TOURS - VENDÔME - PARIS
COMMISSAIRES - PRISEURS
EXPERT PRÈS LA COUR D'APPEL
"QUE VALENT VOS TRÉSORS ?" DANS LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE
Chaque samedi dans la Nouvelle République du Loir-et-Cher Philippe et Aymeric ROUILLAC, commissaires-priseurs à Vendôme, expertisent gratuitement des objets envoyés par des lecteurs à la rédaction du journal.

Retrouvez ici les archives de la rubrique "Que valent vos Trésors ?" :


14/05/2011
DE VRAIES "TROGNES" PAROLES DE MARIN !
Cette semaine, Anne-Marie, de La Chaussée-Saint-Victor, soumet deux petits portraits ''hérités d'une vieille cousine'' à Me Aymeric Rouillac.

Les deux petits portraits mesurent chacun 5 cm de haut. L'un figure un homme d'une quarantaine d'années,tourné de trois quarts, la tête un peu inclinée, le sourire aux lèvres, et portant une casquette. L'autre représente un homme de face, barbu, avec de grandes bacchantes gauloises, coiffé d'un bonnet, ridé et l'air un peu bourru.Les cadres sont en pitchpin mouluré, avec deux filets de bois sombre. Ces deux portraits portent une signature sous forme de monogramme, au milieu à gauche.Il semble que l'on puisse lire les lettres « AV » accolées, puis un « O ».Anne-Marie nous indique qu'au revers des tableaux, il est écrit « Antoine Vollon ».

A ce stade, deux questions sont à soulever : s'agit-il d'une oeuvre originale ou d'une reproduction ? Est-ce que ces portraits correspondent effectivement aux créations d'Antoine Vollon ? En matière d'objets anciens et de peintures,on n'est jamais trop prudent, surtout lorsque l'on se prononce d'après photographie...

Ces petits portraits ont des coloris frais et légers. Il pourrait s'agir d'aquarelles, avec des rehauts de gouache plus opaques, sur un dessin peut-être tracé au préalable au crayon. Mais il pourrait s'agir également d'aquatintes ou de chromolithographies, des modes de reproduction en couleurs très en vogue dès le milieu du XIX e siècle. Il est beaucoup plus fréquent de rencontrer ces «multiples » que des oeuvres originales. Ce premier point est donc difficile à éclaircir, sans examen de visu...

Par ailleurs, une inscription ancienne indique au dos le nom d' « Antoine Vollon », qui pourrait correspondre au monogramme « AV.O», indiqué à gauche des portraits. Le « Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs » d'Emmanuel Bénézit, nous indique qu'Antoine Vollon est né en 1883 à Lyon et mort en 1900 à Paris. Il participe aux Salons de 1865, 1868 et 1869,grands événements de la vie artistique du XIX e siècle, qui voit décerner des récompenses aux artistes talentueux et... dans l'air du temps. Si Antoine Vollon y est couvert d'honneurs, Gustave Courbet puis Claude Monet, pour ne citer qu'eux, voient leurs toiles refusées.

Antoine Vollon peint principalement des natures mortes, ce qui lui vaut en son temps le surnom de « Chardin du XIX e siècle ». Il représente ainsi des coupes de fruits ou des étals de poissons et excelle à rendre sur la toile les différents effets de matières. Il séjourne sur la côte normande et peint alors des paysages, parfois animés de pêcheurs. Les deux petits portraits que nous étudions pourraient être ceux de marins, avec leur peau à l'aspect tanné par l'air du large. Ils correspondraient ainsi à cette période « normande » de l'oeuvre de Vollon. Cependant, on ne retrouve pas dans ses tableaux connus ce type de représentation, ni cette façon de dessiner. De plus, l'artiste signe généralement ses tableaux avec son nom en toutes lettres.

Ces deux tout petits portraits, à peine plus grands que deux phalanges,s'apparentent à des miniatures. Ils montrent la difficulté - et tout l'intérêt- de se pencher sur les objets et les oeuvres anciennes. Il est bien souvent nécessaire de pouvoir les observer de visu. Une paire d'aquarelles de ce format par Antoine Vollon pourrait valoir autour de 200 €. S'il s'agit d'estampes du même artiste, le prix serait plutôt divisé par quatre. Quoi qu'il en soit, ces deux pêcheurs, avec leurs trognes sans pareille, ont de quoi plaire... parole de marin !
Rouillac
07/05/2011
L'AQUARELLE TOUTE BELLE CACHE UN CADEAU DE CHARME
Jacques hérite d'un lot de tableaux, parmi lesquels Me Philippe Rouillac, commissaire-priseur, a choisi d'expertiser une aquarelle.

Quel joli cadeau comme l'atteste la dédicace en bas à droite «à mes bons amis Vilte, témoignage d'une bonne amitié » ! Une vue de village dont la mer se profile à l'horizon. La provenance ? Mais ce ne sont ni les couleurs, ni les toits habituels, encore moins la Bretagne aux ardoises alors que la tuile prédomine, alors plutôt le sud-ouest ? Un relief montagneux sage avec prédominance de coulures vertes, sans floraison particulière. L'artiste dont il est difficile de transcrire la signature sur simple photo, nous reste inconnu : Molinar ? Solimar ? Quoi qu'il en soit, il possède bien son sujet, a le sens des perspectives et des constructions ; il semble avoir reçu une bonne éducation artistique, traitant les volumes, les maisons comme un architecte de formation.

Aucune vie ne transparaît, tout est calme et lumineux sans la torpeur des chaleurs du Midi. Sa technique est d'utiliser (sur un papier épais, quelque peu granulé ?) des couleurs transparentes délayées dans de l'eau : il s'agit d'une aquarelle. Genre difficile car l'artiste n'a pas le droit à l'erreur, ne pouvant pas corriger, reprendre comme pour les tableaux à l'huile. Le dessin,motif, habitations est posé, suggéré par un léger crayon de papier, puis les couleurs sont posées directement, sur un papier que certains humidifient légèrement afin de rendre des fondus.
 
L'aquarelle, découverte au Moyen Age, mélangée avec de la gomme donne une gouache. À la fin du XVIII e siècle, elle acquiert ses lettres de noblesse avec Fragonard ; puis le XIX e voit son apothéose avec Redouté et ses fleurs, Turner et ses célèbres vues de la Tamise ou de la Loire, sans oublier Bonnington et le célèbre Géricault. La nôtre est très finement rendue, d'une grande fraîcheur.Avec le premier plan émeraude et le fond saphir de ciel et de mer fondus, le blanc des maisons ensoleillées apporte douceur et contraste.

Le paysage est saisi avec vérité et judicieusement mis en valeur par son cadre doré d'entrelacs et rang de perles. Cette aquarelle a vraisemblablement été exécutée sur le motif, en plein air. Seuls les herbacées en bas à droite sont un peu faibles, une présence en camaïeu de rose, rouge aurait apporté luminosité et faire-valoir... mais la Nature est ainsi faite... les coquelicots sont épars !

La date de 1904 que comporte l'oeuvre nous la fait situer dans la mouvance post-impressionniste, et n'est pas sans rappeler les productions d'Harpignies... Les artistes d'avant-garde à cette même date expérimentent le cubisme (la destruction des formes) et le fauvisme (l'éclatement des couleurs)... ici nous y sommes très loin ! Aquarelle sage à prix tout doux,100 à 200 €en fonction des dimensions et de la notoriété de l'artiste, la levée de l'anonymat. Mais un conseil : intéressons-nous d'abord à l'oeuvre, à ses qualités propres avant de collectionner des signatures !
Rouillac
30/04/2011
UN BUFFET STYLE HENRI II PRODUIT FIN XIXe DEBUT XXe
Chantal soumet à M e Aymeric Rouillac, commissaire-priseur, l'estimationd'un buffet en chêne accompagné d'une table et de six chaises.

Le buffet ouvre par trois portes en partie supérieure, et par deux portes ainsi que deux tiroirs en partie inférieure. L'espace intermédiaire, supporté par des colonnes, comporte une petite galerie permettant d'exposer des assiettes. Le décor sculpté est abondant : les colonnes sont en bois tourné et cannelé,c'est-à-dire creusé de petits sillons parallèles. Les portes sont ornées de vases, d'où pendent des draperies et des chutes de fleurs. Le sommet est orné d'un noeud de rubans.

La teinte du bois et surtout la « maille », c'est-à-dire le réseau de petits filaments clairs et durs s'ajoutant au veinage, sont caractéristiques du chêne. Ce bois est dit «indigène », c'est-à-dire issu de nos régions, par opposition aux bois «exotiques », plus rares dans le mobilier traditionnel.

Le décor architecturé rappelle la période de la deuxième Renaissance française qui débute vers 1530. Après le style gothique (XII e - fin XV e siècle), les artistes français s'inspirent de l'art italien et de l'Antiquité. Le décor de ce buffet rappelle ainsi le style qui s'épanouit sous Henri II, deuxième fils de Claude de France et de François Ier, roi de France de 1547 à sa mort accidentelle en 1559. Certains éléments tels que les noeuds de rubans et les guirlandes de fleurs sont inspirés du style Louis XVI, donnant au meuble un aspect plutôt éclectique. Cependant, aucune confusion n'est possible : la structure du meuble ne correspond pas à un mobilier du XVI e , mais à un ensemble de la fin du XIX e ou plus vraisemblablement du début du XX e .

L'aspect sec de la sculpture est la marque d'une production déjà industrielle.Les « salles à manger Henri II » ont fait fureur début XX e remplaçant le mobilier rustique traditionnel. Les modèles de ces mobiliers, typiques des ameublements de la petite bourgeoisie d'avant 1914, rêvant des ensembles néogothiques qui peuplaient maints châteaux du Val de Loire, varient peu. Nous n'avons pas de photo des chaises, mais il est fort probable que celles-ci aient des pieds cannelés, un dossier à petits barreaux tournés et une assise cannée ou garnie d'un cuir gaufré... Le plus souvent réalisées en chêne, ces « salles à manger » pouvaient également l'être en noyer, un bois à la patine plus chaleureuse. Les portes des buffets pouvaient même recevoir de petits vitraux,avec des profils de soldats casqués ou de jeunes femmes en robe d'apparat.

Hélas, ce qui faisait fureur à la fin du XIX e ne fait plus rêver aujourd'hui,et ceux qui héritent d'un buffet Henri II peinent à lui trouver une place. Ce qui explique son prix dérisoire : une cinquantaine d'euros, même en bon état. Sa propriétaire, connaissant bien la Martinique, nous affirme que ces meubles assez rares dans les Antilles sont recherchés et donc vendus plus cher.Il en est de même aux États-Unis, où sont parties nombre de chambres à coucher de nos grands-parents. Mais après le prix de l'export, la marge est bien faible... Peut-être faut-il laisser le temps faire son oeuvre et attendre que le goût revienne au style Henri II. On a parfois durement jugé des époques,avant de le regretter. Mais ne rêvons pas trop non plus : il ne s'agit pas d'une création originale, et si le prix d'un tel buffet pourrait remonter dans quelques décennies, il n'atteindra jamais des sommets... alors peignez-le,laquez-le et ainsi il pourrait retrouver une certaine jeunesse !
Rouillac
23/04/2011
UN BRONZE VAINQUEUR AU COMBAT DE COQ
Marie-Claire soumet à Me Aymeric Rouillac, commissaire-priseur, l'estimation d'un homme en bronze familial dont on ne connaît pas l'origine exacte. 

Il mesure 80 cm et une signature se trouve présente en bas, sur le socle.L'homme en bronze de Marie-Claire est en réalité un enfant. Il court, nu, en sautant d'allégresse, car son coq vient de remporter un combat !

Son pied et sa main gauches sont suspendus en l'air, comme si le garçon était fixé dans un pas de danse victorieuse. Il tient fièrement un coq de combat dans son bras droit. La tête du coq, bien droite, montre le tempérament du conquérant. La nudité du corps du garçon indique que la scène se passe dans l'antiquité, en Grèce ou à Rome.

Le peintre Gérome, en 1846, représente déjà deux jeunes Grecs nus faisant combattre des coqs. Cette toile est conservée au musée d'Orsay à Paris. Notre sculpture est réalisée 18 ans plus tard par Alexandre Falguière. Elle montre le moment qui suit le combat : la présentation du coq vainqueur qui amène la reconnaissance et l'argent des parieurs à l'éleveur de l'animal. Alexandre Falguière (1831-1900) est un jeune artiste prometteur. Il reçoit le premier grand prix de sculpture en 1859, qui lui permet de toucher une bourse du gouvernement pour étudier à la Villa Médicis à Rome. En 1864, il envoie au salon des artistes qui se tient chaque année à Paris le fruit de son travail italien.

C'est cette sculpture du Vainqueur au combat de coqs. Le succès est immédiat.L'empereur Napoléon III achète la sculpture originale en bronze. Elle mesure un mètre soixante-quatorze ; elle est également conservée au musée d'Orsay.

De nombreuses répliques sont alors fondues pour satisfaire les demandes des collectionneurs. Leurs tailles varient de 40 à 90 centimètres de hauteur. La vente de ces « produits dérivés » assure à Falguière des revenus confortables,et le place dans la position d'artiste en vue, ou encore académique. Falguière fait alors partie d'un groupe de sculpteurs avec Dubois, Mercié et Moulin qu'on surnomme les « Florentins ». Comme dans la ville de Florence à l'époque de la Renaissance, ces sculpteurs tirent leurs thèmes de l'antiquité. Ils s'inspirent aussi des bronzes redécouverts dans les ruines de Pompéï, dont les reproductions circulent à travers l'Europe.

Leurs sculptures élégantes sont réalisées de façon précise et harmonieuse, avec une recherche savante du rythme des corps et de l'équilibre. Ce Vainqueur au combat de coqs en est l'illustration éclatante. La belle qualité de la fonte de ce bronze, sa grande taille et sa célébrité justifient une estimation de1.500 à 2.000 €
Rouillac
16/04/2011
UN PARFUM D'AUTREFOIS...A LA MODE DE PROUST
Cette semaine, le commissaire-priseur Philippe Rouillac passe à la loupe l'ensemble de toilette d'un Blésois. Signé Baccarat, comme beaucoup d'autres...

Cet ensemble comprenant huit pièces est une garniture de toilette. En effet, on y trouve un atomiseur, deux flacons à parfum, une boîte avec couvercle, un verre à eau, une coupelle ovale pour le peigne et les épingles à cheveux, un porte-savon et un baguier. Ce dernier est une petite coupelle disposant au centre d’une tige de préhension ; une dame peut y déposer ses bagues ou les enfiler sur l’axe central.

Le vaporisateur dispose d’une monture,probablement en étain. À la fin du XIXe et au début du XXe siècles, ces objets se rencontrent fréquemment sur les tables de toilette, dans la chambre, et sont réalisés soit en verre, soit en céramique. Le propriétaire des flacons que nous observons nous indique qu’une partie d’entre eux portent la marque de Baccarat. En effet, il s’agit du modèle « bambous tors », répertorié dans le catalogue de 1893 de la Compagnie des cristalleries de Baccarat. Chaque élément, en cristal teinté rose, comporte des lignes en relief torsadées. À cette époque, l’entreprise installée en Lorraine est en plein essor. Sa production est vendue partout en Europe, ainsi qu’aux États-Unis et en Asie.Pour satisfaire à une demande croissante, les méthodes de production ont évolué. Si l’on continue d’y réaliser des pièces en cristal soufflées à la bouche par un artisan à l’aide d’une longue tige appelée « canne »,et ensuite ornées de motifs gravés à la roue, on emploie désormais un procédé plus rapide, le cristal « moulé-pressé ». La matière en fusion est coulée dans un moule métallique puis pressée par une forme complémentaire,comportant éventuellement un décor, constitué ici de godrons torses. Cette technique industrielle permet d’accroître la production, de diminuer les coûts et donc de toucher une clientèle plus large. Si tous les éléments que nous observons ne portent pas la marque imprimée en relief de « Baccarat »en toutes lettres, ils proviennent a priori tous de cette manufacture. En effet, avant 1936, le marquage n’est pas systématique, surtout pour les pièces de petite taille.

L’histoire de la manufacture remonte au XVIIIe siècle, lorsque l’évêque de Metz obtient la permission de Louis XV pour fonder une verrerie à Baccarat, en Lorraine. La libre entreprise n’existe pas encore et l’exercice d’une activité nouvelle dépend souvent d’une autorisation royale. Il ne s’agit à cette époque que de carreaux à vitres et de miroirs. Après la Révolution, l’entreprise périclite et est rachetée en 1816 par un industriel, Aimé-Gabriel d'Artigues. La production s’oriente alors vers le cristal et le luxe. Le roi Louis XVIII commande un service de verres en 1823. Puis, la renommée de Baccarat grandit encore grâce aux récompenses obtenues aux Expositions universelles. Le dépôt établi Rue de Paradis à Paris compte 246 employés en 1899 ! On y vend des services de verres, des chandeliers et d’immenses lustres. Un des marchés les plus importants est celui des flacons de parfum : en 1907, la production est de plus de 4000 flacons par jour, pour de grandes marques telles que Guerlain ou Coty. Aujourd’hui, la manufacture réalise des objets d’après les modèles fournis par de grands créateurs contemporains, comme Philippe Starck. Deux musées permettent d’admirer la production depuis les débuts, l’un à Baccarat et l’autre à Paris. Ce dernier se trouve Place des États-Unis, dans le XVIe arrondissement, et est ouvert tous les jours, sauf le mardi et le dimanche.

La garniture de toilette que nous observons aujourd’hui est donc bien une réalisation de Baccarat, mais ne correspond pas au meilleur de la production…Un tel ensemble se rencontre fréquemment en ventes publiques autour de 150 à200 €. Ce sont quoi qu’il en soit de charmants objets, que l’on peut toujours utiliser aujourd’hui, et qui portent en eux le charme désuet de la fin du XIXe siècle. Les flacons contiennent encore du parfum… Humez les senteurs vraisemblablement de violette, et l’univers de Proust va ressurgir, mondains et demi-mondaines dans une atmosphère Belle-Époque…
Rouillac
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Retrouvez en ligne

le reportage de France 3 :

"Maître Rouillac,

Le magicien des enchères"


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