TOURS - VENDÔME - PARIS
COMMISSAIRES - PRISEURS
EXPERT PRÈS LA COUR D'APPEL
"QUE VALENT VOS TRÉSORS ?" DANS LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE
Chaque samedi dans la Nouvelle République du Loir-et-Cher Philippe et Aymeric ROUILLAC, commissaires-priseurs à Vendôme, expertisent gratuitement des objets envoyés par des lecteurs à la rédaction du journal.

Retrouvez ici les archives de la rubrique "Que valent vos Trésors ?" :


09/04/2011
UNE PENDULE SENSUELLE D'INSPIRATION ANTIQUE
Amaury nous a adressé une photo '' d'une pendule et de chandeliers '' et en demande une estimation. Aymeric Rouillac, commissaire-priseur, lui répond. 

La garniture de cheminée est l'élément de décoration le plus répandu dans les intérieurs jusqu'à la seconde moitié du XX e siècle. Puis, avec l'arrivée en masse des horloges digitales japonaises, la construction de maisons et d'appartements sans cheminée, cette mode passe. Tout le monde a pourtant chez lui, dans son grenier ou dans celui d'un proche, une pendule et des chandeliers que l'on appelle « garniture de cheminée ». Placée au centre d'une cheminée ou d'une commode, l'horloge est encadrée par deux chandeliers que l'on peut également appeler flambeaux, car le but est d'éclairer grâce à la flamme d'une bougie.
 
Le modèle de notre lecteur est particulièrement riche, avec sur chaque flambeau la possibilité d'allumer sept bougies, sur chaque bras de lumière qui part du fût central. Au-delà du symbole biblique du chiffre « 7 », cette profusion permet de jeter une lumière vivante, qui joue et se reflète sans discontinuer sur les courbes métalliques des femmes qui décorent la pendule et ses flambeaux.
 
La pendule est en effet surmontée par un ange femme en métal doré au geste aussi gracieux que sa tenue est légère. Ses ailes ouvertes dominent la composition. Elles rappellent les ailes du vieillard barbu qui symbolise le Temps, une faux à la main, jusqu'au XVIII e siècle. Cet ange en déshabillé vient de laisser tomber un outil pour le jardin, comme pour personnifier la déesse romaine de l'agriculture et de l'été : Céres. Les deux jeunes femmes sur les flambeaux qui supportent les sept bras de lumière sont également légèrement vêtues.

Leurs cheveux sont coiffés d'une tresse, et une draperie épouseavantageusement chacune des lignes de leur corps, de la poitrine jusqu'auxpieds. Il s'agit d'une interprétation sensuelle de l'Antiquité. Le nom dusculpteur qui a créé ces femmes est probablement marqué à leur base, dans le métal. Le cadran de la pendule est de forme circulaire. Même si le verre semble brisé,il est probable que le nom de l'horloger qui a revendu cette pendule soit inscrit sur le cadran. Le nom de l'horloger qui l'a fabriqué doit, lui, plus probablement être marqué sur le mouvement au dos de la pendule, derrière le timbre de la sonnerie. Le tout repose sur une base en onyx : un marbre noir que l'on trouvait notamment en Egypte.
 
Cet objet a probablement été réalisé sous le Second Empire vers 1860-70, alors que le neveu de Bonaparte règne sous le nom de Napoléon III. Commandée pour un bel intérieur bourgeois, cette garniture de cheminée a probablement peu changé de maison depuis. Le prix de cette garniture de cheminée varie suivant que le métal dont sont fondues les jeunes femmes est du bronze ou non. Dans le premier cas vous avoisinerez les mille euros pour une garniture de belle dimension, dans l'autre cas il faut diviser ce chiffre par cinq. Quoi qu'il en soit, il serait intéressant d'en faire restaurer le mouvement, si vous souhaitez qu'elle sonne juste chaque demi-heure. L'habile horloger Mazanec à Blois a fait sa spécialité de ces pendules aux charmes discrets !
Rouillac
02/04/2011
LES ECUREUILS ART-DECO DE MAX
Un lecteur de Thoré-la-Rochette a soumis la photo de deux petites statues d'écureuils à Philippe Rouillac, commissaire-priseur. Il nous donne son avis.

Ces deux amusants écureuils grignotant une noisette,appartenant à un lecteur de Thoré-la-Rochette, sont des serre-livres.

Dans une bibliothèque ou sur un bureau, ils permettent de ranger plusieurs ouvrages et de les maintenir verticalement, comme le montre la photographie. Ce type d'objet connaît un grand essor dans les années 1920-1930. Cette époque est celle dite, dans l'histoire des styles, de l'Art Déco. Après l'Art Nouveau,apparu autour de 1900, et ses lignes courbes d'inspiration végétale, les créateurs se tournent vers des formes plus angulaires, sous l'influence notamment de la peinture « cubiste » de Braque et Picasso. Il n'est donc pas surprenant que nombre de serre-livres adoptent ce nouveau style. L'objet que nous découvrons aujourd'hui en est un exemple intéressant : les deux écureuils ne sont pas traités de façon naturaliste, mais par angles et facettes ; la ligne est géométrisée. Ils sont réalisés à partir d'un métal à patine verte, peut-être du bronze, et sont fixés sur un socle de marbre noir.Ces matériaux de qualité ont une grande densité. Il faut, en effet, qu'ils soient suffisamment lourds pour retenir les livres sans glisser. Leur propriétaire nous indique ainsi qu'ils pèsent 1,4 kg chacun, pour une hauteur de 16 cm. Ils sont signés sur la terrasse du sculpteur Max Le Verrier. Celui-ci est né en1891 à Neuilly-sur-Seine. Il se passionne très tôt pour le dessin et la sculpture et souhaite en faire son métier, contre l'avis de son père. Durant la Première Guerre mondiale, il est pilote, et son avion est abattu par les troupes allemandes. Rescapé, il est maintenu prisonnier. Étant officier, il adroit à un traitement de faveur et peut occuper son temps à la sculpture.

Revenu à Paris en 1918, il crée son entreprise et réalise de nombreux modèles,notamment animaliers : des panthères, des chimpanzés, des pélicans, des chats... et des écureuils. Pour cela, Max Le Verrier se rend fréquemment au Jardin des Plantes ou au cirque Bouglione. L'image de la femme le fascine également. À la grande époque du charleston et de Joséphine Baker, il réalise des sculptures de danseuses aux coiffures « à la garçonne ».

Aujourd'hui, l'atelier existe toujours, géré par l'arrière-petit-fils de Max Le Verrier, au Kremlin-Bicêtre, près de Paris. Les modèles ont été conservés et il est donc possible de commander une sculpture éditée en bronze, à l'identique des modèles produits dans les années 1930. Il est donc difficile de dater nos deux petits écureuils, surtout d'après photographie... S'agit-il d'une fonte réalisée du vivant de Max Le Verrier, ou postérieurement ? En fonction de cela,la valeur peut varier considérablement. Ces objets amusants et de qualité pourraient néanmoins trouver preneur en vente publique autour de 200 €. De quoi faire une bonne réserve de noisettes...
Rouillac
26/03/2011
FIER COMME UN PAON
Éric nous envoie une photo en précisant : « Je possède cet objet, merci de dire à quoi il peut bien servir. ». Aymeric Rouillac,commissaire-priseur se penche sur l’énigme qui lui est proposée.

Peut-être notre lecteur est-il un grand voyageur ? Cet objet semble en effet provenir des lointains rivages de l’Asie. Composé en métal doré il n’est cependant pas en or, mais plus probablement en bronze ou en laiton. Un volatile mâle se pavane entouré de cinq oiseaux femelles qui détournent pudiquement leurs têtes vers leurs queues. Les femelles surmontent chacune le couvercle d’un récipient en forme de larmes. Le tout repose sur quatre pieds en forme de tête, coiffée d’une plume. Quand on vit dans le Loir et Cher, on pense certainement à un coq de bassecour, choisissant la poule qui subira son assaut. L’image populaire de l’enfant qui jette du sel sur la queue d’une poule pour l’attraper permet alors de penser à une salière.

Mais la résolution de cet objet énigme n’est pas si évidente. D’une part nous n’avons pas besoin de cinq récipients pour une salière. Deux suffisent : un pour le sel,l’autre pour le poivre. D’autre part, la roue que forme l’oiseau mâle avec les plumes de sa queue ne ressemble pas à celle d’un coq, mais plutôt à celle d’un paon. Les plumes de la queue d’un paon sont en effet longues et chatoyantes.Lorsque vient la pluie où qu’il se lance dans une parade amoureuse, il les déploie en éventail pour qu’on en apprécie les couleurs, et qu’on observe les centaines d’yeux qui la parsèment. Il tourne alors sur lui-même, donnant ainsi son nom à l’expression « se pavaner ». Son long cou bleu est gracieux, et sur sa tête une longue crête appelée aigrette lui donne la plus fière allure. Paradoxalement, la femelle paon a des couleurs ternes et moins séduisantes.

Le paon est un animal mythique. On le sert à la table royale en France jusqu’au XVIe siècle.C’est Alexandre Le Grand qui, le premier, a rapporté en Europe cet oiseau depuis l’Inde. Seul animal à chasser les jeunes cobras, on le croit invincible et immortel, car protégé par le venin du serpent qu’il tue. Il est l’animal totem de l’Inde, mais aussi du parti démocratique de la Birmane Aung San Su Kyi. En Inde, le dieu de la danse Krishna porte des plumes de paon sur sa coiffure et le dieu de la Guerre Kartikeya s’en sert de monture. Le trône du grand mongol et des Shahs d’Iran était appelé le trône du paon ! Notre objet est donc porteur de ces nobles significations. La roue de plumes que forme le paon n’est donc pas une simple parade amoureuse, mais la représentation symbolique du roi des oiseaux.

L’idée française de la salière revient encore. On sait que la cuisine indienne est riche de ses épices, qui sont plus variées et plus nombreuses que notre sel et notre poivre.Rien n’interdit de penser que cet objet est lié aux arts de la table, destiné à recevoir et à offrir cinq épices dont vous agrémentez vos plats : piment,cannelle, gingembre, safran et muscade par exemple ! Il faudrait prendre cet objet en main pour déceler son ancienneté et sa valeur. En tout état de cause, 10 à 20 € semblent justifiés pour ce rare témoignage de l’alliance du paon et des épices, si le votre plus de dix ans d’âge. Pour profiter du beau temps, visitez l’un ou l’autre des châteaux qui s’ouvre au public au printemps. Vous y croiserez sûrement l’un de ces volatiles se pavaner. Ecoutez-le : contrairement au corbeau de La Fontaine son ramage n’a pas le charme de son plumage, et cela ne l’empêche pas d’être le phénix des hôtes de ce bois !
Rouillac
19/03/2011
UNE PENDULE A L'"EFFET BOEUF"
Cette semaine, un lecteur nous adresse la photo d’une pendule, marquée « Cary »et « Cloyes » sur le cadran. Quelle est son histoire ; quelle est sa valeur ? Philippe Rouillac,commissaire-priseur, nous donne son avis.

La mesure du temps préoccupe l’homme depuis la plus haute Antiquité. Les cadrans solaires furent parmi les premiers instruments utilisés à cette fin. Mais ceux-ci n’avaient d’utilité qu’en plein jour, et à l’extérieur. Il fallut donc trouver un autre moyen de compter les heures, et l’histoire de l’horlogerie commença au Moyen-Age, avec des mécanismes à poids. Le balancier et le ressort permirent ensuite une meilleure précision. Mais ces systèmes coûteux et volumineux étaient généralement réservés aux édifices publics, tels que les églises. Il fallut attendre le XVIIIe et le XIXe siècles pour que les horloges se répandent dans les foyers. Celles-ci se composaient d’un mécanisme, inclus dans une grande caisse de bois, mesurant généralement entre deux et trois mètres de hauteur. Les pendules sont de plus petite taille et peuvent être posées sur une commode ou accrochées au mur.

L’objet que nous étudions est donc une pendule. Elle est dite « œil-de-bœuf », car elle est de forme ronde, comme les lucarnes que l’on voit parfois sur les toits mansardés. Son cadran indique les heures en chiffres romains. Les aiguilles sont en laiton ajouré. Le cadre est mouluré.Celui-ci est sans doute réalisé dans un bois pauvre, tel que le sapin, que l’on a dissimulé derrière une peinture marron à faux veinages de bois, tentant d’imiter une essence plus noble. Le matériau dont est fait le cadran n’est pas non plus de la meilleure qualité… Tandis que les pendules œils-de-bœuf sont parfois ornées d’albâtre et de nacre autour d’un cadran émaillé, celui-ci semble en l’occurrence avoir été réalisé dans une plaque de métal peint. On y aperçoit toutefois deux orifices, servant à remonter le mécanisme pour l’un et le système des sonneries pour l’autre. En effet, cette pendule doit sonner les heures et les demies.Enfin, les marques « Cary » et « Cloyes » désignent respectivement le nom du fabriquant - ou du revendeur - et celui de sa ville.Cet objet est donc originaire de Cloyes-sur-le-Loir, en Eure-et-Loir. Généralement elle était accrochée au mur de la cuisine, au dessus de la grande table rectangulaire, rythmait les repas, et les devoirs d’école sous la surveillance de la maman-cuisinière ! L’étiquette apposée au dos du boîtier porte cette inscription : « Réparé le 28 septembre 1975, pendule datant de 1893 ». La personne qui a révisé le mécanisme a probablement trouvé une date en démontant celui-ci. Celle-ci correspond d’ailleurs bien à l’époque où l’on fabrique les « œils-de-bœuf ». Les premiers datent en effet des années 1850, au début du règne de Napoléon III. Quant à la mention « SGDG »,qui figure sur cette pendule et intrigue son possesseur, elle signifie simplement « Sans Garantie Du Gouvernement ». On la retrouve fréquemment sur les objets anciens à mécanismes. Cette mention légale dégageait l'État de toute responsabilité sur le bon fonctionnement effectif du dispositif breveté.

Cette pendule n’est malheureusement pas une pièce rare,et son aspect général est un peu tristounet. Son estimation ne dépasse pas les 30 à 50 €. Achetée bon marché à la fin du XIXe, elle ne pourra pas être vendue une fortune au début du XXIe siècle…A l’heure des mécanismes à cristaux, elle ne fait même plus d’effet…bœuf !
Rouillac
12/03/2011
MIROIR MON BEAU MIROIR...
José nous demande l’estimation d’une chambre à coucher complète. « Elle appartenait à ma grand- tante qui déjà lui venait de sa grand-mère, elle est en excellent état.» précise-t-il.Aymeric Rouillac,commissaire-priseur répond à cette demande.

Longtemps la chambre était un lieu public ! C’était le cas à la Cour à Versailles avec les cérémonies du lever et du coucher du Roi, et c’était le cas pour la bourgeoisie à Paris, chez Madame Récamier par exemple à qui il arrivait de tenir salon dans sa chambre ! Un auteur, Xavier de Maistre publie ainsi à la fin du XVIIIe siècle un « Voyage autour de ma chambre » ! Aujourd’hui, vous pouvez visiter la chambre à coucher de la grande couturière Jeanne Lanvin au Musée des Arts décoratifs de Paris où elle a été transférée dans sa totalité !Puis, avec les progrès de la modernité et l’amélioration du niveau de vie, les maisons se sont peu à peu garnies de chambres où dormir, séparées du lieu de vie principal. On a transformé en placards les lits clos bretons intégrés dans les murs, pour créer de vraies chambres à coucher. D’espace public, celles-ci sont devenues le lieu de l’intimité et de la vie privée.

Le terme de chambre à coucher signifie à la fois l’endroit où l’on dort et les meubles qui le garnissent. Ici nous apercevons sur lesphotos un lit, une armoire à glace, une coiffeuse et un chevet.Ces meubles sont en acajou, un bois exotique rouge qu’on trouve en Afrique ou en Amérique du Sud. La présence de colonnes encadrant chacun de ces meubles rappelle le style décoratif du Roi Louis XVI. Mais la grande taille de la glace sur l’armoire exclut qu’ils aient été construits il y a plus de 200 ans. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle qu’on a su maîtriser à faible coût la fabrication de grands miroirs. Posé sur une armoire, vous pouvez vous y contempler de pied en cape, et ajuster votre tenue.Le meuble surmonté d’un miroir avec un dessus de marbre rouge ouvrant à deux tiroirs s’appelle une coiffeuse. Vous vous y asseyez , mesdames pour vous maquiller,vous coiffer et disposer vos bijoux avant de « sortir »... L’usage de ces meubles montre donc comment la chambre à coucher glisse de l’espace public à l’espace privé. Ce n’est plus le lieu de réception, mais celui où l’on se fait une beauté pour sortir… ou pour gagner son lit !

Aujourd’hui la chambre à coucher change à nouveau d’usage.Avec le rétrécissement des surfaces et des appartements, il n’est pas rare de dormir dans la pièce où l’on reçoit des amis, et parfois , même sur le canapé-lit ! De même, l’évolution de la mode ne nécessite plus autant de préparatifs pour s’habiller. Ces meubles qui ont eu une très grande cote pendant une centaine d’années sont aujourd’hui démodés. Je défie notre lecteur de trouver un petit neveu qui accepterait en cadeau cette chambre à coucher, comme lui-même l’avait reçue d’une grande tante. En effet, ce type de mobilier est aujourd’hui boudé par les jeunes générations et donc difficilement vendables en vente aux enchères publiques. Ce week-end commence la grande exposition sur les décors du château de Richelieu aux Musées d’Orléans, de Tours et de Richelieu. C’est l’occasion rêvée de prolonger cette découverte en allant y visiter la chambre à coucher du Roi, et celle distincte… de la Reine !
Rouillac
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Retrouvez en ligne

le reportage de France 3 :

"Maître Rouillac,

Le magicien des enchères"


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