TOURS - VENDÔME - PARIS
COMMISSAIRES - PRISEURS
EXPERT PRÈS LA COUR D'APPEL
"QUE VALENT VOS TRÉSORS ?" DANS LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE
Chaque samedi dans la Nouvelle République du Loir-et-Cher Philippe et Aymeric ROUILLAC, commissaires-priseurs à Vendôme, expertisent gratuitement des objets envoyés par des lecteurs à la rédaction du journal.

Retrouvez ici les archives de la rubrique "Que valent vos Trésors ?" :


11/12/2010
LES TIMBRES NE FINISSENT PAS TOUS SUR UNE ENVELOPPE

Cette semaine, M Me Aymeric Rouillac nous affranchit de l’histoire de deux timbres. Suite à une demande arrivée… par mail !

A l’heure des e-mails et des SMS, le courrier non publici- publicitaire se raréfie dans nos boîtes taire à lettres. La précédente révolu- révolution dans le domaine de tion l’échange du courrier remonte à l’année 1840, lorsque Sir Rowland Hill fait voter la loi sur le timbre-poste. Jusque-là, le destinataire acquittait lui- luimême les frais d’envoi. Mais même ceux-ci étaient très élevés… et souvent refusés.

Sir Hill avait même surpris une serveuse dans une auberge refusant de payer la lettre que lui adressait son fiancé ! Interrogeant la jeune femme, il avait compris que pour lui éviter de payer le transport, son amoureux dessi- dessinait sur l’enveloppe vide des nait signes codés entre eux ! L’invention du timbre postal renverse la situation : son coût modique est désormais assumé par l’expéditeur. Le premier timbre britannique est noir, tout comme le premier timbre français qui date de 1849. Il coûte alors 20 centimes et re- représente Cérès, la déesse des présente moissons. Le tarif des timbres n’a depuis cessé d’augmenter, leur forme et leurs motifs ne cessant de varier. Le premier timbre qui nous est soumis représente le " Cente- Centenaire de la convention du naire mètre " en 1975. Il est de cou- couleur violette et lilas ; il coûte à leur l’époque un franc. Le second tout en couleur représente un chapiteau roman de l’église de Saint-Austremoine dans le Puy-de-Dôme.

Sa valeur faciale en 1973 est de deux francs. Ces timbres ont chacun été imprimé à plus de six millions d’exemplaires lors de leur sortie. Ils ne sont donc pas rares. Mais notre lecteur anonyme précise que ces timbres sont " signés " de la main de Claude Haley. Ce dessinateur et graveur a créé plus de soixante- dix timbres au cours de sa carrière pour les PTT. Tous les timbres ne finissent pas sur une enveloppe. Certains sont collectionnés dès leur sortie par des philatélistes, qui les classent dans des listes, grands classeurs vert foncé suivant différents critères : par artiste, par région, par sujet, par pays, par couleur, par année… Lors de rencontre de philatélistes, il arrive que les, artistes qui ont créé le motif d’un tistes timbre signent ce timbre qui est ensuite conservé précieusement. Mais ça ne suffit pas pour donner une valeur particulière au timbre.

La rareté d’un timbre fait sa valeur. La signature d’un graveur discret sur un timbre tiré à plusieurs millions d’exemplaire ne suffit pas. Le timbre garde sa valeur faciale, soit un peu plus de 45 centimes d’euros pour l’ensemble. S’il s’était agi de la signature d’un artiste célèbre comme Picasso par exemple, la valeur du timbre aurait au moins centuplé ! Comme ces timbres n’ont pas été oblitérés, NaT221 peut toujours, s’il le souhaite, affranchir son enveloppe en faisant l’appoint et expédier un message doux à sa fiancée. Je suis sûr qu’elle guettera de nouveau le passage du postier ! »

Rouillac
04/12/2010
LA VOIE DE LA SAGESSE

Cette semaine, le commissaire-priseur Philippe Rouillac détaille une statue représentant un homme debout. Un saint personnage du bouddhisme.    

Cette statue représente un homme debout, vêtu d’un pagne laissant le torse découvert. Le tissu forme, en retombant, de nombreux et gracieux plis. Le personnage est également paré d’un large collier et d’un diadème. Sa chevelure longue est coiffée en chignon. Une fleur de lotus stylisée lui sert de piédestal. Sa main droite semble tenir un petit rouleau et sa main gauche esquisse un geste de recueillement. Son attitude apaisée et ses yeux mi-clos invitent à l’introspection et à la prière.

Ces éléments nous invitent à penser qu’il s’agit d’un bodhisattva, c’est-à-dire l’un des saints personnages du Bouddhisme. Très populaire, celui-ci suit la voie du Bouddha pour accéder à l’Éveil, au Nirvana. Ce chemin est difficile et se fait au cours de nombreuses réincarnations. Alors qu’il est proche du but, le boddhisattva choisit pourtant de rester à un stade inférieur, afin d’aider les croyants dans leur cheminement spirituel. Le plus célèbre des bodhisattvas est Avalokitesvara. Son nom signifie en Hindi « Celui qui considère les appels ». Image de la compassion ultime, il entend toute personne qui prononce son nom. Le Dalaï-Lama est d’ailleurs considéré au Tibet comme l’une de ses émanations. Il n’est donc pas surprenant que ses représentations, peintes ou sculptées, se soient multipliées en Asie.  

D’après son style, cette œuvre proviendrait plus précisément du Japon. Le Bouddhisme y apparaît au VIème siècle après Jésus-Christ et s’y développe parallèlement au Shintoïsme, religion polythéiste liée aux forces naturelles. Au Japon, Avalokitesvara prend le nom de Kannon. Son allure est princière. Il porte sur le front l’urna, l’un des signes distinctifs des grands hommes et en particulier du Buddha : il consiste en une touffe de poils enroulés entre les sourcils, dont la représentation iconographique se limite ordinairement à une pastille.  

La statue est en bronze, un alliage de cuivre et d’étain. Ce métal est utilisé depuis la Préhistoire, car son point de fusion, autour de 1000°C, est moins élevé que celui d’autres métaux. Il se prête bien à la fonte et les détails modelés par le sculpteur sur l’original en terre sont rendus fidèlement. Le bronze ayant naturellement une couleur dorée et brillante, notre statue a reçu ensuite une patine brune, lui donnant cet aspect plus chaud et moins « clinquant ». Cette œuvre a probablement été réalisée à la fin du XIXème ou au début du XXème siècle. Au Pays du Soleil Levant, cette période correspond à l’Ère Meiji, à partir de 1868, période de changements politiques et d’ouverture à l’Occident. L’Europe découvre, fascinée, une culture nouvelle. Les peintres, tels Van Gogh, s’inspirent de l’Orient. C’est l’époque où Émile Guimet et Henri Cernuschi rassemblent de nombreux objets chinois et japonais. Leurs collections sont à l’origine des musées parisiens qui portent leurs noms respectifs.  

Ce bel objet d’art, de 83 cm de hauteur, pourrait trouver preneur en vente aux enchères autour de 600 à 800 €. Parmi les amateurs d’objets asiatiques vendus en France, les Chinois et les Japonais sont aujourd’hui nombreux. Il n’est pas rare de voir ainsi retourner dans leur pays d’origine les œuvres importées en Europe un siècle plus tôt. Le retour aux sources… en toute sagesse !   
 

Rouillac
27/11/2010
NUIT D'IVRESSE A VERSAILLES
Le commissaire-priseur Aymeric Rouillac décrypte, cette semaine, une scène mythologique où des jeunes femmes nues reposent sous le regard de satyres… Anne T. nous envoie la photo d’un « tableau en (sa) possession pour en connaître la valeur artistique et financière ». Aymeric Rouillac,commissaire-priseur, décrypte cette scène mythologique où des jeunes femmes nues reposent sous le regard de satyres en embuscade.

Éclairées par un Amour,qui tient une torche dans chacune de ses mains, quatre bacchantes nues dorment,épiées en haut à droite par deux satyres. Cette scène légère est gravée d’après un tableau du peintre François Boucher, comme une précédente gravure que nous avions expertisé le 30 octobre : « Pensent-ils au raisin ? » Boucher excelle dans les descriptions de corps nus.L’antiquité est souvent le prétexte à un appel de la chair, qui enchante l’œil de la Cour réunie à Versailles autour du roi Louis XV.

Cette scène est tirée d’un ouvrage du poète grec Euripide, écris en 405 avant notre ère, et intitulé Les Bacchantes : « Elles dorment tranquillement, adossées à un sapin ou à un chêne, ou encore couchées au hasard sur le sol. Rien d’impudique dans cette ivresse : ni vin, ni musique de flûte,ni recherche d’un mâle au fond des bois. » C’est la virginité des Bacchantes qui attire la convoitise des satyres qui les épient. Redoutables guerrières, vêtue des peaux de bêtes sauvages qu’elles ont chassées, les Bacchantes veillent jalousement sur leur vertu, pour accompagner le dieu du vin Bacchus dans les fêtes bacchanales.

L’alliance de la vertu et du vin surprend,mais c’est justement l’effet recherché dans cette gravure dédiée à « Monsieur Navailles, Chef du Gobelet du Roy ». À Versailles, le Gobelet est « le lieu où l’on fournit le pain, le vin et le fruit pour la bouche du roy », nous apprend le dictionnaire de l’Académie Française de 1776. Le chef du Gobelet apporte lui même, au début du service, la « Nef royale » escorté par trois carabiniers et dix-huit gentilshommes. Cette Nef pèse vingt-six kilos d’or et de pierres précieuses :elle contient les senteurs du roi, les épices et les remèdes pour lutter contre une tentative d’empoisonnement. À son passage tous s’inclinent cérémonieusement.Aujourd’hui, vous pouvez visiter à Versailles l’Antichambre du Grand Couvert,qui vient d’être restaurée et est ouverte au publique depuis le 18 octobre2010. C’est là que cette Nef était conservée, et où chaque plat était goûté avant d’être servi aux monarques.

Notre gravure n’est pas unique,et a été réalisé par René Gaillard au 18e siècle. Elle n’a donc pas la valeur d’une peinture originale de François Boucher. Cependant, un autre exemplaire de cette gravure est conservé au Musée du Louvre à Paris, avec la prestigieuse collection de la famille Rothschild ! Les dimensions de l’œuvre du Louvre sont de 43 centimètre de haut par 35 centimètres de large. Si votre gravure a la même taille que celle du Louvre, et qu’elle est en bon état sans mouillure, comptez sur une estimation de 60 à 100 € aux enchères ! Sinon, divisez par trois. Et si par hasard vous croisez un jour quatre bacchantes endormies au pied d’un arbre, n’ayez pas le réflexe d’un satyre… elles pourraient vous tailler en pièce pour l’honneur de leur Roy !
Rouillac
20/11/2010
UN HAUT DE FORME SYMBOLIQUE

Reconnaissable entre tous les chapeaux, ce haut de forme est l’accessoire de mode, «  des Grands, de la Haute ».

Mais remontons aux origines. On imagine que la première esquisse de chapeau fut peut-être un bandeau retenant les cheveux sur le front. Fonction purement utilitaire… Très vite, le couvre-chef est devenu un élément de la tenue vestimentaire aux formes les plus inattendues et a pris une fonction sociale. Dès l’Antiquité, ce n’est déjà plus un article fonctionnel visant à protéger son porteur contre le soleil ou la pluie, mais un objet d’ornement. Par la suite, le chapeau allait devenir révélateur du rang social, y compris dans les hiérarchies militaire ou religieuse.

Le chapeau haut de forme a été conçu et porté la première fois par John Hetherington, fabricant de vêtements pour hommes de Londres, dans les années 1840. L'origine du haut-de-forme tiendrait aux gentilshommes de la campagne qui rétrécirent les bords de leurs chapeaux pour monter à cheval et augmentèrent la taille de la calotte dans un but de protection rudimentaire en cas de chute. Un système de lacet camouflé à l'intérieur permettait de le maintenir en place solidement. D’une simple nouveauté de la mode, le haut de forme est devenu un symbole de la condition sociale de l'homme bourgeois au XIXème siècle. En raison de sa hauteur, de son allure imposante, il confère une certaine élégance à l'homme qu'il fait paraître plus grand, symbolisant la respectabilité, la richesse, la dignité et un rang social élevé. Il donne encore un aspect très formel à certaines cérémonies, tout en insistant visuellement, avec une argumentation de taille sur la partie la plus visible du corps humain. Pour un meilleur effet, il devait être porté incliné à 10 degrés. Le XIXème siècle verra le triomphe du haut-de-forme sans lequel aucun homme de bonne compagnie n’oserait se montrer hors de chez lui. C’est bientôt le couvre-chef de tout un chacun qu’il soit policier, commerçant, facteur, employé de chemin de fer, ou fonctionnaire. Le petit peuple, lui, n’a que sa casquette à offrir en révérence. Le chapeau melon, au début du XXème siècle s’impose, détrôné à son tour par la coiffe des pauvres redessinée, le chapeau de paille, et le chapeau de feutre. Néanmoins grands élus, hommes politiques français comme étrangers continuent à le porter. Il sera encore arboré, de manière résiduelle, jusqu'aux années 1950 ; une photo montre ainsi François Mitterrand, alors Ministre de l'Intérieur français, portant le haut-de-forme lors d'une soirée. Mais de nouveau, comme à l’âge de pierre, l’homme à tendance à laisser pousser ses cheveux et à sortir nu-tête. Néanmoins, pour les mariages chics, comme sur les champs de course élégants, il est encore souvent arboré. Mais il abandonne son revêtement en soie, de couleur noire, il est aujourd’hui généralement en feutre de couleur gris perle avec un galon plus foncé.

Le fabricant de notre couvre chef B Basile est anglais, fournisseur de la Cour d’Angleterre « by spécial appointment », et il a été acheté à Bruxelles. Le propriétaire y a figuré ses initiales : F.D. 2 lettres entrelacées, en bas de l’étiquette en soie contrecollée au fond du chapeau En bon état, complet dans sa boîte en carton, les enchères peuvent être de plusieurs dizaines d’euros. Il semble repliable dit en « clic clac », avec un ressort interne - moins recherché que ceux en « tuyau de poêle », rigide. Fera-t-il partie de la panoplie de notre nouvelle Excellence, Monsieur le Ministre de la Ville ?

Rouillac
13/11/2010
LE GONG DE L'ONI MIEUX QUE LES CHIENS DE GARDE

Cette semaine, c’est une sculpture japonaise, un Oni, dont notre expert examine les multiples pouvoirs…

La sculpture qui nous est soumise est effrayante. Un personnage de bronze grima- grimaçant se dresse sur ses jambes, une main levée et le poing droit fermé. Ses orteils et ses doigts sont d’un nombre indéfini. Malgré, ou peut-être à cause de son apparence humaine, on ne peut s’empêcher de frissonner. Observez ses petites cornes au-dessus de ses longues oreilles : elles accentuent le mouvement broussailleux des sourcils. Remarquez sa veste de kimono : elle cache un pagne en peau de tigre et est ceinte d’un gourdin en bandoulière… Il n’y a plus de doute, le personnage qui nous regarde est un Oni : un diable, ou ogre, japonais. Celui-ci est celui que craignent le plus les petits enfants : c’est un « oni-kanab », c’est-à-dire un " oni au gourdin de fer ". Cet être est doté d’un pouvoir invincible, qu’il peut mettre au service du bien… ou du mal.
 
Autrement dit, mieux vaut éviter de croiser son chemin ! Certains villages organisent des processions annuelles pour expulser les Onis de leurs maisons. D’autres au contraire installent des statues à leurs images sur leurs toits, pour chasser le malheur. C’est certainement le sens de cette sculpture. La photo laisse en effet deviner que l’Oni porte au-dessus de sa tête un disque de métal. En frappant dessus avec l’instrument qui repose entre les jambes de l’Oni, vous émettez un son puissant : c’est un gong.

Le pouvoir de l’Oni traverse alors l’espace, pour avertir les mauvais esprits qu’un diable protège la maison. Dormez sur vos deux oreilles, votre Oni veille… Vous pouvez même retirer de votre porte l’écriteau " chien méchant ". Cette sculpture est en bronze mat et doré. Il serait utile d’examiner sa signature, car son style fait penser au maître Miyao, qui a vécu entre 1868 et 1912. Il est un contemporain du sculpteur Rodin en France, et, comme lui, il a eu de nombreux élèves…

Son style précis breux et plein de vie puise dans les traditions japonaises alors que le pays du Soleil Levant se réforme rapidement. Face au forme bouleversement de l’industrialisation sous l’ère des Empereurs Meije, Miyao incarne l’immuabilité de la société japonaise.

Signé de la main du maître Miyao, ce gong à l’Oni peut atteindre des sommets lors d’une vente aux enchères. S’il s’agit d’une création d’un de ses élèves, vous pouvez compter sur une estimation de 2.000 à 3.000 €, eu égard à ses 90 , centimètres. Quoi qu’il en soit, avec lui dans votre maison vous ne craignez plus les cambrioleurs… car comme le disent si bien les Anglais : " Oni soit qui mal y pense ! "
 

Rouillac
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Retrouvez en ligne

le reportage de France 3 :

"Maître Rouillac,

Le magicien des enchères"


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