Cette semaine, Jocelyne de Villiers-sur-le-Loir, nous envoie la photographie d’une gravure signée Décaris. Nous voici transportés au cœur de Paris ! Rapide petit tour d’horizon : au premier plan à gauche, l’Hôtel des Monnaies, abritant le Musée de la Monnaie de Paris. Sur le même quai, on aperçoit le dôme du Collège des Quatre-Nations, édifié sous Louis XIV par Louis Le Vau, aujourd’hui le siège de l’Institut de France. Enjambant la Seine, le Pont des Arts, le premier pont métallique de Paris, construit sous l’Empire, une passerelle de sept arches réservée aux piétons. On aperçoit ensuite le Pont du Carrousel. Au premier plan à droite, le square du Vert-Galant, à la pointe ouest de l'
île de la Cité. Ce square doit son nom à
Henri IV, surnommé le «
Vert-Galant » en raison des nombreuses maîtresses qu’il y rencontrait ! Il est dominé par une
statue équestre de celui-ci, reposant sur le
Pont-Neuf, qui sépare le square du reste de l'île, et est toujours fréquenté par les amoureux …de et à Paris ! Rive droite, bien sûr, le palais du …Louvre ! La technique utilisée pour représenter cette vue est celle de la gravure dite « au burin ». Son auteur l’a lisiblement signée : il s’agit d’Albert Décaris, qui s’est très probablement installé sur le Pont Neuf pour avoir cette perspective… Cette gravure est un témoignage de la navigation fluviale des années 1950-1960 : voyez ces péniches et ces bateaux de pêcheurs sur la droite… qui ont aujourd’hui fait place à Paris-Plage !
Albert Décaris (1901-1988), un artiste aux talents multiples : il entre à quatorze ans à la célèbre Ecole Estienne - l’École supérieure des arts et industries graphiques- où il apprend la gravure, puis en 1918 à l’École des Beaux-Arts, avant d’y être lui-même professeur. Il a d’abord gravé des estampes de grand format d’inspiration classique. Il obtient en 1919 le premier prix de Rome pour une gravure originale. Il réalise à partir de 1926 de nombreuses illustrations de livres. En 1933, sa carrière prend un tournant quand le Ministre des Postes, lui demande, ainsi qu’à d’autres graveurs, de fournir des projets pour les timbres-poste. Décaris a ainsi régulièrement gravé pour les PTT de 1935 à1985 et on lui doit plus de 500 timbres ! Il a dessiné et gravé pour la France, les colonies et les territoires d’outre-mer, cette mission prenant une part de plus en plus importante de son activité. Parmi les timbres les plus émis, il est l'auteur de la fameuse « Marianne Decaris » qui a été en usage de 1960 à 1965 ou du « Coq Décaris » de 1965 à 1968. Il est également choisi pour illustrer des menus présidentiels, notamment pour le Général de Gaulle. En parallèle, il effectue de la décoration monumentale. Il devient Président de l’Académie des Beaux-Arts en 1960 sera nommé peintre officiel de la Marine.
C’est un graveur à la technique virtuose et au graphisme sévère qui s’est intéressé à tous les sujets… Il excelle dans les scènes animées d’action ou de bataille, où l’on retrouve l’illustrateur romantique, voire épique! Comment travaille-t-il ? Après repérage
in situ, le travail d’un graveur s’effectue en atelier. Il s’agit de graver une plaque, généralement en cuivre, en utilisant différentes techniques, qui aboutissent toutes à modifier la surface parfaitement lisse du métal : enlèvement, piquetage, puis morsure à l’acide…
Décaris utilise de fins outils en acier appelés burins. Notre gravure est exécutée « en creux » c'est-à-dire que le burin, poussé par le graveur, va enlever des « copeaux » de métal : de savantes lignes sont ainsi creusées, souvent de manière parallèle, se croisant parfois, afin de donner l’illusion des volumes, de la lumière, ou du mouvement : voyez comme le ciel est tourmenté ! Décaris met en œuvre, et avec brio, une technique née au XVème siècle en Allemagne, auprès des orfèvres. Il a su se créer un style propre, aisément identifiable : maîtrise du dessin, finesse originale des hachures. Il s’est fait une spécialité de ce type de gravure, qu’on appelle aussi « taille-douce », notamment concernant les timbres. La plaque de métal est ensuite encrée, raclée, puis appliquée contre une feuille de papier qui va en garder « l’empreinte ». L’encre restée dans les « creux » de la plaque est ainsi transférée sur le papier au moyen d’une presse. Et cela autant de fois que désire l’artiste : il s’agit d’un multiple. Décaris a tiré150 exemplaires de notre vue de Paris. Notre épreuve est la 21
ème de cette série… Il l’a noté de sa main, au crayon, en bas à droite et l’a signée. Il ne s’agit donc pas d’une œuvre unique même si elle est originale… Compte tenu de ses dimensions, d’environ 55 x 60 cm, comptez 100 à 150 € pour cette gravure contemporaine en noir, qui apparait en bon état, pour avoir Paris, non pas en bouteille, mais dans un cadre !