TOURS - VENDÔME - PARIS
COMMISSAIRES - PRISEURS
EXPERT PRÈS LA COUR D'APPEL
"QUE VALENT VOS TRÉSORS ?" DANS LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE
Chaque samedi dans la Nouvelle République du Loir-et-Cher Philippe et Aymeric ROUILLAC, commissaires-priseurs à Vendôme, expertisent gratuitement des objets envoyés par des lecteurs à la rédaction du journal.

Retrouvez ici les archives de la rubrique "Que valent vos Trésors ?" :


29/01/2011
ATTENTION AUX COURANTS D'AIR
Cette semaine, une lectrice nous envoie la photographie d’une « table de nuit en noyer ». Ce charmant petit meuble repose sur quatre pieds cambrés et ouvre par trois tiroirs dotés de prises en laiton, en forme de boutons. Le noyer est une essence de bois de nos régions, utilisée pour des meubles courants, tels cette petite table. Le plateau est chantourné, c’est-à-dire découpé en arrondi, et dispose sur trois côtés d’un petit rebord. Bien qu’il s’agisse d’un travail rustique, sans marqueterie, le meuble est de belle facture. La photo supplémentaire montrant le revers d’un tiroir permet de voir la façon dont le bois a été travaillé : les nombreuses traces de scies se croisant indiquent un travail à la main, et non à la machine, donc antérieur au milieu du XIX ème. Les pieds cambrés et le plateau chantourné rappellent le style Louis XV, apparu vers 1730. Ce petit meuble a donc probablement été réalisé dans le deuxième tiers du XVIII ème.

Quant à sa fonction, il ne s’agit pas d’une table de nuit. En effet, un chevet doit disposer à cette époque d’un compartiment suffisamment grand pour y ranger le « vase de nuit », autrement dit le pot de chambre… Roubo, auteur en 1770 d’un ouvrage intitulé « L’art du Menuisier », appelle « chiffonnières »des « espèces de petites commodes ou, pour mieux dire, de petites tables à l’usage des dames, dont elles se servent lorsqu’elles travaillent soit à coudre, soit à broder. Elles comportent deux ou trois tiroirs ». Notre meuble, correspondant bien à ce descriptif, est donc une chiffonnière.

Mais si ce meuble est usuel, ila la particularité de présenter un élément supplémentaire qui fait toute son originalité : le petit écran coulissant à l’arrière. Rappelons-nous qu’au XVIIIème siècle, les intérieurs sont chauffés par des cheminées et éclairés par des bougies. Disposé sur un bureau, l’écran permet de protéger le visage contrela chaleur du foyer, comme le montre une table à écrire conservée au Musée des Beaux-Arts de Tours. Installé sur un meuble tel que le nôtre, il sert à protéger une bougie des courants d’air… Un examen de visu serait nécessaire afin de vérifier si des éléments n’ont pas été restaurés. Le plateau supérieur,plus exposé aux taches, aux brûlures et à l’usure, est ainsi fréquemment remplacé au cours du temps. Quoiqu’il en soit, ce meuble pourrait trouver preneur en vente aux enchères autour de 600 à 800 €. Il est en bel état et son écran est incontestablement une plus-value.

Notons que le Musée Cognacq-Jay,à Paris, conserve un tableau peint vers 1780 par le peintre suédois Niklas Lawreince, dans lequel apparaît une chiffonnière à écran. Intitulé « La consolation de l’absence », il représente une jeune élégante assise sur une banquette et regardant sans doute le portrait miniature de l’aimé. À côté d’elle se trouve un meuble à tiroirs et écran qui n’est pas sans rappeler l’objet que nous étudions aujourd’hui. On imagine alors plus facilement comment la chiffonnière s’intégrait à un intérieur. Facilement déplaçable car de petite taille, une dame pouvait y placer ses menus ouvrages et pourquoi pas les lettres de son soupirant…
Rouillac
22/01/2011
LES FRISSONS DU GRAND ECRAN AVEC UNE CAMERA 8MM
Jean-Pierre L. de Mernous adresse les photos d’une caméra achetée en 1948. Il précise qu’elle est en état de fonctionnement et que les derniers films ont été réalisés en 1970. Il souhaite « obtenir d’autres renseignements : date de fabrication,constructeur, valeur, etc. » Maître Philippe Rouillac, commissaire-priseur répond aux questions de ce lecteur.

Longtemps avant que l’on puisse téléphoner, photographier, filmer ou échanger du courrier avec un appareil impossible à retrouver au fond de son sac, la caméra qui nous est présentée a fait l’effet d’une véritable révolution technologique. On sait que les frères Lumière organisent une projection publique « d’images animées » pour la première fois en 1895. Peut-être avez-vous vu le sketch de « L’arroseur arrosé » ? À un rythme de 24 images par seconde, on voit un homme,arrosant ses plantations, regarder l’embout de son tuyau dont un farceur a coupé le débit. L’eau sort brusquement et arrose le malheureux jardinier… qui se venge à son tour ! Le cinématographe était né et avec lui une succession d’innovations toujours plus folles…

En 1932 la firme américaine KODAK crée les premières pellicules pour amateurs. Elles mesurent deux fois 8 millimètres de large, d’où le nom de 8 mm. Si vous utilisiez les deux côtés d’une bobine de 7,5 mètresde long vous obteniez environ 3 minutes de film. Mais attention : il fallait retourner la bobine dans le noir pour éviter que la lumière ne brûle les précieuses images enregistrées.Puis, le film pouvait être projeté sur un grand écran et apprécié entre amis ou en famille. L’arrivée du format Super 8 dans les années 1960 sonne la fin du 8mm.

Après la seconde guerre mondiale,le Suisse BOLEX fabrique les caméras les plus innovantes. En France, les objectifs de qualité sont produits par la maison BERTHIOT-CINOR, comme on le voit sur la caméra de notre lecteur. Celui-ci se souvient de son achat en 1948.C’est la période des grands débuts du 8 millimètres en Europe, après que les États-Unis d’Amérique aient imposé ce format dans le cadre du plan Marshall.Cette caméra dont on ne connait pas le fabricant est très sophistiquée pour l’époque. Des options permettent en effet le réglage de la date de la prise de vue, mais aussi de la situation : « Paysage », « Rapproché »,« Scènes de rue »… Vous remontez ensuite le ressort, qui entraine la bobine, et vous voilà parti pour une minute trente de frissons en noir et blanc !

Le dernier film qu’a tourné notre lecteur date des années 1970 ; indépendamment de son état, il y a peu de chance que cette caméra fonctionne à nouveau. Le marché de la collection n’est pas tellement développé pour ces caméras, dont l’estimation plafonne à quelque dizaines d’euros. Pour re-découvrir l’esprit pionnier de cette époque, vous pouvez vous connecter sur le site de la Cinémathèque française (www.cinematheque.fr/) qui est la mémoire du septième Art !
Rouillac
15/01/2011
A LA PÊCHE...OU COMMENT FAIRE SEMBLANT
Voilà ce que l’on appelle une garniture de cheminée, qui comme le canda-dry fait de l’effet mais n’est pas de l’alcool ! La matière n’est pas noble et ne valorise pas malheureusement l’ensemble.

Trois pièces composent cet ensemble de style du XVIIIème siècle : une paire de flambeaux et une pendule à sujet. Toutes leurs bases sont en pierre dure de couleur verdâtre,genre onyx, matériau plus abondant et moins précieux que le marbre. Des plaques d’onyx sont collées sur une armature de plâtre. Elles sont ornées de laiton d’ameublement doré composant quatre pieds griffes pour supporter chaque pièce,et des vases d’ornement sont placés en symétrie sur la base de la pendule.Les candélabres à 5 lumières diffusent de la lumière par des bougies :4 au même niveau et une bobèche supérieure au centre pour élancer la composition de l’ensemble. Les feux surgissent d’un vase fermé et sont réunis par des consoles ou agrafes feuillagées. Pour la pendule, le cadran circulaire du mouvement est de même orné d’un encadrement doré. Le cadran est émaillé vert clair, ornée d’une guirlande de fleurs champêtres ; les chiffres sont arabes pour les heures, et les aiguilles sont en acier. Deux orifices à« 4 » et « 8 » heures, pour permettre de remonter le mouvement et la sonnerie aux heures, avec une même clef.

La pendule est dite à sujet, avec cette femme à sabots rentrant de la pêche, son crochet par-dessus l’épaule gauche, et sa prise de quelques poissons suspendus à sa main droite. Une robe à mi-genoux,est recouverte par un tablier à 2 poches, la taille prise et le bustier bien fermé. La pose est fière, la silhouette élancée. Mais la matière - tout comme pour les flambeaux - ne semble pas du bronze mais de la composition, matériau moins noble, fragile, sonore et cassant…mais économique ! Un cartouche sur la base nous donne une indication de l’artiste : Chauvin, mais sans prénom. S’agit-il de Gabriel Chauvin, né en 1895, sculpteur de monuments de statues qui fut récompensé entre les deux guerres après avoir exposé dans les Salons officiels ? Oui c’est le genre,le style -mais non pour la date :notre lecteur précise que cette pendule serait un cadeau de mariage de ses arrières grands parents unis en 1905…à 10 ans il serait précoce ce Chauvin! Quoiqu’il en soit, cet ensemble constitue une « garniture de cheminée »qui comme son nom l’indique faisait la fierté sur des cheminés sombres, des intérieurs proprets des petits commerçants, et employés au début du XXème siècle. On rêve de la Pompadour, transformée en bergère ou pêcheur par Boucher…à moindre coût ! Pour une pièce comparable du XVIIIème siècle on compterait en dizaine de milliers d’euros, en bronze du XIXème en milliers d’euros - et pour la notre du début du XXème siècle, aujourd’hui au XXIème siècle il faudrait tabler sur 100 €. Toute la différence entre l’époque, le style, et… l’économique.Cet ensemble - peu rare et peu recherché de nos jours - fait de l’effet, est pratique étant en bon état de fonctionnement, mais avant tout eux les souvenirs familiaux n’ont pas de prix !
Rouillac
08/01/2011
IDOLES PAIENNES OU SAINT CHRETIEN ?
Patrick L. nous transmet les photos de "deux statuettes polychromes en bois, d’une hauteur de 70 cm chacune sans le socle.". Il précise : "Elles me viennent  de mon père, qui les tenaient du sien qui les auraient  acquis dans une salle des ventes avant guerre. D’après certains, il m’a été dit qu’il s’agirait d’idoles païennes du 13e ou 14e siècle." Aymeric Rouillac, commissaires priseur,expertise ces objets qui n'ont pas livré tous leurs secrets.

Voici deux statues de bois, probablement du noyer, qui ont souffert des aléas du temps. Le lecteur nous indique qu'elles sont polychromes, c'est à dire qu'elle sont été décorées et peintes en couleurs. Or, il reste peu de trace de cette polychromie. Elle a disparu au fil des siècles, subissant les outrages de l'eau, du feu ou peut être ou des vers. Comme la Vénus de Milo au musée du Louvre,chacun des personnages a perdu ses bras, mais aussi son pied gauche ! L'adatation et l'authentification de ces statuettes se révèlent donc particulièrement compliquée à partir de ces seules photographies.

Qu'apprend t-on de l'observation de ces deux personnages ? Il s'agit de deux hommes. Le plus grand est glabre et le plus petit porte une belle moustache, des cheveux longs et une barbe bouclée. Ils sont bottés et chaussés jusqu'au dessus dugenou. Leur grande tunique plissée est retenue au niveau de la taille par une ceinture. Les amateurs reconnaissent dans ce costume celui des personnages sculptés dans les stalles de l'église de la Trinité à Vendôme. Il s'agit donc d'une garde-robe médiévale, qui est à la mode entre les XIIe et XVe siècle. En observant attentivement on constate que le ceinturon du moustachu retenait un accessoire aujourd’hui disparu. Etait-ce un poignard, une bourse ou une sacoche... ? Notre homme serait-il alors soldat,marchand ou voyageur...? Le large chapeau du plus petit fait penser au voyageur, et la coiffe lisse du plus grand à l'homme des champs. Nous voilà bien éloigné des idoles païennes...

L'époque médiévale est marquée en Europe par une grande présence du phénomène religieux et de l'Eglise catholique. C'est l'époque de l'Inquisition et des croisades contre les Cathares en France, ou contre les Musulmans en Terre Sainte. Il est peu probable qu'un artiste ait choisi de reproduire des idoles païennes et encore moins probable que des idoles n’aient pas ensuite été rapidement détruites par un dévot. L'air affligé des deux hommes et leurs attitudes font plutôt penser à une descente de croix. C’est-à-dire le moment où les amis de Jésus Christ le descende de la croix où il est mort pour l’enterrer. Le petit personnage, les yeux vers le Ciel, descend le corps du Christ crucifié alors que l'autre l'accompagne en le posant délicatement sur un linceul posé à même le sol. Du XIIeau XVIe siècle ces groupes sculptés mettant en scène la Passion du Christ envahissent les églises. Ils peuvent réunir jusqu'à une dizaine de figurines ! Le musée de Cluny à Paris avait exposé il y a quelques années une descente de croix avec des personnages très similaires, provenant du musée épiscopal de Vicen Espagne. Plus tard, les crèches à la manière de celles de Naples les remplacent avec un sujet moins violent, qui fait toujours la joie des petits et des grands.

L'étude approfondie de ces sculptures permettrait de les dater plus précisément, et surtout d'identifier leur région de production. Peut-être que les autres personnages existent toujours et qu'ils sont conservés dans une église ou dans un musée ! Quoiqu'il soit, il s'agit de très belles œuvres qu'il faut savoir entretenir et préserver. En l'état et compte tenu de leur rareté, ces sculptures sont estimées plusieurs milliers d'euros. Elles méritent un examen plus poussé, qui leur fera alors peut-être passer du statut d'Idole païenne brûlant en enfer à celui plus envié de Saint chrétien destiné au Paradis !
Rouillac
18/12/2010
A LA TABLE BERRICHONNE, GNOLE ET MOUTARDE

Cette semaine, un lecteur nous demande notre avis à propos d’un petit ensemble de « poteries ». Il s’agit d’un service à liqueur, composé d’un plateau avec cinq gobelets et un petit pichet à bouchon de liège.

Posé en milieu de table, il permet de servir la « gnole ». L’ensemble comprend également deux autres pichets et un moutardier, récipient à couvercle échancré pour y laisser passer une petite cuillère. Mais s’agit-il vraiment de poteries ?... Car, en matière de céramiques, il existe de nombreuses techniques à distinguer. En effet, selon la définition de Brongniart, scientifique contemporain de Napoléon, le terme céramique est le mot générique utilisé pour qualifier toute terre soumise au feu et subissant ainsi « une transformation physico-chimique irréversible ». Plus simplement, sous l’effet de la cuisson, la terre change de nature en devenant dure. Il y a ensuite des subdivisions : les pâtes poreuses et lespâtes dures. Les premières, à savoir les poteries et les faïences, nécessitent un émail pour être imperméables et ne pas absorber les liquides ou les denrées alimentaires qu’elles peuvent contenir. Les secondes, c’est-à-dire les grès et les porcelaines, sont imperméables de nature. En effet, contrairement aux pâtes tendres, elles contiennent, en plus de l’argile, une forte proportion de silice. A haute température, la silice se vitrifie et rend la terre imperméable.

Le lecteur nous indique également que ses objets sont signés de « DENBAC ». Cette marque est la contraction de deux noms, ceux de René Denert et de René-Louis Balichon. Le premier est artiste ; le second est un habile gestionnaire. De leur collaboration se développe dans les années 1920 une grande entreprise de céramiques installée à Vierzon. Dans cette ville existent déjà plusieurs fabriques de porcelaines, qui produisent les tasses et autres mazagrans utilisés dans les grands cafés, tandis qu’à Limoges sont réalisés les services présentés sur les tables plus bourgeoises. Denert et Balichon savent donc qu’ils y trouveront facilement une main-d’œuvre qualifiée. De plus, le charbon nécessaire à la cuisson arrive directement du bassin de Blanzy par le canal de Berry. La production se spécialise rapidement dans les grès artistiques. Les trois fours mesurent quinze mètres de haut sur environ six mètres de diamètre. Après démoulage, les pièces y subissent une première cuisson autour de 900°C. Elles sont ensuite trempées dans un bain d’émail. La deuxième cuisson se fait à plus haute température, autour de 1.300 à 1.400°C. La terre se vitrifie et les oxydes métalliques contenus dans l’émail prennent différentes teintes, produisant de beaux effets colorés, ondés et jaspés. Le résultat dépend de la température, mais aussi de la présence ou non de fumée et de la place de l’objet dans le four… Une céramique, et notamment un grès, est donc le résultat des recherches d’un artiste et parfois du hasard. C’est à l’ouverture du four que l’on découvre si l’objet est réussi. La production de Denbac est certes importante, mais elle n’est donc pas industrielle ; elle demeure artisanale.

Dans l’entre-deux-guerres, l’entreprise Denbac emploie vingt-cinq personnes. René Denert meurt en 1937. Durant la Deuxième Guerre mondiale, l’activité cesse. Elle reprend en 1949, mais les temps ont changé. L’évolution de la production nécessite de trop importants investissements, et l’entreprise ferme définitivement en 1952. Il nous reste aujourd’hui de nombreux grès réalisés principalement dans les années 1920-1930, ce qui semble être le cas des pièces qui nous sont présentées. D’ailleurs, le petit moutardier, avec son décor naturaliste très typique – avec en ronde bosse un canard et un escargot - rappelle l’esprit Art Nouveau, apparu vers 1900. Leur valeur ne dépasse pas quelques dizaines d’euros. Les grands vases et les encriers de Denbac, toujours des pièces ayant une fonction utilitaire, sont plus recherchés des collectionneurs. Il s’agit toutefois d’objets originaux, qui embellissent une table et peuvent être utilisés au quotidien… et pas seulement dans le Berry !

Rouillac
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Retrouvez en ligne

le reportage de France 3 :

"Maître Rouillac,

Le magicien des enchères"


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