Cette semaine, Anne-Marie, de La Chaussée-Saint-Victor, soumet deux petits portraits ''hérités d'une vieille cousine'' à Me Aymeric Rouillac.
Les deux petits portraits mesurent chacun 5 cm de haut. L'un figure un homme d'une quarantaine d'années,tourné de trois quarts, la tête un peu inclinée, le sourire aux lèvres, et portant une casquette. L'autre représente un homme de face, barbu, avec de grandes bacchantes gauloises, coiffé d'un bonnet, ridé et l'air un peu bourru.Les cadres sont en pitchpin mouluré, avec deux filets de bois sombre. Ces deux portraits portent une signature sous forme de monogramme, au milieu à gauche.Il semble que l'on puisse lire les lettres « AV » accolées, puis un « O ».Anne-Marie nous indique qu'au revers des tableaux, il est écrit « Antoine Vollon ».
A ce stade, deux questions sont à soulever : s'agit-il d'une oeuvre originale ou d'une reproduction ? Est-ce que ces portraits correspondent effectivement aux créations d'Antoine Vollon ? En matière d'objets anciens et de peintures,on n'est jamais trop prudent, surtout lorsque l'on se prononce d'après photographie...
Ces petits portraits ont des coloris frais et légers. Il pourrait s'agir d'aquarelles, avec des rehauts de gouache plus opaques, sur un dessin peut-être tracé au préalable au crayon. Mais il pourrait s'agir également d'aquatintes ou de chromolithographies, des modes de reproduction en couleurs très en vogue dès le milieu du XIX e siècle. Il est beaucoup plus fréquent de rencontrer ces «multiples » que des oeuvres originales. Ce premier point est donc difficile à éclaircir, sans examen de visu...
Par ailleurs, une inscription ancienne indique au dos le nom d' « Antoine Vollon », qui pourrait correspondre au monogramme « AV.O», indiqué à gauche des portraits. Le « Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs » d'Emmanuel Bénézit, nous indique qu'Antoine Vollon est né en 1883 à Lyon et mort en 1900 à Paris. Il participe aux Salons de 1865, 1868 et 1869,grands événements de la vie artistique du XIX e siècle, qui voit décerner des récompenses aux artistes talentueux et... dans l'air du temps. Si Antoine Vollon y est couvert d'honneurs, Gustave Courbet puis Claude Monet, pour ne citer qu'eux, voient leurs toiles refusées.
Antoine Vollon peint principalement des natures mortes, ce qui lui vaut en son temps le surnom de « Chardin du XIX e siècle ». Il représente ainsi des coupes de fruits ou des étals de poissons et excelle à rendre sur la toile les différents effets de matières. Il séjourne sur la côte normande et peint alors des paysages, parfois animés de pêcheurs. Les deux petits portraits que nous étudions pourraient être ceux de marins, avec leur peau à l'aspect tanné par l'air du large. Ils correspondraient ainsi à cette période « normande » de l'oeuvre de Vollon. Cependant, on ne retrouve pas dans ses tableaux connus ce type de représentation, ni cette façon de dessiner. De plus, l'artiste signe généralement ses tableaux avec son nom en toutes lettres.
Ces deux tout petits portraits, à peine plus grands que deux phalanges,s'apparentent à des miniatures. Ils montrent la difficulté - et tout l'intérêt- de se pencher sur les objets et les oeuvres anciennes. Il est bien souvent nécessaire de pouvoir les observer de visu. Une paire d'aquarelles de ce format par Antoine Vollon pourrait valoir autour de 200 €. S'il s'agit d'estampes du même artiste, le prix serait plutôt divisé par quatre. Quoi qu'il en soit, ces deux pêcheurs, avec leurs trognes sans pareille, ont de quoi plaire... parole de marin !