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COMMISSAIRES - PRISEURS
EXPERT PRÈS LA COUR D'APPEL
"QUE VALENT VOS TRÉSORS ?" DANS LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE
Chaque samedi dans la Nouvelle République du Loir-et-Cher Philippe et Aymeric ROUILLAC, commissaires-priseurs à Vendôme, expertisent gratuitement des objets envoyés par des lecteurs à la rédaction du journal.

Retrouvez ici les archives de la rubrique "Que valent vos Trésors ?" :


18/06/2011
POUR LES BEAUX YEUX D'UNE BICHE ...

Cette semaine, c’est une gravure qui retient notre attention. Celle-ci est titrée en partie inférieure - il s’agit d’un « combat de cerfs » - et située, en « Forêt de Fontainebleau ». On y voit en effet deux mâles luttant et se repoussant par les cornes, sous de grands arbres, tandis que des biches se tiennent à l’arrière plan, semblant attendre l’issue du combat. Les mentions portées dans la marge, outre le titre de l’œuvre, nous fournissent de précieuses indications, à commencer par le nom de l’artiste. Il s’agit de Karl Bodmer.

D’après le dictionnaire de Bénézit, ce peintre naît en 1809 en Suisse, près de Zürich, et meurt en 1893 à Barbizon. Il peint des paysages et réalise des gravures. En 1832, il part pour les États-Unis, et passe sept semaines dans le Montana, parmi les tribus indiennes. Il réalise alors de nombreux croquis, qui sont autant de précieux documents pour la connaissance de ces peuples. En 1849, il s’installe à Barbizon, petit village tout proche de la forêt de Fontainebleau, aux côtés de Millet et de Théodore Rousseau. Il fait donc partie de ces artistes qui s’éloignent de la ville, délaissent les grands thèmes historiques, et célèbrent la nature en la peignant sur le motif, et non plus dans l’atelier. L’histoire de l’art les rassemble dans un courant baptisé « École de Barbizon ». Enfin, Karl Bodmer réalise des illustrations pour de grands journaux de l’époque, tels que Le Magasin pittoresque ou La chasse illustrée. Le thème du combat de cerfs plaît beaucoup à l’époque ; on le retrouve traité par le grand artiste réaliste du XIXe siècle, Gustave Courbet, dans un tableau exposé au Musée d’Orsay, intitulé « Le Rut du Printemps », et mesurant plus de cinq mètres de long.

Deux abréviations, « pinx. et lith. », placées après le nom de l’artiste, nous renseignent sur la technique de cette image. On sait ainsi que Bodmer a peint une œuvre (« pinxit » en latin) et qu’il en a ensuite lui-même réalisé la lithographie (« lith. »). Cette technique est l’un des procédés de l’estampe, permettant la reproduction en de multiples exemplaires d’après un original. Apparue à la fin du XVIIIe siècle en Allemagne, elle connaît son heure de gloire en Europe au XIXe siècle. Du grec lithos, pierre et graphein, écrire, c’est une technique d’impression à plat qui permet la création et la reproduction à de multiples exemplaires d’un tracé exécuté à l’encre ou au crayon sur une pierre calcaire. Elle permet une large diffusion des œuvres des artistes, des idées politiques, avec par exemple les créations de Daumier, des costumes de mode… bref, tout passe par la lithographie, que ce soit sur des feuilles simples, des journaux, ou comme illustration dans les livres. En l’occurrence, Bodmer peint lui-même un modèle et réalise la gravure de la pierre servant ensuite à l’impression, ce qui n’est pas du tout systématique à l’époque. En effet, un lithographe est fréquemment employé pour reporter sur la pierre ce qu’un artiste a fait sur la toile. Enfin, à gauche et à droite sont respectivement portées deux autres mentions : « Imp. Eug. Marx (Atelier Belfond) Paris » et « Maurice Barbot, Éditeur, 34, rue de l’Échiquier, Paris ». On connaît ainsi les noms de la personne qui a imprimé cette image et de celle qui l’a éditée.

Cette lithographie est présentée sous verre, dans un cadre apparemment en bois stuqué en noir avec rehauts dorés, orné d’un rang de perles et de fleurs. Son propriétaire ne nous transmet pas ses dimensions, mais d’après nos références, celle-ci mesure 62 cm de hauteur et 53 cm de largeur. Bien que cela soit difficilement visible sur l’image, il semble malheureusement que la feuille présente quelques traces d’humidité et des « rousseurs ». Compte tenu de ces éléments, cette lithographie de l’époque de Napoléon III pourrait être vendue entre 50 et 100 €. Quoi qu’il en soit, le thème est tout à la fois terrible et plaisant : deux beaux cerfs, prêts à se battre jusqu’à ce que mort s’ensuive, pour les beaux yeux d’une biche… Actualité oblige ce week end avec le Game Fair de Chambord !

Rouillac
11/06/2011
UN CENTRE DE TABLE EN VERRE DE VENISE

Claudette à Vierzon se pose la question de l’utilité d’un centre de table : «  Je possède ce vase, sans précisément en connaître l'utilité, l'origine et sa valeur. Je pense qu'il s'agit de verre soufflé, puisque l'on peut voir comme des bulles d'air. Servait-il à mettre des pétales de fleurs ? Est-il en verre de Venise ? » Aymeric Rouillac, commissaire-priseur, rappelle l’histoire des verres de Venise.

Le comte de Vendôme, Geoffroy Martel rapporte de croisade à Constantinople la relique de la Sainte-Larme, pour laquelle il fait ériger l’abbatiale de la Trinité. Les Vénitiens, eux, rentrent d’Orient avec les maîtres verriers du Basileus, l’empereur byzantin. La production de verre s’obtient en portant à 1500° Celsius un oxyde de silicium et un fondant, en général du sable. Rapidement, les habitants de Venise se méfient de la dangerosité des fours des maîtres verriers byzantins. Ils sont donc « exilés » à la fin du XIIIème siècle sur l’île de Murano, en face de la cité Sérénissime.

Toutes les têtes couronnées d’Europe se pressent alors sur cette petite île pour y commander des services de table prestigieux. Les maitres verriers de Murano vivent comme des seigneurs, mais ont l’interdiction de quitter la ville. Le roi Louis XIV débauche à prix d’or quelque maîtres verriers pour construire la fameuse galerie des glaces à Versailles. Les Doges de Venise envoient alors des espions assassiner les traitres, et conserver sur l’île leur secret du verre ! Trop tard, des verreries essaiment à travers l’Europe. Quelques siècles plus tard les cristaux de Saint-Louis et de Baccarat ont supplanté en qualité le travail vénitien.

Ce surtout de table s’inspire du travail de Murano. Son col haut et élancé permet de disposer une grande et belle tige. Une rose par exemple ? La vasque dont les bords s’épanouissent comme une corolle de fleur accueillera des pétales, mais aussi des fleurs coupées ou pourquoi pas des petites bougies flottantes qui animeront votre table. Ce centre de table est soufflé à la bouche à travers une canne, puis travaillé à la pince quand le verre est toujours chaud. Les filets de couleur rouge et blanche le long du col sont ajoutés dans le verre transparent lors du soufflage. Ils montrent la grandehabileté du maître verrier.

Cet objet d’art a pu être produit sur l’île de Murano au XIXème ou au XXème siècle. Mais attention, il existe maintenant des ateliers en Chine fabricant à la chaine des objets dans le goût de Venise. Leur qualité, leur condition de création et leur provenance ne doivent pas être confondues avec l’excellence vénitienne. En tout état de cause, ce joli vase trouvera amateur à quelque dizaines d’euros en vente aux enchères. Beaucoup moins que si vous l’achetiez sur la lagune de Venise et à peine plus qu’une copie bon marché dans une grande surface sans histoire !

Rouillac
04/06/2011
UN « MOUCHARD » DANS VOTRE POCHE…

Un bien curieux objet retient notre attention cette semaine ! C’est une petite boîte métallique de 9 cm de diamètre et 4 cm d’épaisseur, pesant 700 grammes, probablement en laiton oxydé, munie d’une poignée.

Il s’agit d’un contrôleur, utilisé autrefois par les veilleurs et les gardiens de nuit, par exemple dans les prisons. Un accessoire similaire devait être utilisé par les employés des chemins de fer, mais l’on verrait alors probablement sur le boîtier la marque de la SNCF. À l’intérieur, un mécanisme d'horlogerie fait tourner un disque circulaire en carton sur lequel sont inscrites les heures de passage de la ronde. Un peu comme une pointeuse horaire ou comme les disques utilisés par les chauffeurs de poids-lourds, cet appareil permet donc de vérifier la ponctualité de l’employé. Probablement réalisé vers 1920, il a pu être utilisé, dans certaines entreprises, jusque dans les années 1960. Une clé, placée au revers du boîtier, devait permettre soit d’ouvrir celui-ci, soit de remonter le mécanisme. Par ailleurs, le veilleur disposait probablement, en plus de son contrôleur, d’une lampe permettant de vérifier les informations indiquées par ce dernier. La poignée est en aluminium, ce métal léger ayant pour autre caractéristique de se chauffer plus rapidement au contact de la main, un avantage non négligeable lorsqu’une tournée se faisait de nuit, en hiver.

Les inscriptions portées sur l’une des faces : « contrôleur R. Godineau bte SGDG 21 rue des Mathurins Paris », nous permettent d’en savoir un peu plus. La société Godineau est effectivement établie au début du XXe siècle rue des Mathurins à Paris, dans le IXe arrondissement. Elle possède un autre atelier, à proximité, passage Jouffroy. Principale productrice de ces appareils, elle est cependant concurrencée à Lyon par la société Charvet. La mention « bte SGDG », qui signifie « breveté, sans garantie du gouvernement », est établie par la loi de 1844. Celle-ci dispose que les brevets sont délivrés « sans examen préalable, aux risques et périls des demandeurs, et sans garantie soit de la réalité, de la nouveauté ou du mérite de l’invention, soit de la fidélité ou de l’exactitude de la description ». Cette mention, permettant de dégager les autorités d’une éventuelle mise en cause de leur responsabilité, disparaît en 1968.

Cet appareil a dû être produit en grand nombre, mais ne se rencontre plus guère aujourd’hui. Il devrait trouver amateur autour de 50 €. Il faut vérifier si son mécanisme fonctionne toujours. Ce dernier, conçu comme une montre, pourrait intéresser les passionnés d’horlogerie, ou encore les détectives privés, sans oublier les adeptes de mouchard !

Rouillac
28/05/2011
UN GUÉRIDON À BASCULE…

Natacha G. nous adresse une demande singulière. Elle écrit en effet : « J'ai en possession un guéridon à bascule avec marqueterie (diamètre: 56 cm, hauteur 76 cm). Je ne connais pas l'époque ni le style mais il semblerait que celui-ci soit un vrai. » Aymeric Rouillac, commissaire-priseur, expertise ce guéridon et revient sur la question pas toujours évidente de la vérité des œuvres d’art.    

Le plateau de ce guéridon bascule pour faciliter son rangement et présenter sa marqueterie rayonnante. Le mécanisme permet ainsi de joindre l’utile à l’agréable : après avoir bu votre café et rangé tasses et sucrier, vous basculez le plateau et profitezde cette jolie marqueterie comme élément décoratif. En effet des bronzes dorés à motifs de couronnes de lauriers entourent ce plateau. Des feuilles d’acanthes enserrent de la même manière le fût qui tient le plateau. Les trois pieds enfin sont ornés de têtes de femmes à l’antique et de guirlandes en bronze doré. Le bois utilisé est de couleur rouge : probablement de l’acajou provenant peut-être d’Afrique ou des Amériques. La marqueterie est plus claire et fait intervenir des bois européens.

Le style à l’Antique et l’usage de l’acajou sont caractéristiques du mobilier produit à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. Ce meuble correspond donc au style Louis XVI, voire Empire. Qu’en est-il de son époque ? Les dimensions tombent en centimètres. Cela montre que ce meuble a été conçu après la mise en place du système métrique en 1795. Le manque de finesse des bronzes et la sophistication du mécanisme de bascule indiquent ensuite clairement que ce meuble n’a pas été créé suivant les canons de l’époque. D’ailleurs, est-ce bien du bronze ? Les coups de scie qu’on aperçoit, enfin, derrière les soulèvements du placage du plateau sont réguliers : ils ont été faits mécaniquement, bien après les règnes de Louis XVI ou de Napoléon…

Notre guéridon de style Louis XVI, mais d’époque tardive (fin XIXe, début XXe siècle) est-il alors « un vrai » ? Le puriste et le juriste vous répondront que tel n’est pas le cas : le style et l’époque doivent en effet concorder pour établir l’authenticité. On peut avancer 400 € pour ce guéridon de style mais 2.000 € pour« un vrai », une fabrication d’époque...il y a donc matière à approfondissement ! Mais de façon plus prosaïque, il en va des meubles comme en amour : l’essentiel est d’aimer les objets qui vous entourent, pour ce qu’ils sont, et… pour le plaisir qu’ils vous apportent !

Prenez garde avant de vous lancer dans des travaux de restauration : le coût d’une restauration sera supérieur à la valeur de votre meuble. Si Brassens chantait qu’Il n’y a pas d’amour heureux, nous pouvons dire aussi qu’il n’y a d’Amour que véritable… Au-delà de l’authenticité de votre guéridon sa « vérité » réside avant tout dans l’intérêt que vous lui portez !

Rouillac
21/05/2011
LE CONFORT « MODERNE»… AU XIXe SIÈCLE !

Cette semaine, une lectrice nous adresse la photographie d’un bien curieux objet. Reposant sur trois pieds en fonte, il mesure 1,50 mètre de hauteur et 30 cm de diamètre.

Le corps principal est en cuivre, métal que l’on reconnaît à sa couleur rouge orangée, ternie par l’oxydation. En partie intermédiaire se trouvent plusieurs tuyaux de sortie. Enfin, une porte en fonte, surmontée de la marque du fabriquant, «Le Villageois », et un tiroir, occupent le bas. Cet appareil provient de la salle de bain d’une ancienne bâtisse. Il s’agit en effet d’un chauffe-eau : l’eau, stockée dans le réservoir, est chauffée grâce au feu de bois allumé en partie inférieure. Les cendres sont ensuite récupérées grâce au tiroir placé en-dessous, comme dans un fourneau. À l’instar d’autres modèles de cette époque, il est fort probable qu’il se compose intérieurement de trois cylindres concentriques, dont deux sont occupés par l’eau à chauffer et le troisième, intermédiaire, servant de conduit pour la fumée et contribuant par la même occasion à véhiculer la chaleur. Notre chauffe-eau, probablement réalisé au début du XXe siècle, devait être placé à côté d’une baignoire en cuivre ou en fonte émaillée.

Cet appareil est le reflet des préoccupations nouvelles d’hygiène et de confort au XIXe siècle. Pendant longtemps, l’eau est accusée de véhiculer des maladies ; de plus, comme elle ramollit la peau et ouvre les pores, on pense qu’elle rend celle-ci plus vulnérable aux infections… Les courtisans pratiquent la toilette «  sèche » : au retour de la chasse, ils s’essuient le corps avec un linge et changent de vêtements. Ensuite, ils se poudrent le visage et se parfument de musc ou de patchouli. Si l’on a parfois exagéré l’ambiance crasseuse qui régnait dans les salons dorés de Versailles, il est certain que le souci d’une hygiène plus proche de la nôtre n’apparaît guère avant le XIXe. Les progrès de la science font valoir les vertus de l’eau. Les autorités, responsables de la santé publique, diffusent des affiches incitant à prendre un bain par semaine. L’eau est alors chauffée sur le fourneau et versée dans le bain. Puis apparaissent les chauffe-bains, récipients en métal cylindriques contenant des braises, à placer directement dans la baignoire, et enfin les chauffe-eau, comme celui que nous observons aujourd’hui. Il n’est cependant pas très pratique d’apporter du bois dans la salle de bain.

C’est pourquoi l’on invente dans la deuxième moitié du XIXe siècle les chauffe-eau à gaz.. Certains immeubles parisiens datant de cette époque portent encore de petites plaques émaillées, indiquant fièrement : « Gaz à tous les étages ». Dans le domaine des arts graphiques, dans les années 1880, le peintre Degas, avec une série d’œuvres figurant une femme se lavant dans un tub – une bassine large et peu profonde – nous donne une idée de ce qu’était la toilette à la fin du XIXe siècle. Certains de ces tableaux sont conservés au musée d’Orsay. Par ailleurs, le matériau utilisé, à savoir le cuivre, et la forme verticale du chauffe-eau, nous rappellent les fontaines en cuivre qui se trouvaient autrefois dans les cuisines, avant l’arrivée de l’eau courante, et que Chardin représenta plusieurs fois dans ses tableaux, comme pour la nature-morte peinte en 1733, et conservée au musée du Louvre.

La valeur de notre chauffe-eau est symbolique ; peut-être une centaine d’euros au plus. Sans doute est-il toujours en état de fonctionnement. Il serait fort pittoresque de l’utiliser pour prendre son bain dans une maison de campagne, mais devoir allumer le feu et attendre que la température monte risquerait de nous lasser rapidement… Par ailleurs, comme objet de collection, la pièce est plutôt encombrante...

Rouillac
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Retrouvez en ligne

le reportage de France 3 :

"Maître Rouillac,

Le magicien des enchères"


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