ensemble de plusieurs panneaux
de tapisseries bruxelloises du XVIIIe siècle dans le goût
de Téniers a été vendu 80 000 € par Maître Philippe Rouillac,
le samedi 21 février 2004, au château de Reyville,
sur les lieux mêmes où pendant plus d’un siècle,
ces scènes villageoises prises sur le vif réjouirent
plusieurs générations, plaisantes évocations des
travaux de la campagne accompagnant les saisons.
Les scènes
présentées sont les suivantes :
La Pêche | Les
Jardiniers | Scène de vendange
| La Danse près de la fontaine | Le
Maréchal Ferrant
La Pêche
(Un panneau : H. 2,60 m x L. 2,03 m)

Il semblerait que l’étang
soit en train d’être vidé afin d’en «curer»
la vase. Une vanne a été ouverte et un filet récupère
les poissons qui suivent le courant. Certains poissons seront bientôt
mangés, d’autres remis plus tard dans l’étang,
mais en attendant, ils sont conservés dans des baquets d’eau
ou emmenés dans les tonneaux portés par un mulet.
Plusieurs personnages s’affairent au premier plan, tandis
qu’à l’arrière plan, on aperçoit
des pêcheurs dans l’étang avec de longues perches.
Ce sujet est très rare et seulement deux autres exemplaires
similaires sont connus à ce jour : la tapisserie conservée
dans les collections de la Couronne d’Angleterre, à
Holyroodhouse Palace, près d’Edimbourg. (catalogue
cité, n°11 d, p.43), intitulée The Fish market,
titre qui ne tient pas compte de l’activité de pêche),
et la tapisserie plus grande reproduite dans Marillier p.32, planche
40 a (op.cit.).
Si les kermesses, les bals de village,
les groupes de paysans buvant et jouant aux cartes dans des cours
d’auberge, les scènes de port, sont assez fréquents
dans l’œuvre de David Téniers II, le genre de
scène de la présente tapisseries est par contre
très rare. On notera cependant le tableau intitulé Scène
de pêche dans l’étang du château du catalogue
de l’exposition Téniers, N° 55 A, p.169, (op.cit).
Les
Jardiniers
(Deux panneaux : H. 2,60 m x L. 1,34 et
H. 2,60 m x 2,13m)

Cette jolie scène est non seulement une
évocation du travail des jardiniers mais aussi une allégorie
du Printemps. Le jeune homme portant un oranger (sur le panneau
de droite) est à rapprocher d’un tableau conservé
à la National Gallery de Londres (voir catalogue
Téniers, fig. 872-d The Four Seasons, p. 256)
Scène
de vendange
(Un panneau : H.2,60 m x L. 2,04m)

On aperçoit les vignes à
l’arrière plan. Au premier plan, un vendangeur fatigué
s’est assis, sa hotte sur le dos et se retourne vers une femme
qui lui tend un verre de vin. Un autre personnage semble endormi
à ses côtés. Sur la gauche de la composition,
au premier plan un homme martèle un tonneau, tandis qu’un
jeune enfant joue au cerceau (avec un cerclage de tonneau). Au second
plan, on aperçoit les vendangeurs vider leur hotte dans une
cuve, tandis que dans une autre cuve des hommes foulent déjà
le raisin.
La Danse
près de la fontaine
(3 panneaux : H. 2,60 m x 1,33 m –
H. 2,60 m x 2,13 m – H. 2,60 m x 1,20 m )

A droite du panneau central, un jeune couple danse, près
d’une fontaine de pierre dont l’eau s’écoule
par la bouche d’un dauphin dans un bassin de pierre. Une jeune
paysanne assise sur un mulet attend que sa monture ait fini de boire
dans ce bassin. A gauche, un couple est assis : l’homme
joue de la cornemuse et la femme tend la main vers son panier de
provision. Pour eux, c’est la halte près de la fontaine.
A l’arrière plan, des ruines et, à travers
les arbres, un château. Deux autres tapisseries sur le même
sujet sont reproduites dans les ouvrages suivants :
Catalogue de l’exposition d’Angers (op.cit.) –
N° 9 – p.31
Marillier (op.cit.) N° 19 p.36 et planche 33.
Le Maréchal
Ferrant
(Un panneau : H. 2,60 m x L. 2,03 m)

Le forgeron travaille, au second
plan de la tapisserie, devant la forge placée dans le creux
d’un grand rocher ; les flammes illuminent le fond de la scène.
A gauche, un groupe de plusieurs personnages dont deux parlent à
côté d’un enclume. Un autre personnage est assis
et semble un peu hébété par le vin. Une note
de douceur est apportée par la femme au premier plan qui
vide une bassine. A l’arrière plan à droite,
une petite cascade, un pont et un important château. Une tapisserie
similaire est reproduite dans Marillier (op.cit) p.32, planche 38a.
Historique
Les panneaux sont sans bordures ;
la signature de l’atelier de Urbain Leyniers figure sur trois
d’entre elles : "V. LEYNIERS", marque entre 1712
et 1734.
Leyniers : une des familles de tisserands
et de teinturiers les plus anciennes et les plus célèbres
de Bruxelles du XVIème à la seconde moitié
du XVIIIème siècle.
La célèbre liste des
ventes de la manufacture Leyniers tenue à jour de 1712 à
1734 permet de déduire que ces séries étaient
vendues dans toute l'Europe, tant aux nobles qu'aux bourgeois aisés.
Dans le troisième tiers du
XVIIIème siècle, les appartements devenant plus petits
et plus intimes, les grandes tentures jadis conçues pour
réchauffer les murs de pierre furent remplacés par
des petits panneaux tissés sans bordures afin d’être
placés dans des lambris. Les tapisseries n’étaient
plus les fresques mobiles du Nord des 16e et 17e siècles,
mais devenaient des éléments fixés dans un
cadre de boiserie qui remplaçait, tel un vrai cadre,
les bordures à l’imitation du cadre tissées
avec la tapisserie.
La tapisserie n’a plus du tout un rôle fonctionnel mais
imite complètement la peinture. Cette tendance amorcée
sous la direction de Jean Baptiste Oudry à la Manufacture
Royale des Gobelins qui voulait que les lissiers imitent parfaitement
la peinture trouve un prolongement dans cette façon d’utiliser
les panneaux de tapisserie.
Ces tapisseries bruxelloises du XVIIIéme
siècle ont été utilisées à Reyville,
comme des peintures, semblablement au grand salon de la duchesse
d'Enville au château de la Roche-guyon (1769, tenture de l'Histoire
d'Esther). Les tapisseries jouent exactement le rôle des peintures
de Fragonard puis de Vien qui ont décoré le pavillon
de Mme du Barry à Louveciennes, ou celui des tableaux de
la salle à manger du petit Trianon.
Plus tard, les panneaux de tapisserie
seront remplacés par des papiers peints.
Mais avec les panneaux du château
de Reyville, on réalise qu'en 1880 on redonne à la tapisserie une place
très importante dans la décoration intérieure
du château.
Le château de Reyville fut construit
en 1880, à Saint
Cyr en Val, près d'Orléans (Loiret). Vaste domaine boisé très
giboyeux, le château est de style néo classique, comme on
l'affectionne à l'époque.
Le "Petit Salon" fut donc construit et aménagé
autour de ces revêtements textiles muraux, dans des boiseries
de style Louis XVI - leur servant de cadre, comme écrin de
présentation.
Les tapisseries de Reyville sont à rapprocher de la suite
de Ténières toujours par Leyniers, conservée
au château de Cheverny (Loir et Cher) et à New York,
au Metropolitan Museum of Art.
Matériaux et état
Tissées en laine et soie (chaîne en laine – 7
à 8 fils de chaîne au cm - trame en laine et soie),
les panneaux de tapisseries sont dans l’ensemble dans un bon
état de conservation.
Les couleurs sont restées
vives ; un nettoyage leur redonnera tout leur éclat
initial. Quelques petits accidents et usures en particulier dans
les parties s’étant trouvées sous les baguettes.
Conditions de vente
Samedi 21 février 2004 à
15h, sur place au château de Reyville
Vente l'une après l'autre
- en l'état -, avec faculté de réunion.
Frais de vente : 15% HT soit 17,94%
TTC
Experts
Dominique Chevalier et Nicole de Pazzis-Chevalier
17, quai Voltaire – 75007 Paris
tél. 01 42 60 72 68 – fax 01 4286 99 06
Bibliographie et Références
- Anna Gray Bennett - Five centuries of tapestry
from the Fine Arts Museums of San Francisco 1992 - pp. 208
– 217
- Guy Delmarcel - 1999 – La Tapisserie
flamande - pp 352 –360
- Françoise Estienne – Les Ténières,
scènes de la vie villageoise d’après David
Téniers catalogue d’exposition - Angers 27 juin –
20 septembre 1987
- Margret Klinge - David Teniers the Younger -
Catalogue d’exposition, Anvers,11 Mai – 11 septembre
1991
- H.C Marillier – 1932 – Handbook to
the Teniers tapestries
Margaret Swain – 1988 – Tapestries and Textiles at
the Royal Palace of Holyroodhouse in the Royal Collection.
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