Madame Renault Diellette nous fait aujourd’hui parvenir la photo d’un « vieux phono ».Maître Philippe Rouillac, commissaire-priseur, nous éclaire sur l’histoire de cette trouvaille qui fredonne comme un air de charleston.
Transportons-nous il y a 120 ans. Impossible d’écouter votre morceau de musique favori quand bon vous semble. Pour cela il fallait vous déplacer dans une salle de concert ou faire venir les musiciens chez vous. Imaginez les Rolling Stones dans votre salon…
Mais à la fin du XIXème siècle une invention développée par l’Allemand Émile Berliner va tout changer : le gramophone. Cet appareilpermet d'écouter un morceau de musique enregistré sur un disque.Il se compose d’un plateau tournant sur lequel est posé le disque, d’un bras muni d’une aiguille et d’un dispositif d’amplification du son qui adopte le plus souvent la forme d’un grand cône.
En 1920, les frères Pathé, à la tête de la plus importante société de phonographie du monde, mettent au point un nouveau gramophone: le Diffusor. Exit l’encombrant pavillon, remplacé par une technique spéciale de diffusion du son via une membrane en carton. Celle-ci estreliéedirectementà un saphir inusable en contact direct avec le disque. Ce nouveau système supprime ainsile bras « pick-up » et marque la fin de ces aiguilles de lecture qu’il fallait changer après chaque disque. Cette membrane, invention des frères Lumière, offre un formidable rendement sonore. De ce fait, le boîtier est muni sur le couvercle d’ailettes réglables permettant de moduler le volume sonore.
Ici le gramophone semble en bon état, le carton n’est pas percé, les parties en métal chromé ne présentent pas d’oxydation et il possède sa manivelle. Le boîtier est plaqué d’un bel acajou et adopte une forme épurée et élégante. Comptez environ 100 euros pour ce Pathé Diffusor des années 1920-1930 qui vous permettra de vous déhancher sur une musique de Joséphine Baker, Maurice Chevalier ou encore Mistinguett exactement comme on l’entendait pendant les Années Folles.
Ces années sont également marquées par une expansion considérable du jazz en Europe. Ce gramophone jouant un disque de Louis Armstrong fera certainement fureur à l’occasion du festival Émergences qui célèbre du 17 au 27 novembre les 30 ans de « Jazz à Tours ».
Le commissaire-priseur Aymeric Rouillac, expertise un paravent en soie brodé d’oiseaux en plein vol.
En cette période de l’année les chasseurs ne seront pas insensibles au thème du paravent de notre lectrice. Sur quatre panneaux de soie, qu’on appelle « feuilles », des oiseaux prennent leur envol depuis des marais ou des branchages fleuris d’Asie. Chaque feuille présente une espèce de volatiles et de végétaux. Un paravent se lit de droite à gauche. On reconnait ainsi : paons, mésange à tête rouge, faisans, et hérons. Nous voilà en plein dans les paroles de la chanson de Michel Delpech « Par-dessus l'étang… soudain j'ai vu passer les oies sauvages » !
Les paravents naissent en Chine au IIIème siècle après Jésus Christ. Ils se déplacent facilement, avec le double avantage de séparer l’espace et de le décorer. Ce meuble est rapidement adopté dans toute l’Asie, et particulièrement au Japon. Les Japonais le trouvent si bien adapté aux risques de séisme qu’ils construisent désormais les murs de leurs maisons sur le principe du paravent : des feuilles de tissus dans un cadre de bois !
A partir du XVIIème siècle, c’est le tour des Européens de raffoler des paravents. Leur fonction sociale et utile est appréciée. Ils permettent de cloisonner les grandes demeures impossibles à chauffer en créant dans un seul lieu plusieurs ambiancespour réunir diverses compagnies… Au XIXème siècle, le paravent est l’accessoire indispensable du théâtre. On cache prestement derrière ces feuilles opaques un amant ou une maîtresse, qui sans lui aurait été(e) surpris(e). Au XXème siècle les plus grands artistes créent des paravents, comme le maître en tapisserie Jean Lurçat dont nous avons vendu une création il y a six ans à Cheverny.
Le meuble de notre lectrice date de la belle Epoque, avant la guerre de 1914. Son cadre en bois est joliment travaillé et chantourné. Les trois couleurs utilisées pour chaque feuille, le bleu, le blanc et le rouge rappellent celles du drapeau français. Le style des oiseaux et la technique de soie brodée est typiquement asiatique. Ce paravent a probablement été créé en Indochine, qui est à cette époque une colonie française. Des produits ont toujours été importés d’Asie : laque et porcelaine au XVIIIème siècle, paravent, bronze cloisonnés et meubles en bambou au XIXème, tee-shirt et informatique aujourd’hui.
Comptez sur une centaine d’euro d’estimation pour ce paravent, qui a gardé de belles couleurs et qui constitue un joli décor. Il sera de plus une source d’inspiration précieuse pour apprendre la botanique et l’ornithologie à des enfants, qui rêveront à leur tour devant ces quatre feuilles de soie… en regardant passer les oiseaux sauvages !

Cette semaine, Marvin Muller, soumet à Maître Philippe Rouillac une assiette découverte dans une brocante...
À la fin du XIXème, le Japon s’ouvre au monde. Œuvres et objets d'art commencent à affluer sur le Vieux Continent ou artistes et collectionneurs s’enthousiasment pour cette culture inconnue. On nomme cet engouement pour tout ce qui vient du Japon, enimite le style ou la manière « Japonisme ». A Paris, tels Monet et van Gogh, on se presse chez Bing, négociant en art japonais pour y chiner des estampes. Ces peintres seront parmi les premiers à succomber à cet art, séduits par une telle proximité avec la nature. A ces sources lointaines, les arts décoratifs, en quête de légèreté puisent des motifs venant renouveler le répertoire lourd et pompeux de l’époque. C’est le cas pour notre assiette.
Cette assiette en faïence fine émaillée arbore un beau décor représentant un bouquet de chrysanthèmes de couleur rose et jaune flanqué de tertres verts recouverts de branchages feuillagés. L’aile reçoit une frise florale et des filets rouges. Elle porte la signature « HB Choisy » qui correspond à la manufacture d’Hippolyte Boulenger à Choisy-le-Roi (près de Paris). Il y développe un nouveau procédé : la pâte fine. Contrairement à une faïence traditionnelle, à base d’argile et recouverte d’un émail blanc opaque, la faïence fine est réalisée à partir d’une terre blanche recouverte d’un émail transparent en vue d’imiter la porcelaine. En 1900, cette faïencerie est une véritable entreprise industrielle et ses ateliers couvrent alors plus de 10 000 m2 ou travaillent environ 1 300 ouvriers !
En plus de sa production de vaisselle quotidienne, la société obtient de parer le métro parisien de ses fameux carreaux de grès émaillés blanc.
Cette assiette, s’orne de chrysanthèmes, la « fleur d’or ». Importée en France en 1786, il est en Occident symbole d’éternité et en Chine, de perfection. Au Japon, il n’est rien de moins que l’emblème de l’Empereur ! Près chez nous il est mis à l’honneur non loin d’Orléans, à St-Jean de Braye, au Conservatoire National du Chrysanthème créé par la famille Lemaire. Cette assiette, témoin d’une époque charnière en Histoire de l’Art, peut être datée vers 1900 et estimée environ 20 euros. Après le Salon Régional du Chrysanthème du week-end dernier à Orléans rendez-vous à Tokyo où se tient actuellement le Festival du Chrysanthème. Cette assiette y ferait fureur ! Et à quel prix !
Le commissaire-priseur Aymeric Rouillac expertise une sculpture en jade représentant un éléphant portant un vase chinois.
« L’éléphant est l’animal qui dépasse tous les autres par l’intelligence et l’esprit » disait Aristote. Ce philosophe grec comptait cinq doigts de pied sur ce mammifère. Ils sont tous bien représentés sur la statue de notre lecteur. Celle-ci est en jade, la pierre qui est associée à la dignité impériale en Chine. Quand on sait que, de son côté, l’éléphant était l’animal totem de grands rois comme Alexandre le Grand, on comprend que cette sculpture a une symbolique très particulière.
Notre éléphant est harnaché et caparaçonné sur un petit socle en bois. Il porte de nombreuses chaines de perles ornées de pierres rouges. Ils imitent les rubis de couleur cœur de pigeon… les plus précieux. Ses petites oreilles d’éléphant d’Asie sont repliées vers l’arrière, sa trompe est bien rangée entre ses deux défenses d’ivoire. Il porte sur son dos un lourd vase double, de forme chinoise « GU », décoré de fleurs de lotus. Le lecteur nous indique que sa pièce mesure environ 45 centimètres de haut et pèse près de 12 kilos !
On trouve des gisements de jade, également appelé néphrite, en Russie, en Nouvelle Zélande, au Canada et surtout en Chine. Au pays de l’Empire du milieu, il y est le symbole du pouvoir absolu de l’Empereur…. mais pour cela il faut que le jade soit du blanc le plus pur, de couleur « peau de lapin ». Nous avions ainsi vendu en 2004 à Cheverny pour un prix record un brûle parfum en jade blanc provenant de la chambre de l’Impératrice de Chine. Ce jade avait été acheté par le Président Chirac puis offert à la République de Chine en présent diplomatique. Il est maintenant dans un musée de Pékin.
Notre éléphant n’est malheureusement pas de couleur « peau de lapin ». Il est au contraire opaque et veiné de gris et de vert. Ensuite, les rubis et les sculptures sont simulés. Il n’y a pas d’incrustations précieuses ou de décor d’émaux cloisonnés. Enfin, la qualité de la sculpture est relativement épaisse. C’est le signe d’une pièce moderne, s’inspirant de symboles anciens, mais pas de la qualité des belles pièces du XVIIIème siècle. Notre éléphant de jade peut donc être évalué 500 à 800 € en vente aux enchères, s’il est en parfait état. A défaut d’une provenance impériale, et si vous souhaitez prolonger les symboles, n’oubliez pas que le jade est aussi la pierre associée au 26ème anniversaire de mariage… Avis aux amoureux !