Connu surtout pour son travail de miniaturiste (nous avons tous
en mémoire la célèbre tabatière du duc de Choiseul aujourd'hui dans
une collection privée) Louis-Nicolas van Blarenberghe excella dans
les petits formats dont chaque collectionneur respectable se devait
d'avoir un exemplaire. Ses talents de peintre de batailles, moins
connus, sont tout aussi remarquables.
Louis-Nicolas van Blarenberghe est issu d'une lignée de peintres
lillois, dont l'activité des cinq membres les plus éminents couvre
la totalité du XVIIIème siècle, laissant selon les termes du professeur
François Pupil « un admirable et délectable album de la société
française d'Ancien Régime», (voir M. Maillet - Chassagne, op .
cit. supra, p. 8)
Les Blarenberghe trouvent leurs origines dans les Flandres. Selon
l'attestation des registres du XVIème siècle, à Lierre au sud-ouest
d'Anvers. A l'époque la région est dominée par les espagnols et
les nombreuses guerres provoquent une migration vers Bailleul où
nait en 1646, Hendrick, le premier à embrasser la carrière de peintre.
Il s'installe ensuite à Lille qui deviendra le berceau de cette
famille d'artistes francisés. Son fils Jacques-Guillaume y naît
ainsi que ses petits enfants Louis-Nicolas et Henri-Désiré.
Louis-Nicolas van Blarenberghe est né à Lille en 1716. De même que
son frère cadet Henri-Désiré, il suit l'enseignement de son père.
Peu d'oeuvres datant de ces débuts, dans les années 1735-1745, peuvent
lui être attribuées avec certitude.
La guerre de succession d'Autriche éclate en 1743, et de 1744 à
1748, de nombreux combats se déroulent dans la région de Lille,
sous le commandement du Maréchal de Saxe. C'est sans doute à cette
occasion que Louis-Nicolas acquière la technique dont il fait montre
dans ses ouvres d'inspiration militaire. C'est sans doute là également
qu'il entre en relation avec les familles aristocratiques proches
de la cour, tels les Choiseul, Richelieu, Ségur, qui deviendront
ses principaux commanditaires plus tard. C'est pour eux qu'il réalisera
ses plus belles miniatures ou projets de fêtes les plus célèbres.
Durant cette période, il travaille également pour de riches lillois.
En septembre 1751, sa présence à Versailles est attestée par la
réalisation de deux tableaux représentant l'incendie des Grandes
Écuries qui vient tout juste d'avoir lieu. Cependant, il demeurera
sans doute toujours à Paris.
De 1751 à 1768, n'ayant ni pension ni brevet, il vit uniquement
de ses commandes. Il travaille pour de nombreux familiers de la
cour dont le cardinal de Rohan. Sa notoriété dépasse bientôt le
cadre de la France et s'étend à toute l'Europe. En 1761, il réalise
pour le Tsar Pierre III de Russie, une tabatière montrant L'évolution
du Régiment de Holstein. En 1763, il peint deux vues de fêtes
pour la Marquise de Pompadour et en 1765, il est choisi par Cochin
qui remplit auprès du Marquis de Marigny les fonctions d'une sorte
de ministre des Beaux-Arts, pour immortaliser en trois gouaches,
l'érection de la statue de Louis XV à Reims. Ses ouvres seront gravées
par la suite.
Cette sorte de « reportage » lui vaut de recevoir une
commande de Catherine II de Russie, pour le même service. En 1769,
il se rend donc en Russie afin d'immortaliser le transport de la
statue dédiée à Pierre le Grand. Un tel voyage dans un pays aussi
éloigné que la Russie n'est cependant pas une chose rare à l'époque.
Ainsi Louis Tocqué ou bien Moreau le Jeune s'y sont rendus également.
Six miniatures représentant le château royal de Fredensberg, nous
laissent penser qu'en chemin, il s'est également arrêté au Danemark.
L'année 1769 marque un tournant important dans sa carrière. Grâce
à la protection du duc de Choiseul ministre de la Guerre, il reçoit
le titre de peintre de bataille. Il devient alors ce que nous pourrions
appeler aujourd'hui une sorte de grand reporter de guerre, suivant
les armées afin de réaliser des comptes-rendus précis et exacts.
Cependant depuis la fin de la guerre de Sept Ans en 1765, il y a
assez peu de batailles à immortaliser. Louis-Nicolas participe alors
à la décoration de la Grande Galerie de l'Hôtel des Affaires Étrangères
de Versailles. Son brevet de peintre de bataille lui est d'ailleurs
retiré en 1770, suite à la disgrâce de Choiseul. Cependant la bienveillance
de Madame Adélaïde, fille de Louis XV lui permet d'obtenir une autre
commande officielle, les vues du port de Brest, où il se rend accompagné
de son fils. En 1775 il reçoit le brevet de peintre des ports et
des côtes.
Un second brevet de peintre des batailles lui est accordé en 1778,
titre qu'il gardera jusqu'en 1792, ce qui lui vaudra une des plus
importantes commandes de sa carrière . En effet, à la demande
du roi Louis XVI, il peint vingt et un tableaux à la gloire de Louis
XV, ayant pour sujet la guerre de succession d'Autriche où la France
s'illustra. À cette commande, il nous faut ajouter celle des deux
tableaux représentant le Siège et la prise de Yorktown qui nous
intéressent.
En 1790, suite aux débuts de la Révolution, sa pension de peintre
de bataille est suspendue. Sur sa demande, le roi lui en accorde
une autre à partir de 1791. Malheureusement, les évènements dramatiques
de 1792 mettent définitivement fin à cette source de revenus. Il
meurt le 1er mai 1794 à Fontainebleau où il s'est réfugié
avec sa famille, qui prend soin de lui cacher, sur son lit de mort,
l'arrestation de certain de ses proches. Son fils Henri-Joseph,
peintre également, avait été très fortement lié à la famille royale.
Nommé maître de dessins des Enfants de France, il eut Madame Elisabeth
comme élève. Elle fut d'ailleurs la marraine d'une de ses filles.
Un membre de sa belle-famille participa à la fuite de Varennes,
et lui-même vécut les heures tragiques de la famille royale aux
Tuileries. En 1794, Henri-Joseph retourne à Lille, berceau de la
famille, où jusqu'à sa mort il se consacre à l'enseignement. Si
nous avions à définir les van Blarenberghe nous pourrions dire qu'il
s'agit là avant tout de l'histoire d'une famille, dont les membres
sont indissociables les uns des autres s'inscrivant dans une longue
continuité, mais aussi celle de la fidélité que ce soit à la profession
de peintre, à l'amitié, à la famille royale et à une région d'origine.