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Plan de New-York et de ses environs en 1781

[ROCHAMBEAU, Jean-Baptiste Donatien, de Vimeur comte de].États-Unis - Plan de New-York et de ses environs, 1781.



Direction attribuée à Louis Alexandre BERTHIER (1753-1815).
« Position du camp de l'armée combinée à Philipsburg du 6 juillet au 19 août ». [juillet1781].

Rare plan manuscrit, dessiné à la plume et à l’encre avec rehauts aquarellés, sur un fin papier ocre filigrané, non daté et non signé en 14 sections montées sur toile et pliées.

Figurant la position de l’armée franco-américaine, établie autour de Philipsburg et de Weschester, assiégeant la ville de New York et des fortifications avoisinantes occupées par l’armée britannique, du 6 juillet au 19 août 1781. Les lieux représentés vont des zones de Tarrytown à Staten Island, à la ville de New York, ainsi que les colonies denses de la pointe sud de l'île de Manhattan et sur la rive opposée de l'East River à Brooklyn. Y sont reproduits les détails militaires: camps américains et français, la position des grenadiers et des chasseurs, la légion de Lauzun, les divers corps de troupes volontaires américaines, les quartiers généraux du général Washington et celui du général Rochambeau, l’hôpital français, les forts, ouvrages, redoutes, blockhouses et batteries, avec une légende manuscrite qui indique qu’au total l’armée combinée est composée de 9.000 hommes dont 4.000 américains et 5.000 français ; et des éléments géographiques et topographiques : villes, maisons, routes, rivières, ponts et relief. L'échelle est fournie en toises (1 cm = 500 toises). Légendes en français et en américain.

Deux notes manuscrites en bas à droite : «Nota : Les deux ouvrages B et C commandent très supérieurement la côté du continent. » « Nota : Les Américains occupent dans leur camp un front beaucoup plus grand que les Français parce qu’ils sont campés sur deux rangs de tente dans lesquelles il n’y a que 4 hommes et que les Français sont sur huit rangs et qu’ils ont 8 à 10 hommes dans chaque tente. »

Au dos,inscriptions à l’encre « Plan des environs de New York (manuscrit) – Position du camp de l'armée combinée à Philippsburg du 6 juillet au 19 août – double » et mention manuscrite en haut à droite « IK 401 » [cote de classement de la bibliothèque de la famille de Vimeur de Rochambeau].
Haut. 48 Larg. 103 cm.

Traces de plis, froissures, quelques manques dont dans la partie centrale.

CERTIFICAT DE SORTIE DU TERRITOIRE FRANÇAIS

Provenance :

  • Jean-Baptiste de Vimeur, comte de Rochambeau (1725-1807).
  • Par descendance, dans la même famille.

Autres plans en relation :

  • Library of Congres, Washington : une version plus définitive et aquarellée attribuée à Louis Alexandre Berthier, aide de camp du comte de Rochambeau et ingénieur militaire, est conservé dans la collection Rochambeau (gm71000986).
Une version plus définitive de ce plan peint à l’aquarelle est conservée à la bibliothèque du Congrès à Washington. Elle serait attribuée à Louis Alexandre Berthier, aide de camp du comte de Rochambeau et ingénieur militaire. En comparant les deux plans, l’exemplaire que nous présentons à la vente est de dimension plus importante (48 x 103 cm ; 39 x 94 cm pour celle de Washington) et est beaucoup plus précis. On y distingue plus de détails militaires et plus de reliefs. Il est également à souligner qu’une correction a été apportée au plan primitif dans la partie centrale inférieure, au niveau de « Frog’s Point ». Ce lieu a été rajouté au moyen d’un raccord recollé qui n’apparaît pas sur le plan définitif.
  • Princeton University Library, Princeton : un relevé du « Camp de Philipsburg » est conservé dans la collection Berthier (Portfolio IX, Packet 21-14).
  • Historical Society of Pennsylvania, Philadephia : un relevé du « Logement du quartier général » est conservé dans le journal du baron de Cromot du Bourg (Am .6360 v.2).

Les auteurs de ce plan


Il est difficile d’attribuer un auteur unique à ce relevé cartographique. Nous constatons plusieurs écritures manuscrites différentes au niveau des légendes, ce qui indique un travail collectif à plusieurs mains. Les institutions publiques américaines conservent d’autres plans du camp de Philippsburgh, notamment celui dessiné par Berthier ou encore celui qui illustre le journal du baron de Cromot.

La bibliothèque de l’université de Princeton (New-Jersey) conserve le journal de campagne de Berthier illustré de nombreux plans dessinés de sa main, dont celui du camp de Phillipsburg. Il est d’ailleurs fort probable que Louis-Alexandre Berthier, aide de camp du général de Rochambeau, ait pris part à l’élaboration du plan de New-York. Rappelons que quelques mois auparavant durant la longue attente à Rhode-Island, les frères Berthier décidèrent d’occuper leur temps à dresser une autre carte de cet état, estimant que celle que disposait leur général en chef était imprécise et incomplète. Ce travail leur prit trois mois. Rochambeau la trouva tellement magistrale qu’il leur ordonna d’en faire une copie dessinée au roi. Pour les récompenser, Rochambeau releva louis-Alexandre Berthier de son poste, le promut aide maréchal général des logis et l’affecta à son état major comme aide de camp.

Berthier relate dans son journal : « Le 6 juillet l’armée française se mit en marche sur une seule colonne pour aller se joindre à l’armée américaine (…) le camp était à Phillipsburg, sur un terrain élevé dominant tout le pays, la droite composée de l’armée américaine (…) le centre par le parc d’artillerie américain, et la gauche par l’armée française (…) l’infanterie légère et les dragons américains occupaient depuis la droite de la ligne jusqu’à la rivière du nord à Dobb’s ferry où on établit une batterie de 4 pièces de 12. Les hauteurs de la gauche étaient occupées par les grenadiers et chasseurs de l’armée française, la légion de Lauzun et un corps américain du colonel Watterbury ; toutes les pièces de campagne étaient braquées en avant du camp sur tous les points ou débouchés. (…) Cette position à 12 miles de Kingsbridge a trois grands débouchés pour s’y porter, un le llong de la rivière du nord, un autre au centre du camp et un à la gauche. En cas de retraite il y a aussi trois grandes routes (…) Toutes les communications étaient en mauvais état et nous avons été employé à les faire réparer tant en avant qu’en arrière.

Le quartier général était établi dans les maisons en arrière du camp, fort éloignées les unes des autres (…)

Tout le pays annonce l’horreur de la guerre, les habitants que l’on y trouve sont en correspondance avec les Anglais et pillés par les partis américains. (…) On rencontre de très belles habitations, abandonnées à moitié détruites ou brûlées. Des vergers, jardins remplis de fruits sans cultivateur, et les chemins plein d’herbes de deux pieds de hauteur. Il n’y a que les bords du Sund qui soit moins dévasté, leurs habitants étant des deux partis suivant les circonstances.

Je quitte un instant les images destructrices de la guerre pour te promener dans un camp d’état-major, célèbre pour la visite que nous avons reçue du général Washington.

Je t’ai dit que le quartier était très dispersé et la maison destinée à M. le comte de Lameth, Dumas et moi étant à 3 miles du maréchal des logis, nous résolumes pour être plus apporté de recevoir les ordres de notre général de camper près de sa maison (…) Le général Washington ayant diner chez le maréchal général des logis vint si promener. Lorsqu’il entra une musique militaire placée et peu éloignée joua des marches jusqu’au moment qu’il sortit, en passant devant nos tentes il regarda sur les tables qu’elles étaient nos occupations : sur celle de Dumas était l’évacuation de Boston, la reddition de l’armée du général Burgoigne ; sur celle du chevalier de Lameth, l’affaire de Trenton et Princetown, évacuation de Philadelphie ; sur la mienne débarquement de l’armée française en Amérique, sa position à Rhode-Island, sa jonction à l’armée américaine sous les ordres du général Washington avec tous les plans relatifs. Il parut malgré sa modestie voir avec plaisir tout l’événement heureux et agréable de la guerre rassemblée… »