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Pendule cage à oiseaux chanteur

Tout sur un Plateau, TV Tours, 5 mai 2011


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PENDULE-CAGE A OISEAUX CHANTEURS

Une somptueuse pendule-cage en bronze et laiton doré



Pendule-cage à oiseaux chanteurs de 54 cm de hauteur, et 30 cm de large, en bronze et en laiton, dorée à l’or mat et brillant.

Elle est constituée d’une base carrée à pans coupés renfermant son mécanisme, surmontée par un corps et un dôme grillagés renfermant deux oiseaux automates.

La cage présente un décor où les éléments naturalistes se juxtaposent à un vocabulaire emprunté à l’art classique. Cette confrontation est l’une des caractéristiques du style « Louis XVI ».

La base octogonale de la cage est ornée de pilastres soulignant chacun de ses angles. Chaque côté présente un médaillon ovale en émail peint à la main : la même scène bucolique y est répétée, un jeune homme jouant de la cornemuse à une jeune fille, tour à tour blonde ou brune.

Le cartouche émaillé est entouré par une frise de feuilles de laurier et encadré par deux gerbes de fleurs en bronze.

Les angles sont quant à eux ornés de trophées d’armes composés d’un bouclier portant une étoile, d’une épée et d’un sabre ainsi que de feuilles de laurier.

La cage en elle-même est ornée de fines colonnettes reposant sur les pilastres de la base et recevant le dôme grillagé. Elles sont toutes surmontées de vases.

Le travail de découpe des pans de la cage est remarquable. Les fins barreaux laissent place à de fines plaques de laiton ciselées et gravées offrant un décor de rinceaux en partie supérieure et de colonnettes.

Cette somptueuse cage accueille deux oiseaux chanteurs, parés de plumes véritables perchés sur deux globes, entourant une double fontaine réalisée en bronze et en verre de Venise soufflé et torsadé.

La cage peut être suspendue et dévoile le cadran de l’horloge. Celle-ci indique les heures en chiffre romain et les minutes en chiffre arabe : les aiguilles des heures et des minutes sont simples et portent uniquement un décor de flammèches, la trotteuse se termine quant à elle par un quartier de lune. Le cadran présentait également une « équation du temps » indiquant l’avance ou le retard par rapport au soleil. L’aiguille a disparu. Le pourtour du cadran est décoré de végétaux et par un rang de perles.

Enfin, la cage peut reposer sur quatre pieds représentant des pattes d’oiseaux agrippés à des boules.

Le mécanisme de l’horloge, renfermé dans la base de la cage, se déclenche chaque heure : l’orgue se met en marche laissant s’échapper le chant des oiseaux, la pendule joue cinq morceaux différents. Les oiseaux ouvrent leur bec et agitent leurs ailes tout en tournant sur eux-mêmes. Les jets d’eaux de la fontaine sont simulés par la rotation de chaque tube de verre filé.

Le chant des oiseaux est produit par une serinette placée dans le coffret, dont les notes sont produites par un cylindre à picots actionné par un ressort (jeu d’orgue à onze flûtes).

Le mécanisme peut être déclenché à la demande, en actionnant un cordon.

L’horloge se remonte par une ouverture dissimulée derrière l’un des médaillons en émail.

Cette pendule-cage est un objet d’exception, comme en témoigne la qualité de sa conception et la sophistication des mouvements des oiseaux et de la fontaine. Elle s’inscrit sans aucun doute dans la tradition des automates qui fleurissent au XVIIIe siècle. Néanmoins, le goût pour les oiseaux chanteurs est répandu depuis l’époque antique.

La mode des oiseaux chanteurs


Les premiers oiseaux mécaniques naissent durant l’Antiquité : Philon de Byzance (IIIe siècle av. J.-C.), puis Héron d’Alexandrie (Ier siècle ap. J.-C.) réalisent des oiseaux chantant fonctionnant grâce à la vapeur d’eau et à la pression de l’air. L’évêque Linbrand, qui fait le récit de son voyage à Byzance en 949, décrit cette scène : «[…]devant le trône du " Basileus" s’élevait un arbre en bronze doré dont les branches étaient Machine pour imiter le son du coucou, d’après Salomon de Caus peuplées d’oiseaux de même matière qui poussaient différents cris, chacun selon son espèce ».

Le goût pour ces oiseaux perdure jusqu’à la Renaissance. Au XVIIe siècle, Salomon de Caus (1576-1626) perfectionne leur fonctionnement en y ajoutant le cylindre à chevilles présent dans ses orgues mécaniques.

Si l’homme a toujours tenté d’imiter la nature, le chant des oiseaux semble particulièrement le fasciner. Ainsi, le roi Louis XI possède déjà près de 800 oiseaux dont 330 serins. Cet engouement pour les oiseaux se perpétue jusqu’au XVIIIe siècle où il connaît son apogée. Le dressage des oiseaux nécessite de nombreuses répétitions des airs qu’ils doivent assimiler et donc beaucoup de patience. Aussi, l’invention de la serinette dans les années 1750 soulage les dresseurs : cette miniaturisation du système de l’orgue mécanique joue jusqu’à neuf airs différents.

La serinette prit rapidement place au cœur de mécanismes de plus en plus petits et perfectionnés réalisés par les horlogers automatistes pour faire chanter les automates. Ces oiseaux mécaniques supplantent bientôt leurs modèles vivants à l’instar du rossignol du conte d’Andersen.

Ils vont gagner tabatières, flacons de parfum et de nombreux autres objets de curiosité.

Si au XVIIIe siècle, de nombreux horlogers réalisent ce type d’objets, la production de la maison Jaquet-Droz reste la plus importante, tant en termes de quantité que de qualité.

La famille Jaquet-Droz : un savoir-faire sans frontière


Pierre Jaquet-Droz (1721-1790) naît à la Chaux-de-Fonds (Suisse) dans une famille d’horlogers-paysans. Ce n’est pourtant qu’après des études de philosophie et de théologie qu’il se consacre à l’horlogerie, domaine dans lequel il excelle. Son talent
pour la mécanique de précision le conduit à la réalisation d’automates, notamment des androïdes qui le feront connaître à travers le monde. Il est secondé par son fils, Henri Louis (1752-1791).

Leurs automates, oiseaux chanteurs ou androïdes, sont particulièrement appréciés au sein des cours européennes, J.S. Chardin, La Serinette, 1751 Paris, Musée du Louvre Henri-Louis Jaquet-Droz, La Musicienne, 1768-1774, Neûchatel, Musée d’Art et d’Histoire notamment celle d’Espagne, mais aussi par les cours d’Orient, à Constantinople et à Pékin. Chacune de leur production répond à une commande particulière et est parfaitement exécutée. La complexité de leur réalisation, ainsi que les commandes de plus en plus nombreuses nécessitent la multiplication des intervenants. C’est pourquoi le terme de « famille Jaquet-Droz est à prendre au sens large, puisqu’ils accordent leur confiance et leur respect tant à leur ami Leschot qu’à leur associé Maillardet et à d’autres mains habiles.

Le prestige des œuvres est tel qu’une succursale est ouverte à Londres en 1773, ville réputée pour son savoir-faire horloger. De plus, grâce au concours de James Cox, des relations commerciales sont établies avec le Moyen Orient et également la Chine. La maison Jaquet-Droz devient ainsi une entreprise internationale.

Les pièces produites par Jaquet-Droz sont nombreuses, notamment les pendules-cages. Elles ne sont pas systématiquement signées mais présentent des caractéristiques communes qui permettent de les attribuer à cet atelier.

Les pendules cages : du British Museum à la Cité interdite


Les pendules-cages réalisées par les Jacquet-Droz présentent généralement la même forme octogonale et utilisent le même vocabulaire décoratif que notre modèle. On retrouve de manière presque systématique les pilastres, les colonnettes surmontées de vases, le laiton ouvragé pour les barreaux de la cage, les rangs de perles, et les pieds en forme de pattes d’oiseaux enserrant une boule.

Certaines ont également en commun ce médaillon d’émail peint où figurent des scènes bucoliques. Nous pouvons d’ailleurs constater la similitude entre des gerbes de fleurs qui encadrent le médaillon avec celles de deux autres pendules cages appartenant à des collectionneurs particuliers. Cela semble témoigner de l’utilisation d’un même moule pour ce détail.

Huit pendules cages seulement sont conservées dans des collections publiques à travers le monde, et notamment : au musée des Arts et Métiers de Paris et au musée des Arts Décoratifs de Lyon, au British Museum (Londres, Royaume-Uni), au Musée du Château des Monts (Le Locle, Suisse), dans la collection Reuge (La Chaux-de-Fonds, Suisse), au Palais Royal de San Lorenze de El Escorial (Madrid, Espagne) et au Pavillon des Montres et Horloges de la Cité Interdite (Pékin, Chine).

De rares autres pendules-cages ont été publiées dans des revues d’Arts décoratifs ou ont été présentées en ventes publiques (Drouot, Christie’s, Antiquorum).

Les caractéristiques stylistiques et techniques de cette pendule-cage permettent de l’attribuer à la maison Jaquet-Droz. Elle témoigne de l’importance de la production de ce type d’objet dans les années 1780.

Provenance : collection de Noailles


La tradition familiale veut que cette pendule ait appartenu à Anne Claude Louise d’Arpajon (1729-1794), épouse du comte Philippe de Noailles, duc de Mouchy, prince de Poix, Grand d’Espagne et Maréchal de France (1714-1794). Le comte Philippe de Noailles tant distingué s’est sur le champ de batailles de Fontenoy qu’à la Cour, puisqu’il fut gouverneur de Versailles et de Marly. La comtesse Anne de Noailles, son épouse, est nommé dame d’honneur de la Dauphine Marie-Antoinette en 1770, puis première dame d’honneur de la Reine en 1774. La jeune reine surnomme « Madame Étiquette » celle qu’elle voit comme une « gouvernante » trop rigide. La comtesse de Noailles quitte Versailles pour Mouchy en 1775, après que la Princesse de Lamballe ait été nommée surintendante de la maison de la Reine. Philippe de Noailles est arrêté avec la famille royale au Tuileries en 1792. Il est guillotiné deux ans plus tard en compagnie de son épouse.

La provenance de la pendule a été précisée par Yvonne de Brémond d'Ars, auprès de laquelle cet objet fut acquis par une importante famille de Touraine, en 1967. Bien que ce fait n’ait pu être confirmé par l’examen du fonds Noailles aux Archives Nationales, rien ne vient contredire une telle tradition. Quelques décennies plus tôt à Versailles, Madame de Pompadour possédait un objet semblable, décrit par le prince de Crouy en 1754. De même, Marie-Antoinette fut l’une des plus célèbres clientes des Jaquet-Droz, dont la présentation d’un automate dessinant le couple royale à Versailles en 1775 avait frappé les esprits.

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Dossier préparé avec la collaboration de


Emmanuelle Buteau, Gilberte Chouffot, Violaine Monmarché
Étudiantes en master à l’Université François Rabelais, Tours

Pendule cage restaurée par


Claude Mazanec
Maître Horloger, Blois

3 mai - Présentation de la pendule restaurée

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17 février 2011 - Découverte de la pendule démontée

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