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Pauline Desmarquêts AUZOU (Paris, 1775 - Paris, 1835), Monsieur Picard et sa famille



Pauline Desmarquêts AUZOU (Paris, 1775 - Paris, 1835)
Monsieur Picard et sa famille.

Toile signée et datée 1807. Inscription sur la lettre "Nous n'offrons que ses traits et tu nous rends son cœur".

95 x 114 cm.

Beau cadre doré ancien à palmettes.

Exposition :
- Salon de 1808, Paris.

Provenance :
- Conservée dans la famille Picard depuis l'origine, transmis par Madame Blache, née Guersant : le bébé dans les bras de sa maman.
- Collection particulière, vallée de l'Eure.

Bibliographie :
- Vivian Penney Cameron, "Portrait of a musician by Pauline Auzou", The Currier Gallery of Art, Bulletin n°2, Machester, 1974, oeuvre reproduite page 9.
- Charles Gabet, "Dictionnaire des Artistes", chez Madame Vergné, libraire à Paris, 1831.

Peintre de genre et de portrait, Pauline Auzou, née Desmarquets, expose au salon sans discontinuer, de 1793 jusqu'en 1820. Elle y obtient, en 1806, une médaille de première classe pour le portrait de Picard l'Ainé, cité ici au centre de la toile. Élève de Regnault, elle anime, plus de vingt ans, un atelier de jeunes personnes et publie "Têtes d'études" chez Didot à Paris. Ses toiles ont été conservées dans la galerie de la duchesse de Berry. Cameron lui consacre un long article, étudiant notamment en détail notre tableau, à l'occasion de l'acquisition d'un "Portrait de musicien" par la Currier Gallery of Art de Manchester. C'est en effet avec notre toile qu'elle est remarquée par l'entourage des Bonaparte qui lui commande deux œuvres où figure la seconde épouse de l'Empereur. "L'Arrivée de S.M. l'Impératrice, dans la galerie du château de Compiègne" (salon de 1810) et "S.M. l'Impératrice, avant son mariage" (1812), aujourd'hui conservées au Musée National du Château de Versailles.

Ce portrait de famille réunit symboliquement trois générations autour du dramaturge Louis-Benoit Picard (1769-1828). Comédien, poète, romancier, puis auteur dramatique, Picard est élu en 1807 à l'Académie Française où il est reçu par Bernardin de Saint-Pierre. Il dirige alors l'Académie impériale (puis royale) de musique avant de prendre la tête de l'Odéon, de 1816 à 1821. S'il est représenté en pied, debout, sur la façade arrière de l'Hôtel de Ville de Paris, on le trouve ici alité, en homme de lettres avec une table d'accouchée posée à ses pieds et une écritoire en acajou comme celle du Marat assassiné, de David. Des manuscrits de travail, un livre relié en cours de lecture, une plume, de l'encre et une tabatière composent l'immédiat du dramaturge. Assise contre lui, à l'extrême droite, se tient son épouse Victoria de Longchamps. De l'autre côté, à gauche, sa sœur, Adèle Picard, et son frère Latour Picard. Ils lui offrent, avec leur autre sœur, Madame Guersant, de l'autre côté, le portrait de leur père, par Pauline Auzou. Ce portrait de "Monsieur Picard Ainé, ancien avocat et parlementaire" a valu au salon de 1806 une médaille d'honneur au peintre. L'enfant en veste rouge, neveu de Picard, légende cette scène d'un compliment : "Nous n'offrons que ses Traits et tu nous rends son Cœur". Cet enfant est le futur médecin Paul Louis Benoît Guersant (1800-1869), frère du bébé debout sur le lit, Madame Blache, par la descendance de laquelle ce tableau a été conservé. Madame Guersant, sœur de Louis-Benoit Picard, en robe bleue et hermine, tient d'un côté sa fille dans les bras et de l'autre le portrait de son père. Son mari pose sur son épaule une main protectrice. Il s'agit du docteur Louis-Benoit Guersant (1777-1848), qui se fit connaitre par ses travaux sur les maladies de l'enfance. En 1813, il vint à bout d'une épidémie de typhus qui tuait des enfants par centaines en Bourgogne. Sous la Monarchie de Juillet il est le médecin des enfants royaux. La belle sœur de Picard, épouse de Latour Picard, est assise à l'extrême gauche en robe noire et châle rouge. Les murs sombres et vides mettent en valeur chacun des personnages. La petite cheminée en marbre à gauche, le tapis à alvéoles vert en bas, et le montant du lit en acajou surmonté d'une figure féminine en ébène marquent un intérieur raffiné et discret. La composition rayonne autour du portrait de Picard l'ainé, mais les regards joyeux sont tournés vers celui à qui en est fait le présent, jour de sa fête, à la Saint-Louis. Pauline Auzou immortalise brillamment la réception d'une de ses toiles dans la confiance et l'intimité de la famille commanditaire, mêlant scène de genre et art du portrait.